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Les économistes s’inquiètent de l'endettement public

Les économistes s’inquiètent de l'endettement public

(Easybourse.com) Le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) organisait jeudi 22 octobre une table ronde sur l’avenir des politiques budgétaires et des marchés obligataires européens. En plein examen par l’Assemblée nationale du projet de loi de finances pour 2010, la question du creusement des déficits publics a été au cœur du débat des économistes.

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Le premier constat, unanime, est celui du dérapage des déficits publics partout en Europe, au-delà de la limite des 3% de PIB fixés par le traité de Maastricht.

Même l’Allemagne, pourtant connue pour sa rigueur budgétaire, va accuser un déficit correspondant à 3,7% de son produit intérieur brut cette année. En France, le déficit devrait atteindre 8,2% du PIB  en 2009 et augmenter à 8,5% du PIB en 2010. Le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore l’Italie sont dans une situation encore plus défavorable.

Parallèlement, la dette publique des Etats se creuse. En France comme dans la plupart des pays européens, celle-ci a augmenté de plus de 20 points en trois ans, et dépasse allègrement les 60% du PIB préconisés par le Pacte de stabilité et de croissance européen. En 2010, la dette française est attendue à 84% du PIB. 

«La dette publique devrait durablement dépasser 80% du PIB dans tous les pays de la zone euro, excepté la Finlande», indique Laurent Berrebi, directeur des études économiques de Groupama Asset Management. A horizon 2012, la France devrait afficher une dette publique de 90% conforme à la moyenne européenne. Les intérêts de la dette se monteraient alors à 80 milliards d’euros, soit 3,8% du PIB.

«L’insoutenable légèreté de la dette»

«Les charges d’intérêt pourraient rapidement devenir le premier poste de dépenses» de l’Etat, conclut le député Gilles Carrez dans son rapport sur le projet de loi de finances 2010.

Une dette avoisinant les 100% du PIB est-elle supportable ? Pour l’instant, oui, répond Philippe Marini, rapporteur de la commission des Finances du Sénat. Etant donné le niveau très faible des taux d’intérêt, «c’est un fardeau que l’on porte sans difficulté. Actuellement la République française aime bien s’endetter à très court terme en émettant des obligations à moins de trois mois. Ces émissions sont faites à taux d’intérêt négatifs, du moins si l’on transpose en taux annuels les conditions de ces bons renouvelables. La tentation est grande d’en abuser», observe-t-il.

Pourtant, il faut selon lui se méfier de «l’insoutenable légèreté de la dette». L’évolution des taux d’intérêt aura une forte incidence sur les finances publiques, or ces taux ne peuvent que grimper. Et le sénateur d’évoquer le relèvement par la banque centrale australienne de ses taux directeurs (à 3,25% contre 3% auparavant), préfigurant un resserrement monétaire dans d’autres économies.

«La Banque centrale européenne parlait encore début septembre d’une situation inchangée au moins jusqu’aux derniers mois de 2010. Aujourd’hui, certains prédisent une inflexion dès le printemps. Cela fait évidemment une grande différence pour les finances publiques.»

Autre problème, qui préoccupe encore plus les économistes : la baisse du potentiel de croissance des économies. «Ca n’est pas parce qu’on a eu une crise très forte que l’on va connaître une croissance à deux chiffres en sortie de crise», souligne Agnès Benassy-Quéré, directrice du CEPII.

Au contraire, la crise a eu un impact structurel sur le taux de croissance de long terme et par conséquent sur la richesse qui sera créée pour rembourser l’endettement des Etats. La croissance potentielle en zone euro est passée de 2,0%-2,25% avant la crise à 1,5%, voire moins, aujourd'hui, selon Laurent Berrebi. «Avant la crise, les pays pouvaient se permettre de faire des déficits sans aggraver l’endettement public. Aujourd’hui, compte tenu du potentiel de croissance plus faible des économies et de l’évolution des taux d’intérêt, ce n’est plus le cas», souligne-t-il.

Vers des politiques de rigueur…et des hausses d’impôts

L’effort à réaliser pour éviter un effet «boule de neige» de la dette publique est par conséquent colossal. Pour stabiliser la dette en 2010 (ce qui n’arrivera pas compte tenu des plans de relance mis en place par les Etats), les mesures d’économies devraient atteindre 5 points de PIB en Allemagne, 8 points en France, 10 points en Espagne et 18 points en Irlande, note Laurent Berrebi.

Même avec une réduction des dépenses publiques, «on sera loin des ordres de grandeur», prévient Philippe Marini. Il faudra par conséquent augmenter les impôts, bien que «les dirigeants politiques ne l’admettent pas».

«On n’aura pas d’ajustement budgétaire sans douleur», confirme Jean Pisani-Ferry, directeur du think tank indépendant Bruegel. «La question n’est pas de savoir s’il faut réduire les déficits, mais quelle est la limite du supportable : est-ce une réduction de 0,5 points de PIB par an, d’1 point de PIB  par an ?»

Dans ce domaine, l’Allemagne continue à montrer l’exemple, observe-t-il. Le pays a inscrit en juin dans sa Loi fondamentale un principe de limitation du déficit public à 0,35% du PIB à partir de 2016 pour l’Etat, et l’interdiction des déficits pour les Länder à partir de 2020. 

«La France au contraire maintient le discrétionnaire et a une mauvaise réputation en matière discipline budgétaire», souligne-t-ilDifficile dans ces conditions d’envisager un retour à l’équilibre avant longtemps.

Selon Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia Asset Management, un retour des déficit dans la limite des 3% du PIB est cependant envisageable d'ici cinq ans (lire son interview).

François Schott

 

 


Publié le 23 Octobre 2009