Alors que le premier ETF obligataire a été lancé en 2002 aux Etats-Unis et en 2003 en Europe, le nombre des ETF obligataires est passé de 17 en 2003 pour 6 milliards de dollars d’encours à près de 900 pour plus de 450 milliards de dollars d’encours. A fin juillet 2015, la collecte sur ces instruments s’élève à 53 milliards de dollars contre 85 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année 2014. En Europe, plus particulièrement, la collecte est estimée à 20 milliards de dollars, contre 27 milliards de dollars en 2014 pour un encours de 115 milliards de dollars. Ont donc été collecté sur les six premiers mois de l’année sur le Vieux continent entre 15% et 20% des encours, essentiellement sur des obligations d’entreprises. «Nous sommes clairement face à une accélération de la tendance» commente Benoit Sorel,  directeur institutionnels chez iShares France.

Les ETF obligataires ont la cote auprès des investisseurs car ils présentent de nombreux atouts. Ils sont négociés en continue sur le marché et présentent ainsi un prix transparent, identique pour tout le monde. Une certaine diversification est permise qui facilite des mouvements massifs d’allocation sur un échéancier assez court avec un cout limité. « Ils sont ainsi à l’origine d’une révolution structurelle pour le marché obligataire » soutient Benoit Sorel.

Ces ETF sont alors utilisées à différentes fins : dans le cadre d’une approche de gestion flexible, afin d’accéder à des marchés de niches, pour créer plus rapidement un portefeuille d’investissement, ou encore constituer une couverture de position.

Dans un contexte de baisse de la liquidité sur le marché obligataire, beaucoup s’interrogent sur le rôle que pourraient jouer les ETF obligataires dans le cadre d’une crise éventuelle, notamment dans un scénario de forte remontée des taux obligataires.

Benoit Sorel l’assure, les ETF obligataires ne peuvent pas être source d'amplification d’une crise éventuelle, ils peuvent tout au moins être accélérateurs d’une correction.

Plusieurs raisons sont invoquées pour alléguer cette affirmation. En premier lieu, les ETF n’ont pas pour effet de créer du levier sur le marché sous-jacent. « Historiquement, les aggravateurs des crises financières que nous avons connues sont des composantes non linéaires, induisant un effet de levier exacerbé. Or les ETF sont des composantes linéaires. Ils constituent des produits qui connectent la liquidité du marché primaire au marché secondaire. La liquidité des ETF ne peut pas être pire que la liquidité des sous jacents » éclaire Ahmed Talhaoui, responsable de la stratégie produits obligataires de BlackRock.

« Ainsi, le 24 aout dernier, qui a été une journée très volatile, le volume sur nos ETF obligataires a représenté le double du volume journalier moyen. Dans l’ETF obligataire des obligations à haut rendement (HY pour high yield), le produit le plus suspect en termes de liquidité, environ 1,6 milliard de dollars de transactions ont été recensées sur notre plateforme aux Etats-Unis, contre 1,2 milliard sur le marché sous jacent. La création nette d’ETF a été de 200 millions de dollars » illustre Ahmed Talhaoui . « En mai 2013, quand l’ancien chef de la Fed, Ben Bernanke a annoncé le début d’une diminution du programme de quantitative easing, en trois jours, il y a eu près de 3 milliards de dollars de transactions dans les ETF pour une activité réelle sur le marché sous jacent de 180 millions de dollars » signale Benoit Sorel.
Selon les deux experts de BlackRock, les ETF obligataires fonctionneraient ainsi comme une sorte de digue qui absorbe les flux jusqu’à une certaine mesure. Les flux non absorbés se déversant sur le marché sous jacent par le biais d’une création physique. Ainsi, au-delà de ne pas assécher le marché sous-jacent, les ETF apporteraient une liquidité additionnelle à celui-ci .

Un autre argument avancé au fait que les ETF obligataires ne pourraient pas être à l’origine ou un élément constitutif d’une crise éventuelle réside dans la proportion des encours gérés.
« Les ETF obligataires ne représentent que 0,4% du gisement obligataire global. Les ETF actions qui ont dix ans d’avance représentent 3,4% du gisement actions global. Si on fait le parallèle entre le rythme de progression des ETF obligataires et celui des ETF actions sur 10 ans, nous arriverions à 2000 milliards de dollars, soit 2,5% du gisement global. Ces 2,5% du marché, sans levier, ne sont pas de nature à générer ou à aggraver une crise a proprement parler » précise alors Benoit Sorel.