Pour stimuler leur croissance, les gouvernements se doivent de trouver la bonne équation entre une épargne abondante d’un côté, et des entreprises à la recherche de financement de l’autre- que ce soit en capital ou en crédit- pour investir et créer des emplois. Ni la taxe sur les transactions financières ni la suppression du modèle de banque universelle ne sont de bons paramètres à considérer dans l’équation, estime Fréderic Oudéa.

Mise en cause de la taxe sur les transactions financières

La taxe sur les transactions financière décidée par l’ancien gouvernement de Nicolas Sarkozy et réaménagée par le gouvernement actuel de François Hollande porte principalement sur les achats d’actions (et instruments assimilés), le trading à haute fréquence et les ventes nues des CDS souverains.
«Nous sommes dans un monde où de facto, il y a aujourd’hui des craintes sur la zone euro, et sur les actifs de la zone euro. Tous les éléments qui ont vocation à pénaliser davantage le positionnement sur des actions européennes ou françaises, par rapport à des actions étrangères ralentiront davantage les flux d’investissement vers les entreprises» commente Frédéric Oudéa.

A ce stade le taux de prélèvement envisagé n’est pas trop pénalisant, précise le responsable de la Société Générale. Toutefois si d’autres réformes étaient adoptées dans ce sens ou si le taux était relevé, alors les choses pourraient se gâter.

M Oudéa fait remarquer que privilégier la fiscalité du livret A n’est certainement pas la bonne marche à suivre. «L’épargne doit être mobilisable sur le long terme. De ce fait, les incitations doivent d’abord privilégier les placements les plus longs, donc ceux qui ne sont pas nécessairement les plus liquides».

Maintenir le modèle de banque universelle

Industriellement, le modèle de banque universelle serait le modèle le plus approprié pour les banques européennes, assure Frédéric Oudéa. «C'est le modèle qui marche».

«Une banque de financement et d’investissement (BFI) ne peut fonctionner isolément que si elle ne fait que du trading, n’emprunte qu’à une semaine, et prend des positions sur une journée, tel un hedge fund. Or, une BFI, c’est plus que ça. C’est une contrepartie avec des clients qui vont couvrir du change, des prix du pétrole, des taux d’intérêt sur dix ans. C’est une structure qui va financer des projets sur le long terme. En cela la BFI doit avoir la confiance de ses clients pour collecter des ressources nécessaire à son fonctionnement. Elle doit bénéficier d’un niveau de rating suffisamment élevé pour maintenir cette confiance» explique M Oudéa.

En Europe, où le marché est fragmenté, où la concurrence est vive et où les conditions de rating ne sont pas bonnes, ne pas adosser la BFI à la banque de dépôt ne rime à rien, considère alors le président de la SG.

«Aux Etats-Unis, il y avait cinq acteurs indépendants. Il n’y en a plus que deux. Ces deux acteurs qui demeurent ne sont pas des modèles purs. Des dépôts sont collectés par le biais d’une activité de gestion de fortune» fait-il remarquer.

Pour Fredéric Oudéa, le choix éminemment politique qui sera fait sur ce sujet conditionnera la capacité de l'Europe à être ou pas maîtresse de son destin en matière de financement de l'économie.