« Dans les années 1950-1960, nous étions dans un contexte où les revenus réels croissaient considérablement. Dans les années 1980-1990, nous nous sommes retrouvés dans un environnement de baisse continue des taux d’intérêt qui avaient atteint un niveau très élevé. A l’époque, se positionner sur le marché obligataire pouvait alors permettre de générer des gains spectaculaires. Aujourd’hui les revenus réels n’augmentent plus rapidement et les taux sont faibles. L’OAT dix ans est autour de 1%. Ceci étant, les 10 ans à 30 ans à venir vont forcément être de nature différente de ce que l’on a vécu » indique Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management.

Parallèlement, les statistiques montrent qu’en moyenne, quelles que soient les périodes de l’histoire, le marché des actions européennes affiche, au bout d’un certain laps de temps, une rentabilité supérieure à celle des taux. En conséquence, si l’on a un objectif un peu long, la solution des actions parait évidente, en déduit Philippe Waechter.

« Nous avons vécu une parenthèse enchantée où nous pouvions avoir du rendement sans prendre de risque et sans subir une lourde fiscalité. Cette parenthèse est terminée. Il n’est plus possible d’avoir du rendement, de la liquidité, et peu de fiscalité en même temps » énonce Pierre Bollon, délégué général de l’Association française de la gestion financière.

Qui dit rendement dit désormais prise de risque, renchérit Hamid Louaheb, responsable de la gestion ALM, chez Groupama Asset Management.

« Accepter plus de risque est une chose, savoir l’endosser en est une autre » met en garde Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA IM- Framlington Equities. En cela, il faut bien quantifier le risque pris, notamment sur le plan de liquidité, de manière à ne pas se retrouver coincé en cas de perturbations sur le marché. « Il y a lieu de ne pas prendre plus de risque que nécessaire » alerte Hamid Louaheb.

Gestion active ou gestion passive ?


Aujourd’hui, les particuliers s’orientent de plus en plus vers la gestion active et les institutionnels de plus en plus vers la gestion passive. Ou faut-il aller ?
« L’orientation vers la gestion passive est largement soutenue par les études économiques qui démontrent qu’une série de gérants ne peut pas faire mieux qu’un indice plus de cinq années consécutifs » éclaire Gilles Guibout. « C’est oublier cependant que les performances ne se cumulent pas mais se composent ».
Il y aurait donc une erreur fondamentale d’appréciation à l’origine de l’idée communément admise que la gestion indicielle est plus performante que la gestion active.

« La question cruciale à se poser est celle de savoir ce qui fait la performance d’une action », souligne Gilles Guibout. Trois leviers sont distinguables. En premier lieu, la progression des résultats des entreprises, combinaison de la hausse des revenus et des marges des entreprises. En second lieu, l’expansion des multiples de valorisation qui revient à mesurer combien de fois les investisseurs sont prêts à payer les résultats. En troisième lieu, les dividendes.

Depuis 2012 de manière agrégée, en Europe, les résultats des entreprises n’ont pas varié. Alors que l’indice européen a fait +60%.

« L’arbitrage entre gestion active et gestion passive doit se faire en se demandant ce que je cherche, à quoi je veux être exposé, à quel horizon ? Si l’on pense qu’un marché est sous valorisé, et que l’on veut capter son évolution, la gestion passive est une bonne réponse. Si l’on pense que le marché est survalorisé, qu’au lieu d’avoir un potentiel d’upside, il a un potentiel de downside, mieux vaut s’orienter vers la gestion active et investir donc dans des titres de sociétés dont l’activité est en expansion ».

« Je ne suis pas du tout partisan d’opposer gestion active et gestion passive » argue de son coté Jean-Marie Féron, directeur général adjoint de Barclays Wealth Management. « D’un côté nous avons de la recherche d’alpha et de l’autre de la réplication de béta. Les deux peuvent se compléter».

« Le conseil en la matière est extrêmement important. Celui-ci a été quelque peu délaissé face à la performance régulière générée par les actions et les obligations. On n’est plus dans cette donne et on n’y sera pas de sitôt », conclut Pierre Bollon.