« Je serais très inquiet de l’impact sur le marché des taux d’une non intervention de la Fed le mois prochain», signale Franck Dixmier. Ce dernier confesse avoir espéré un enclenchement de la hausse des taux directeurs par la Fed des le mois de septembre. « L’économie était proche du plein emploi, avec un taux de chômage descendu à 5%. Selon de multiples enquêtes de Fed régionales des tensions étaient palpables sur les salaires, en particulier dans le secteur de la technologie. Le prétexte pris d’un chiffre du chômage moins bon au mois d’aout pour reporter la décision de politique monétaire largement attendue par le marché était infondé. Sur un historique de dix ans, il est établi que la statistique délivrée par le département du Travail américain pour ce dernier mois est le moins fiable. L’écart type par rapport à la réalité tourne autour de 40 000 emplois».

Si la Fed décide de ne pas intervenir en décembre, elle alimenterait le doute du marché sur sa capacité d’action. La qualité de boussole qu’avait eue jusqu’ici la Fed sur le marché serait affectée. Sa crédibilité pourrait en être compromise. Cela pourrait entrainer la création d’une prime de risque significative dont le marché n’a pas besoin si l’on considère qu’il doit déjà faire face à un risque géopolitique de grande ampleur, à un risque énergétique et à un risque économique significatifs.
Une forte pentification de la courbe des taux américains pourrait en découler, accentuant par là le risque de voir se concrétiser un krach obligataire. Une hausse significative des taux porterait un coup dur au refinancement des entreprises américaines qui pour la majeure partie d’entre elles (près de 80%) passent par le marché pour lever la liquidité essentielle à leur développement.

Un renchérissement trop prononcé des taux longs se répercuterait sur les taux des crédits bancaires ce qui mettrait en souffrance de nombreux ménages américains et briderait la consommation qui constitue à ce jour le principal moteur de la croissance des Etats-Unis.

Un cycle atypique


Plusieurs éléments plaident pour un processus de remontée des taux très modéré. En premier lieu la hausse du dollar. La parité euro dollar est passé de 1,40 début 2014 à 1,06 aujourd’hui. Le dollar est clairement surévalué en conséquence. La croissance demeure largement en dessous de son potentiel d’avant crise, autour de 2,5%, en raison des massives destructions de capacités.

Les taux directeurs devraient ainsi être relevés de 25 points de base en décembre. Puis trois autres hausses devraient être orchestrées en 2016 et trois hausses supplémentaires en 2017. « Il s’agira pour la Fed de normaliser sa politique monétaire et en aucune manière de la rendre plus restrictive » conclut Franck Dixmier. In fine les taux directeurs devraient être augmentés de 1,75% et rester en dessous de la cible d’inflation fixée à 2% pour ne pas endommager outre mesure la croissance américaine.