« Le projet de loi de Michel Barnier est une « bêtise ». Je trouve scandaleux que la Commission européenne veuille imposer aux banques européennes une surcharge financière par rapport au reste du monde alors que la concurrence est déjà rude» commente Jacques de Larosière.

Pour l’ancien gouverneur de la Banque de France, la séparation des activités bancaires n’a aucun intérêt au sein de la zone euro, et en particulier dans l’Hexagone. Cette séparation vise à mieux contenir l’activité de marché au sein des banques. Cependant ce n’est pas l’activité de marché a proprement parler qui est un problème aujourd’hui. C’est le trading pour compte propre que pratiquent excessivement les banques américaines, les banques britanniques et les banques suisses, autrement dit l’utilisation de l’argent de la banque pour faire des paris spéculatifs sur le marché. « 60% du chiffre d’affaires de ces banques provient de ce trading pour compte propre. A l’inverse, ce trading ne représente que 1% du chiffre d’affaires des banques françaises » observe Jacques de Larosière.

« A présent il y des formes de « market making » (animation du marché) qui sont du trading pour compte propre mais qui ne recouvrent pas un caractère alarmant car ils sont faits pour le compte de clients » ajoute Jacques de Larosière.

Une séparation des activités bancaires trop sévère aurait pour effet de compliquer les services de marché rendus à des entreprises domestiques dans le cadre d’opération d’introduction en bourse, d’offre publique à l’achat, de couverture de devises ou de matières premières, estime l’expert.
Elle favoriserait, par ailleurs, le développement du shadow banking, autrement dit la montée en puissance d’acteurs spécialisés qui à même d’assurer les services de marché sollicités à des conditions plus abordables. Elle serait enfin de nature à conférer des parts de marché à des banques rivales mieux loties et plus à même d’offrir les services plebiscités avec un meilleur rapport qualité-prix.

Au lieu d’une séparation pure et dure, il serait préférable de laisser au superviseur bancaire l’appréciation de chaque configuration et le choix pour celui-ci de prendre la mesure adaptée. Ainsi si le trading pour compte propre ou l’activité de marché dans son ensemble s’avèrent excessifs par rapport à la taille de la banque, le superviseur pourrait décider pour le cas spécifique la création d’une filiale dédiée fermée et capitalisée.

Cette position est sans surprise partagée par Marie-Anne Barbat-Layani. «Il faut cesser avec le mythe de la pureté et se méfier de l’approche « small is beautiful ». Le modèle de banque universelle n’a pas démérité. Les banques françaises ont été en capacité de passer le cap de la crise sans être renflouées par l’Etat, en ne cessant d’augmenter tous les ans leur encours de crédits et avec des risques plus faibles que leurs fonds propres. Ainsi, une séparation des activités bancaires n’est pas nécessaire si l’on considère cet historique. Il y a lieu, par ailleurs, d’avoir des banques puissantes pour jouer à jeu égal avec les autres grandes institutions bancaires mondiales».

Et de conclure « le projet de loi de Michel Barnier porterait un coup très dur au secteur bancaire européen, à un moment om la zone euro a besoin de financement pour repartir ».

Pour Jean-Baptiste de Foucaud, le souci réside dans le fait qu’entre ceux qui prônent la séparation et ceux qui y sont farouchement opposés, il n’y a pas eu de vrai débat. « Nous avons davantage assisté à des reflexes de part et d’autre qu’à une véritable réflexion ».


*Jacques de Larosière est ancien directeur général du Fonds monétaire international, ancien gouverneur de la Banque de France, ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le d éveloppement et actuel conseiller auprès de Michel Pébereau, et président de BNP Paribas et président du comité stratégique de l'Agence France Trésor