Ces deux enjeux majeurs sont d’une part l’énorme contraction de la liquidité sur le marché secondaire et la stagnation séculaire qui pourrait caractériser l’environnement macroéconomique globale.

Le risque d’illiquité

En raison du moindre rôle de teneur de marché assumé par les banques d’investissement et de la recherche effrénée de rendements plus attractifs par les investisseurs finaux, notamment dans la sphère obligataire, le défi de la liquidité est devenu davantage palpable dans l’activité de gestion d’actifs.

Cette illiquidité grandissante a deux conséquences, juge Pascal Blanqué. En premier lieu, un changement de régime de volatilité. « Nous devons nous habituer à connaitre plus de mouvements dans les différentes classes d'actifs financiers » indique le directeur des investissements d’Amundi. « Le problème est qu’à ce jour, beaucoup d’investisseurs ayant rendu leurs armes devant l’intervention massive des Banques centrales sont aujourd’hui peu protégés par rapport à ce surcroit de volatilité » ajoute ce dernier.

Une seconde retombée de cette insuffisante liquidité réside dans l’amplitude des mouvements. Ces derniers ne se font plus de manière linéaire. A la place, des sursauts sont et seront observés.

« Ces deux répercussions nous conduisent à respecter scrupuleusement ce que l’on appelle la loi des quatre P. Tout d’abord, participer à la poursuite du rallye des actifs risqués qui devrait se dessiner en particulier grâce à la stratégie de reflation menée par les grandes banques centrales. Ensuite, préserver la valeur générée par des prises de profits disciplinées. Egalement protéger les portefeuilles contre les emballements éventuels. Enfin, se préparer contre les stress de liquidité ».

A cela s’ajoute la considération que la détention de cash peut être un atout précieux pour saisir les opportunités qui se présentent même si celui-ci n’est pas bien rémunéré.

Le spectre de la stagnation séculaire


« Le débat qui entoure la question de la stagnation séculaire est compliqué » confesse pour commencer Pascal Blanqué. Pour certains cette stagnation serait liée à un problème de demande, pour d’autres à un problème d’offre. D’aucuns pensent que cette stagnation sera transitoire, d’autre estiment qu’elle sera durable. « Ce qui est certain, c’est qu’il existe suffisamment d’éléments relatifs à la démographie, à la productivité, à la dette… pour prendre le sujet très au sérieux » admet le responsable d’Amundi.

Cette stagnation est alors censée avoir trois répercussions sur les marchés financiers. En premier lieu, l’établissement d’un régime durable de taux d’intérêt excessivement bas même si pas immobiles. En cela la volatilité des taux ne doit pas être appréhendée comme une tendance. Elle n’est que le résultat de divers bruits émanant de plusieurs composantes économiques et financières de la planète. Typiquement, ce n’est pas parce que le Bund à 10 a gagné 100 points de base en deux mois, entre avril et juin, que cela signifie qu’il ne restera pas à un niveau très faible autour de 1% pendant plusieurs années.

Le deuxième contrecoup de cette stagnation séculaire est lié au fait que les actifs risqués s’inscrivent dans un régime durable de valorisations plus élevées. « Le taux d’intérêt d’équilibre étant plus bas, le ratio cours sur bénéfices futurs (le fameux ratio PER) des actions a vocation à croitre davantage ».
Cette revalorisation sera d’autant plus alimentée par un surplus de monétisation de la par des banques centrales pour répondre à la morosité de la croissance et à la trajectoire ascendante de la dette des Etats. « En cela il y a lieu de ne pas être focalisé sur les Etats-Unis dans l’analyse que l’on peut faire. L’effet induit des programmes de quantitative easing déployés par la Banque centrale européenne et la Banque centrale du Japon sera bien plus puissant que l’effet découlant du processus de normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Les décisions d’allocation ne doivent plus seulement reposer sur les minutes de la Fed ».

La troisième incidence dérivant de cette stagnation éventuelle réside dans le fait que les rendements seront en tendance moindres qu’auparavant. « Il sera en cela de plus en plus difficile de générer de l’argent » conclut Pascal Blanqué.