Pour Stéphane Colliac, de nouvelles turbulences ne sont pas à exclure au cours des prochains mois en raison de quatre principales considérations : l’impact du repli des matières premières sur l’inflation et les politiques monétaires de certaines grandes banques centrales ; l’évolution de la conjoncture en Chine et ses effets de contagion sur la santé d’autres grands pays dans le monde ; le comportement à venir de la Réserve fédérale américaine vis-à-vis de ses taux directeurs  et ses accoups ; le manque de cohésion entre les pays de la zone euro sur des sujets cruciaux.

Les cours des matières premières- métaux industriels et pétrole- ont énormément diminué. Difficile de prédire quelle sera la suite des évènements. « Nous pouvons considérer que le cours du baril de pétrole est resté trop haut trop longtemps. Les investissements dans les capacités de production se sont poursuivis alors que la demande s’inscrivait dans une tendance baissière sur fond d’un ralentissement de la croissance économique mondiale. Ainsi, il y a fort à penser que l’écart entre l’offre et la demande, qui a déjà atteint une durée record sur un plan historique, a vocation à persister notamment en raison d’une stratégie assumée des pays du Golf visant à conserver des parts de marché face à la montée en puissance des acteurs de l’industrie du pétrole de schiste aux Etats-Unis» augure Stéphane Colliac.
Ce recul des matières premières aura vraisemblablement un impact additionnel négatif sur la conjoncture et sur l’inflation au niveau global et devrait encourager un assouplissement plus prononcé de certaines politiques monétaires déployées par de grandes banques centrales, comme la Banque centrale européenne ou la Banque centrale du Japon. Les investisseurs devraient alors être incités à rechercher plus frénétiquement des actifs plus risqués, moins liquides, en vue de capter un rendement un peu plus généreux.

Une deuxième source d’exacerbation de la volatilité réside dans l'essoufflement de la dynamique en Chine, assure l'économiste de Groupama AM. «De sérieux doutes planent sur la fiabilité des statistiques délivrées et des allégations avancées par les autorités chinoises.  Nous sommes d’avis que nous ne faisons pas face à un atterrissage brutal de la croissance chinoise. Les difficultés sont essentiellement palpables dans le secteur industriel, singulièrement dans le secteur immobilier qui nécessite l’exploitation de matières premières. Le secteur des services continue à afficher des signes d’amélioration». Pour Stéphane Colliac cependant, les retombées du ralentissement de la croissance chinoise devraient être plus importantes à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. La contraction des importations chinoises en valeur et en volume n'aurait pas fini de mettre à mal plusieurs grandes économies émergentes, en premier lieu desquelles le Brésil mais également des pays d’Asie Pacifique comme le Japon ou la Corée.

Un troisième thème à même d'être à l’origine de nouvelles puissantes fluctuations sur les marchés est relatif au comportement à venir de la Réserve fédérale américaine. « Une véritable dichotomie peut être relevée entre la situation macroéconomique des Etats-Unis qui appelle une hausse des taux (output gap positif, redressement notable du marché du travail) et les risques associés à la stabilité financière et à l’effet richesse qui poussent la Fed à la prudence» spécifie Stéphane Colliac. Une correction importante et continue du marché des actions américaines aura indéniablement une incidence défavorable sur la consommation américaine. Aussi la Fed tachera d’intégrer cette menace dans sa fonction de réaction. Par ailleurs, l’institution monétaire américaine devra composer avec le fait que le contexte mondial est bien moins porteur qu’il ne l’était lors de sa dernière hausse des taux. La croissance mondiale est attendue à 3% cette année, contre 6% à l’époque. « Il nous semble que la Fed aura à cœur d’étaler ses hausses dans le temps et de les limiter dans leur ampleur » en déduit l'expert de Groupama AM.

Un quatrième facteur susceptible d’alimenter l’instabilité sur les marchés au cours des trimestres à venir tient au manque de cohésion au sein de la zone euro. Bien que la reprise semble être clairement au rendez-vous dans la région, et que les déficits extérieurs soient en diminution, des désaccords  demeurent entre les Etats membres de l'union monétaire sur des questions cruciales comme l’avenir de la Grèce ou la crise migratoire. En outre, des élections programmées pourraient conférer plus de pouvoir à des partis qui ne sont pas pro européens et renforcer, de ce fait, les craintes des investisseurs sur les marchés.

« Plus que jamais, ces différentes considérations poussent à soutenir que la seule certitude que l’on peut avoir est que l’avenir est incertain » évoque alors Pierre-Alexis Dumont, directeur de la gestion actions et convertibles chez Groupama AM.

Les mouvements pourraient être d’autant plus brusques que le niveau des taux est extrêmement bas est donc moins apte à servir de coussin d’amortissement, que l’horizon d’investissement des opérateurs a été énormément raccourci, que les comportements sont de plus en plus moutonniers, et que l’activité de teneur de marché des banques est beaucoup moins significative pour des motifs de durcissement réglementaire.

Que faire face à ce nouvel environnement ?

Une première recommandation formulée par Pierre-Alexis Dumont est celle de se soustraire de la vision de court terme pour se focaliser sur un horizon de long terme. «Le court terme est très mauvais conseiller et peut provoquer des portes de saloon (autrement dit des désinvestissements au plus bas et des investissements au plus haut)»
Une manière d'y parvenir est de se baser sur les fondamentaux des sociétés afin de résister aux phases de stress et de saisir les opportunités intéressantes quant elles se présentent.

Une autre exhortation faite par Pierre-Alexis Dumont est d’être contrariant étant donné la coexistence d'un  contexte économique peu porteur et du filet de sécurité que constituent les banques centrales.

Un autre point clé est relatif à l’analyse des risques en vue d’être proactif. Six risques ont été recensés : le risque sectoriel (confère le secteur des matières premières) ;  le risque valeur (à l’instar de Volkswagen et Glencore) ;  le risque de liquidité (le flash krash qui s’est déroulé fin aout) ;  le risque géographique (les sociétés exposées aux Brésil comme Casino) ; le risque de style (« value » versus « growth ») ;  le risque de change.

Enfin une dernière mise en garde est celle de faire preuve de vigilance et de ne pas hésiter à prendre ses profits, donc de s’imposer des stop loss. «Comme dirait Warren Buffet, l’idée est d’être prudent lorsque les autres sont avides et d’être avide lorsque les autres sont prudents» signale le directeur de la gestion actions et convertibles de Groupama AM.

Deux poches à constituer au sein du portefeuille d’investissement

Pierre-Alexis Dumont préconise la constitution de deux poches distinctes au sein du portefeuille d'investissement. Une première poche cœur de maitrise du risque (avec sociétés à forte visibilité, peu sensibles au risque financier ou au cycle économique, ayant des activités diversifiées créatrices de cash flow et des sociétés de niche portées par une innovation reconnue et lancées dans la conquête de nouvelles parts de marché). Une seconde poche opportuniste pour avoir du rendement plus important (avec des sociétés à forte spécificité, ayant un levier opérationnel notable ou en capacité de participer à une opération de fusion-acquisition).

« Aujourd’hui dans notre principal fonds, la poche cœur représente 67% des encours avec des valeurs comme Roche, Next PLC ou encore Recordati et la poche opportuniste 33% des encours avec des valeurs comme Dialog, Melexis, ou Nemetschek)» précise Pierre-Alexis Dumont.

Eviter les indices


Telle est la dernière prescription de Pierre-Alexis Dumont pour de multiples raisons.  « Investir dans les indices boursiers implique de s’exposer à des biais considérables. Ainsi Total et Sanofi représentent respectivement 10% et 9% du Cac 40 ».
Il y a, par ailleurs, dans les indices un reflet de la performance passée qui ne préjuge pas de la performance future ce d’autant plus dans un monde en constante mutation avec de forts accélérateurs de changement (numérisation, ubérisation…). « Ainsi au sein de l’Hexagone 2% des sociétés existantes ont plus de 30 ans et 7% ont plus de 20 ans. Aux Etats-Unis, 90% de la croissance technologique provient des sociétés de la nouvelle technologie» éclaire Pierre-Alexis Dumont.

Qui plus est, se positionner sur les indices revient généralement à s’exposer à un risque fort de comportements moutonniers et spéculatifs. Enfin, ces indices sont très utilisés dans une logique d’exposition et de couverture de telle sorte qu’à chaque fois qu'un choc survient, sont observés  sur ces indices des flux vendeurs abondants.