Plusieurs éléments d’explication justifient la vive correction qu'a vécu le marché des actions de la zone euro ces derniers jours. 

En toile de fond, les marchés européens étaient survalorisés, à leurs plus hauts annuels en pleine période estivale, commence par expliquer Nicolas Chéron, stratégiste chez CMC Markets France.

Pour l’ensemble des experts, l’étincelle a ensuite été déclenchée par la Chine. « La Chine a servi de détonateur » mentionne l’équipe de gestion de Swiss Life Banque privée. Le marché local des actions chinoises avait gagné 160% en 6 mois. La Bourse de Shanghai a perdu 35% depuis la mi-juin. Elle a ainsi effacé tous ses gains de l’année. Le benchmark a clôturé en repli de 8,5% ce lundi 24 août, la plus forte variation baissière en 8 ans.

« L’inquiétude n’est pas irrationnelle » signale Marc Craquelin, directeur de la gestion d’actifs au sein de La Financière de l’Echiquier. « La Chine représente 13% du PIB mondial et 30% du PIB émergent. Les signaux de fragilité de l’économie du pays se sont multipliés dernièrement. Ainsi, l’indice PMI manufacturier chinois s’est replié de 0,7 points à 47,1, son plus bas niveau depuis 2009 » développe ce dernier.

« Les autorités ont pris des dispositions sans grand succès pour enrayer la chute des places financières chinoises » remarque Swiss Life. La dépréciation pilotée du yuan par la Banque centrale de Chine (de 3% contre le dollar à compter du 11 août 2015), si elle est justifiée au regard de la baisse des devises émergentes pour redonner de la compétitivité aux sociétés exportatrices chinoises, a contribué à amplifier le sentiment d’angoisse. L'inquiétude a été d'autant plus nourrie même si les autorités ont mis l’accent dans leur communication sur un mouvement destiné à favoriser l’internationalisation du yuan dans le but de le rendre éligible comme monnaie de réserve auprès du FMI, explique Jean Marie Mercadal, directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM .

A cette première considération chinoise, il faut ajouter la tendance particulièrement baissière suivie par les cours des matières premières suggérant un ralentissement global plus prononcé que prévu et impactant lourdement de grands pays producteurs et exportateurs comme le Brésil et la Russie. « Sur deux ans, le réal brésilien a perdu 60% de sa valeur » relève Swiss Life. Le cours du baril est descendu autour de 44 dollars le baril, alors que l’OPEP ne semble pas décidée aujourd’hui à réduire sa production, que le nombre de puits en exploitation aux USA est toujours aussi important et que le retour de l’Iran sur la scène internationale va dans le sens d’une accentuation du déséquilibre entre l’offre et la demande.

Enfin, « la démission d’Alexis Tsipras en Grèce n’a pas aidé à rassurer les investisseurs » évoque Marc Craquelin.

Une hausse du régime de la volatilité  plutôt qu’un bear market

Pour l’ensemble des experts de marché des sociétés précitées, la violente correction due au manque de liquidités en plein mois d’aout n’a pas vocation à perdurer.
« Une respiration était attendue » avance tout d’abord Nicolas Chéron. « Les marchés boursiers occidentaux ont connu une progression régulière au cours des deux dernières années qui n'a pas toujours été soutenue par une économie en amélioration » spécifie Lukas Daalder, directeur des investissements de Robeco Investment.
« Comme traditionnellement à cette époque « creuse » de l’année, l’absence des intervenants sur les marchés a amplifié le mouvement de baisse» souligne l'équipe de gestion de Fidelity.

A présent, le marché devrait se caractériser par un régime de volatilité élevé. « Nous avons déjà prévenu les investisseurs qu'ils devraient se préparer à de grandes variations de prix et à une montée de l’incertitude » complète le responsable de Robeco. « Nous sommes dans une crise classique de nature conjoncturelle et non systémique » justifie de son coté Jean Marie Mercadal. C’est ainsi que le Cac 40 et l’Eurostoxx 50 ont repris des couleurs ce mardi. Vers 15h, les deux indices gagnent respectivement 4,40% et 4,65%.

Les raisons de ne pas désespérer sont multiples selon les  différents opérateurs sur les marchés.

« La tendance de long terme n'est pas cassée » assure Nicolas Chéron.
« Nous écartons la possibilité d’un hard landing (effondrement brutal et durable de la croissance chinoise autour de 1% à 3%). La croissance de la consommation se maintient autour de 10%. Si le secteur immobilier et le secteur industriel perdent de la vitesse, l’activité s’accélère dans les services depuis début 2014. Les prochaines statistiques chinoises risquent d’être biaisées par l’effet de la catastrophe de Tianjin, mais nous tablons sur une stabilisation de la croissance d’ici la fin de l’année » développe Marc Craquelin.

« Nous ne croyons pas à une répétition de la crise asiatique de 1997 » soutient le directeur des investissements de Deutsche Bank AM. « En réaction à la baisse des marchés, la Chine a permis à des fonds de retraite gérés par les gouvernements locaux d’investir jusqu'à 30% de leurs actifs nets dans des actions en direct et des fonds en actions. Le média du gouvernement chinois a calculé que, théoriquement, cela permettra d’injecter 97 milliards de dollars dans le marché boursier » éclaire Lukas Daalder. « Nous nous attendons à ce que la Chine prenne des mesures supplémentaires si nécessaire pour calmer les marchés boursiers. Même une nouvelle dépréciation du renminbi ne peut être exclue » ajoute ce dernier.
« La Chine a les moyens de soutenir sa propre demande intérieure en combinant les outils monétaires et budgétaires, même si cela demande de passer outre les réticences de certaines autorités ou des banques » renchérit Eric Chaney, chef économiste du groupe AXA, directeur de la Recherche à AXA IM.

Au-delà de ce premier paramètre rassurant, est mis en avant par ailleurs, un éloignement de la perspective d’un relèvement des taux par la Fed. Compte tenu du contexte global, la Banque centrale américaine pourrait décider de relever ses taux directeur en décembre ou en début d’année prochaine, plutôt qu’en septembre, ce d’autant que la croissance américaine s’inscrit en léger retrait par rapport aux prévisions du consensus pour 2015. C’est ainsi que le taux à dix ans américain est passé de 2,4% à 2,05% et que le taux à dix ans allemand est descendu de 1% à 0,55%.  La probabilité que la hausse des taux soit effective en septembre prochain a été abaissée à 24%, contre 46% il y a une semaine, selon les contrats Futures sur Fed Funds. Bloomberg et Reuters précisent conjointement ce matin que Barclays table désormais sur le mois de mars pour ce premier resserrement de la politique monétaire américaine.

D’un autre coté, la valorisation du marché des actions européennes a regagné de l’attractivité. « Alors que le PER 2015 pour l’indice S&P 500 est estimé à 16,7 avec un accroissement des profits envisagé à 1% ; et que le PER médian des actions américaines est plus élevé encore, autour de 20 ; il est de 13 en Europe, un plus bas niveau depuis la correction d’octobre 2014. « Auparavant, il faut remonter à l’été 2013, lorsque la zone euro sortait tout juste de récession, pour avoir un multiple inférieur à 13 » explicite Julien-Pierre Nouen, économiste-stratégiste chez Lazard Frères Gestion .
« La dynamique de résultats des entreprises est positive » juge Marc Craquelin. « Au deuxième trimestre 2015, 66% des entreprises de l’Eurostoxx ont publié des bénéfices par action au dessus des attentes et 67% ont fait état d’un chiffre d’affaires au dessus des estimations des analystes ».
La poursuite de la croissance des BPA sera le principal catalyseur haussier des marchés actions européens au cours des prochains mois. « La faiblesse des taux d’intérêt sur fond de politiques monétaires accommodantes et des matières premières constitue un soutien puissant» affirme le responsable d’OFI AM.  « Nous admettons que la croissance des bénéfices devrait atteindre 16%. D’après Morgan Stanley, les pays émergents représentent 30% du chiffre d’affaires des entreprises cotées de la zone euro dont seulement 6% pour la Chine » déclare Julien-Pierre Nouen.
«L’estimation « flash » du PMI en zone euro laisse entrevoir une accélération inattendue de l’activité dans le secteur privé en août» constate l'équipe de gestion de Fidelity.  Le PIB allemand pour le deuxième trimestre 2015 s’inscrit en progression de +0,4% en rythme trimestriel et de +1,6% en rythme annuel, et répond aux attentes du consensus en la matière. Même son de cloche en ce qui concerne l’IFO diffusé à 10h00 pour le mois d’août : le résultat de 108,3 peut être perçu comme un bon signal économique pour le Vieux Continent.

« Une nouvelle appréciation du dollar serait un facteur de nouveau favorable pour les entreprises européennes » signale le directeur des investissement de Deutsche Bank AM.

Ainsi, même si à court terme, deux risques majeurs subsistent en termes politiques avec des élections en Grèce et en Espagne, les actions de la zone euro restent univers d’investissement préféré, confesse l’équipe de gestion de Swiss Life Banque privée.

Des seuils à ne pas dépasser

Des seuils à ne pas dépasser ont été évoqués par Nicolas Chéron et par Jean-Marie Mercadal. Pour le premier, ces seuils sont de 9000 points sur le Dax, de 1800 points sur le S&P 500, et 16 000 points sur le Nikkei. « Si ces seuils venaient à être franchis, alors nous ferions face à retournement effectif et à un risque de dérapage plus profond ». Pour le second, le support identifié est autour de 1850 points pour le S&P 500, ce qui supposerait une correction supplémentaire de 6% et au final un fléchissement de 13%. Pour l’Eurostoxx 500, le support serait autour de 3000 points, et autour de 4500 points pour le Cac 40, soit une décrue additionnelle de 6% et une chute au total de 21%.

En termes d’allocation d’actifs

« Les marchés sont en train de fabriquer des points d’investissement intéressants » certifie Jean Marie Mercadal.

« Les positions sur les valeurs de luxe comme LVMH et le secteur automobile ont été diminuées » avance Marc Craquelin.

« L’idée est logiquement de diminuer notre exposition aux sociétés particulièrement tributaires de la croissance des émergents » mentionne Swiss Life Banque privée.