Elles pensaient que tout actif qui était liquide au moment de son lancement le restait de manière permanente et qu’ainsi à tout moment il faisait l’objet d’une offre et d’une demande qui permettaient de former un prix. Elles se sont aperçues que tel n’était pas le cas avec les difficultés rencontrées dans la commercialisation de Sicav monétaires notées triple A mais ayant une duration très longue et une architecture compliquée.

Elles croyaient qu’une dette souveraine d’un pays développé ne risquait pas de faire défaut. Elles ont appris avec le cas de la Grèce que cette supposition était inexacte.

Elles étaient d’avis que la faible probabilité de concrétisation d’un risque donné s’assimilait à l’absence totale de ce risque. Elles ont été contraintes de considérer que ce risque pouvait à de rares moments se concrétiser et avoir alors de lourdes conséquences.

Elles estimaient que les ratings délivrés par les agences de notation étaient de nature durable. Elles ont du admettre qu’ils pouvaient brusquement varier.

Elles étaient convaincues qu’il était toujours possible de se prêter entre banques de premier rang. Elles ont du se rendre compte que dans des moments de tensions extrêmes sur les marchés financiers, le segment du financement interbancaire pouvait totalement se gripper.

Elles avaient coutume de se figurer que les modèles de marché bâtis pour gérer des produits compliqués reflétaient 100% de la réalité. Elles ont été poussées à devoir intégrer dans ces modèles des marges de précaution.

Au de la réévaluation de ces risques, les banques ont compris que des excès avaient été commis dans leurs comportements qui ont ébranlé la confiance qu’on leur témoignait. Elles ont saisi qu’elles avaient été abusivement dans le courtermisme et qu’elles ne s’étaient pas montrées suffisamment responsables lors de la commercialisation de produits complexes à des professionnels.

Elles ont appris à composer avec de nouvelles règles portant sur plusieurs aspects de leurs activités : leur encadrement prudentiel, leur structuration, leur supervision et leur résolution. Elles ont dû renforcer leurs fonds propres, prendre moins de risques et concevoir qu’un défaut organisé était envisageable dans le cas où elles se retrouvaient dans des situations de stress extrême.

« L’ensemble des ces évolutions dont l’ultime finalité est d’assurer une plus grande stabilité auront également pour résultats un affaiblissement de la rentabilité des banques, un renchérissement du coût de l’intermédiation bancaire. Les crédits octroyés, les prestations proposées sont destinés à devenir plus cher » conclut Jean Beunardeau lors d’une audition conjointe organisée par la commission des finances du Sénat sur le thème sur le thème « Stabilité financière : a-t-on progressé depuis 2008 ? ».