« L’industrie financière représente 5% du PIB. Elle englobe un million de salariés. C’est en cela la première industrie créatrice d’emplois dans l’Hexagone. Cette industrie sert par ailleurs les intérêts de l’économie, des entreprises et participe à la sauvegarde d’une certaine souveraineté nationale. Renforcer la compétitivité de cette industrie constitue alors un enjeu majeur» commente Gérard Mestrallet.

Cinq principaux défis

La compétitivité de la place de Paris doit relever de nombreux défis.
En premier lieu, la mise en place d’une nouvelle réglementation financière au niveau français et européen consécutivement à la crise de 2008. De nouvelles contraintes concernant les banques, les compagnies d’assurance, les sociétés de gestion, les infrastructures de marché ont été fixées. Certaines d’entre elles sont sources de menaces pour le « level playing field » de la finance au niveau international. Elles sont de nature à entraîner un changement profond des business models et une remise en cause de la rentabilité des activités exercées. « Avant la crise, les actifs financiers des banques européennes progressaient en moyenne de 8% par an. La hausse est désormais de moins de 2%. Les opérations transfrontalières de ces banques ont significativement reculé de plus de 30%. La réduction imposée des bilans a amené celles-ci à amoindrir de 3700 milliards de dollars leurs engagements internationaux au profit de la montée en puissance des banques américaines, japonaises, et des pays émergents ».
Dans cette optique le projet de taxe sur les transactions financières est un coup dur. «Le projet dans son état présent aura des conséquences désastreuses. Des ajustements sont indispensables pour avoir une taxe proportionnelle aux bénéfices des activités visées ».

Un deuxième défi mentionné concerne l’investissement de long terme. Selon le président de Paris Europlace, d’ici 2020, l’Europe devra dénicher 1600 milliards d’euros, dont 1000 milliards pour garantir le bon fonctionnement de ses infrastructures énergétiques. « Ce ne sont vraisemblablement pas les Etats européens ou les entreprises européennes qui seront en capacité de subvenir à ce besoin ». Parallèlement, la part de l’épargne dans les investissements internationaux est passée de 17% de 12% dans les pays développés et de 3% à 7,5% dans les pays émergents, entre 2000 et 2011.

Le troisième défi est lié à la révolution technologique. Avec l’explosion du numérique et la multiplication des réseaux sociaux, un bouleversement est en train de se produire dans les métiers de la finance. Des adaptations s’imposent, parmi lesquelles, des mécanismes de sécurisation à mettre en place.
Le quatrième défi est relatif à l’essor de la finance durable. Le cinquième et dernier défi concerne l’intensification de la compétition mondiale. «De nouveaux centres financiers sont nés dans les pays émergents. La part des flux de capitaux mondiaux vers ces pays sont passés de 5% en 2000 à plus de 30% aujourd’hui. Les flux entre pays émergents se sont élevés à 1900 milliards de dollars actuellement contre 0 dollar en 2000. Dans cinq ans, la Chine devrait se positionner au premier rang, devant les Etats-Unis, sur le marché des émissions obligataires » précise M Mestrallet.

S’il y a des raisons d’être préoccupés, il y a aussi des raisons de se battre et d’espérer maintenir la place de Paris parmi les premières places financières mondiales derrière Londres, New York, Tokyo, Honk Kong, affirme Gérard Mestrallet. « Nous avons de grands émetteurs qui ont une contribution dynamique sur le marché domestique que ce soit dans le compartiment actions ou dans le compartiment obligations. Nous avons aussi d’importants investisseurs institutionnels. Sur les 15 premières banques européennes, 4 sont françaises ».

Ces atouts ne sont néanmoins pas suffisants pour enrayer la tendance baissière des investissements sur le territoire ou arrêter la vague de délocalisation des opérations vers Londres, Luxembourg, Dublin, Genève qui offrent un cadre moins lourd sur le plan juridique et fiscal.

Cinq axes prioritaires

Cinq axes prioritaires ont été passés en revue par M Mestrallet pour redonner de l’élan à la place de Paris.

Tout d’abord, l’élaboration d’une régulation équilibrée conciliant d’un côté une protection efficace des investisseurs et de l’autre une forte compétitivité de la place financière. En cela plus de flexibilité, de souplesse doivent être introduites à certains endroits. « Un effort avait été fait en ce sens pour simplifier et faciliter les conditions d’accueil et d’enregistrement des émetteurs sur le marché obligataire. Il en a résulté un rapatriement de 80% des opérations qui avaient fuit Paris pour être réalisées notamment au Luxembourg ».

Le deuxième axe avancé est l’accessibilité au financement des entreprises, en particulier des PME. « Un besoin de financement de 80 milliards d’euros a été identifié en 2012 alors que nous étions dans une situation excédentaire en 2000. On estime à 20 milliards d’euros les besoins de fonds propres des PME et ETI dans l’Hexagone d’ici 2020. Or, en 2012, les augmentations de capital n’ont représenté qu’1 milliard d’euros, ce qui est tout à fait négligeable ». Selon le responsable de Paris Europlace, des améliorations doivent être faites au niveau de produits d’épargne longue, l’épargne salariale, les PEA. Une attention accrue doit être portée à l’épargne à risque, et singulièrement à l’épargne en actions. Les moyens doivent être réunis pour satisfaire l’ambition de la création d'un nouveau marché boursier et obligataire pour les PME.

La troisième priorité est un positionnement de la place de Paris sur un plan plus efficient avec de nouvelles plateformes. « A la suite de l’annonce du projet de rachat de NYSE par Ice, un comité des utilisateurs de la place de Paris a été créé pour définir les attentes des émetteurs, investisseurs, et intermédiaires et déterminer les moyens d’y répondre ».

Le quatrième chantier est l’accentuation du développement durable dans le pays. En cela, un comité présidé par Nicole Notat a formulé dix recommandations sur ce sujet, qui intéressent entre autres la pratique de distribution des produits « Investissement Socialement Responsable », ou encore l’amélioration du dialogue émetteur-investisseur.

Enfin, la dernière piste de travail évoquée par Gérard Mestrallet porte sur l’amplification des relations entre la place de Paris et les places internationales. Les accords de coopération sont un appui précieux pour étayer le dialogue avec les pays tiers. Ainsi des accords ont été conclus avec Dubai et le Qatar en 2009, avec Moscou et Shanghai en 2010, avec la Chine en 2012, avec le Maroc en 2013. Ces accords ont donné lieu à une multiplication des échanges, et des initiatives sur le plan opérationnel, sur le front juridique, au niveau des formations, et de la recherche.

Ces trajectoires devront être empruntées concomitamment si la France veut renouer un jour avec une croissance solide et durable. « Il est absurde de penser que nous pourrions avoir une économie française plus robuste sans avoir une place financière de Paris plus performante. Taper sur la finance revient à taper sur l'économie française» conclut M Mestrallet.