« La coïncidence récente d’un affaiblissement prononcé de la croissance chinoise et la réappréciation brutale de l’euro a été l’étincelle qui a mis le feu au marché européen devenu plus tendu en termes de valorisation après un très beau rallye depuis le début de l’année » explique Romain Boscher, responsable mondial de la gestion actions chez Amundi.

Si l’ampleur et la vitesse de la correction a de quoi surprendre, -6,63% sur une semaine et -8,84% sur un mois s’agissant de l’Eurostoxx 50, elle ne doit pas être interprétée comme un retournement définitif de la tendance haussière, signale Romain Boscher. Selon ce dernier, l’essentiel des pressions vendeuses
ont été le fait d’investisseurs a courte vue ou de positions structurées à très faible tolérance au risque. « Ceci explique le fait que le coeur du mouvement se soit produit via des ventes non pas d’actions en direct mais de produits dérivés, en particulier avec de nombreuses échéances ces derniers jours ».

Pour autant, les investisseurs finaux ont de bonnes raisons de maintenir leurs détentions d’actions aux niveaux actuels. Les inquiétudes sur la Chine ont été exagérées, cautionnent Loïc Bécue et Raphaël Sobotka, responsables des gestions diversifiées au sein d’Amundi. « Le Yuan ne devrait pas chuter davantage rapidement, l’immobilier se tient bien, de nouvelles mesures de stimulus macroéconomiques et politiques de la part du gouvernement sont encore à venir ».

De plus, la dégradation des perspectives économiques renforce clairement la longévité d’un monde de taux peu rémunérateurs, avance Romain Boscher. Ensuite, l’ampleur de la correction nous amène à des niveaux attractifs de valorisations ou de rendements. « Nous retrouvons en Europe des dividendes proches de 4 % » remarque le responsable mondial de la gestion actions chez Amundi.

Hausse du régime de volatilité


« Le régime de volatilité excessivement basse est derrière nous » soutient Romain Boscher. Les «tuteurs » de l’économie, à savoir en particulier les banques centrales dans le pilotage du monde financier, la Chine dans celui de la croissance mondiale et l’OPEP dans celui du prix du pétrole, sont bien toujours à la manoeuvre mais ne contrôlent pas tout, notamment lorsqu’il s’agit de l’important, et souvent imprévisible, marché des changes.
« À ce stade, les investisseurs que nous sommes redoublent de vigilance de ce point de vue, les devises étant autant porteuses d’espoir que de risques dans le monde actions » met en garde Romain Boscher.

Evolution des thématiques d’investissement

Si la forte correction a laissé place à des nivaux d’achat pour un investissement intéressant à moyen/long termes sur le marché des actions de la zone euro ; les titres trop cycliques sont délaissées au profit de titres à même de profiter d’un environnement de taux extrêmement bas et bénéficiant d’une résistance attendue par le consommateur dans la partie du globe importatrice de matières premières. « Si la baisse de l’euro devait être enrayée au détriment des exportateurs, celle des matières premières dope le pouvoir d’achat des ménages » conclut Romain Boscher.