La demande des investisseurs continue à être robuste sur le marché des obligations à haut rendement. Dans beaucoup de mandats d’investisseurs institutionnels, l’objectif d’un coupon élevé (environ 3%) a laissé place à celui de la surperformance à un indice de référence ou encore à celui d’une allocation d'actifs à risque limité (faible volatilité).
L’ « outcome investing » est devenu la dernière tendance à la mode. Ce faisant, pour honorer leurs engagements, les gérants n’ont nulle autre choix que d’aller vers plus d’actifs exotiques, comme les obligations d’entreprises mal notées, les prêts aux entreprises avec effet de levier, ou encore les obligations souveraines des pays émergents.

Ces investissements ne sont cependant pas sans danger.

« Une véritable distorsion entre l’offre et la demande s’est dessinée sur la dette émergente. Récemment, le Rwanda a émis 400 millions de dollars à moins de 7% (rendement équivalent à celui du Portugal). La demande a été de 3,5 milliards de dollars, soit près de la moitié du PIB. Le Panama a, quant à lui, émis à 40 ans. L’écart de taux des obligations émergentes avec le taux de référence (le taux à dix ans américain) est descendu à 2,50%, un plus bas historique. Résultat : cette classe d’actifs a perdu 6% à 7% en l’espace de deux semaines, soit l’équivalent d’une année de coupon» commente M Aybran.

Les ETF basés sur les leveraged loans ont énormément collecté depuis le début de l’année pour de multiples raisons : une faible duration, une hausse de la diversification, un rendement intéressant. « Ces ETF sont des produits liquides sur des instruments non liquides par construction. En conséquence un risque de transformation est clairement pris par les investisseurs, ce qui peut amener à des problèmes éventuels par la suite » remarque Bernard Aybran.

Un risque renforcé

Pour le responsable d’Invesco, la menace sous-jacente aux abondants flux d’investissement dans le compartiment obligataire est d’autant plus significative que les intermédiaires et les banques d’affaires ont réduit leurs stocks d’obligations à de faibles niveaux. «Alors que le stock d’obligations a considérablement progressé depuis cinq ans, la détention des titres par les teneurs de marché est restée identique. La porte de sortie est ainsi beaucoup plus étroite. Si un vrai stress sur le marché obligataire venait à s’installer, en cas de rachats importants sur les fonds, la chute des prix sera accentuée ».

A lire également :

"Principal catalyseur et principal risque pour les actions au cours des prochains mois, selon Invesco"


"Warren Buffett, Goldmans Sachs, Bank of America prévoient un véritable ravage dans le compartiment des obligations"