Mario Draghi a confirmé aujourd’hui le fait que les principaux taux directeurs de la BCE-taux d’intérêt et taux de rémunération des dépôts-resteront à des niveaux actuels ou inférieurs pour une période de temps prolongée. La décision de réitérer cette ligne directrice a été prise à l’unanimité et a supposé de facto l’absence d’un abaissement du taux d’intérêt pour ce mois-ci.

Elle a été motivée par trois paramètres, à savoir les perspectives sur l’inflation, l’état de la conjoncture et la vivacité de la dynamique monétaire (agrégat monétaire et volume de crédits). Ainsi, les anticipations tablent sur une hausse des prix modérée. Les dernières enquêtes témoignent d’une amélioration de la croissance par rapport à un niveau bas et laissent présager d’une relative stabilisation d’ici la fin de l’année. Le financement globale des ménages et entreprises non financières au sein de la zone continue à s’inscrire dans une tendance baissière en raison d’une faible demande et d’une offre sous tension.

Questionné sur l’éventualité de préciser à l’avenir cette ligne directrice par le biais de cibles chiffrées, Mario Draghi répond que telle n’est pas l’optique de la BCE. «Notre intention est d’agir en fonction d’un cadre qualitatif et non quantitatif basé sur les trois paramètres que sont l’inflation, la croissance et la dynamique monétaire. Ces paramètres permettent d’apprécier de quelle manière pourraient évoluer les taux et ce que nous entendons par période prolongée ».

Cette foward guidance sera valable jusqu’à ce qu’une autre annonce soit faite. En cela, sa répétition ne devrait être requise tous les mois. « Aujourd’hui la ligne directrice a été de nouveau évoquée pour qu’elle soit bien ancrée dans les esprits. Nous ne voulons cependant pas la réitérer tous les mois, autrement cela signifierait qu’elle ne vaut pas pour une période prolongée » commente le président de la BCE. «Nous n’avons pas en tête le signal qui précédera la modification de cette ligne directrice. Beaucoup de signaux sont possibles pour indiquer un changement d’orientation à venir » ajoute-t-il.

Aller vers plus de transparence

Toutes les banques centrales ont modifié leur politique de communication dans le temps. La BCE, elle-même n’a cessé de faire évoluer sa communication, notamment en donnant une cible chiffrée sur l’inflation, de 2%, et en instaurant une conférence de presse mensuelle à la suite de la réunion du Conseil des gouverneurs. «Nous souhaitons enrichir notre communication pour expliquer les raisons sous-jacentes aux décisions que nous prenons. Nous voulons donner les argumentaires et rendre compte des débats qui se sont tenus au sein du Conseil ». Une idée serait de procéder par des comptes rendus, un peu à l’instar des minutes publiées par la Réserve fédérale américaine, à la suite de ses réunions.

Un tel exercice n’est pas aisé, remarque Mario Draghi. « Nous ne sommes pas une institution nationale, nous représentons 17 Etats membres, et bientôt 18. L’évolution de notre communication ne devra pas constituer une menace pour l’indépendance de la Banque centrale ou pour les membres du Conseil qui siègent intuitu personae et ne représentent donc pas les intérêts des pays dont ils sont issus. Cette indépendance, consacrée les statuts de la BCE, constitue un fondement central de la crédibilité de la Banque centrale qui doit être protégé.
L’information devra ainsi être enrichie sans qu’elle puisse pour autant être politisée».

Mario Draghi n’a pas souhaité apporter de précisions concernant l’identification des gouverneurs dans les écrits ou sur le timing de publication du communiqué. « Je ne peux rester que général, car cela est encore au stade de la réflexion».

Le directoire de la BCE est censé faire une proposition qui sera débattue cet automne.