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L’analyse qualitative, le plus qui fait la différence

L’analyse qualitative, le plus qui fait la différence

(Easybourse.com) On en parle moins, pourtant savoir apprécier la société de gestion et les équipes qui l’entourent est essentiel dans la sélection de fonds.

Pour sélectionner un fonds, les investisseurs se doivent de considérer  des critères d’analyse qualitative et notamment tout ce qui touche à la société de gestion : l'équipe de gestion, le processus d'investissement du gérant, les lignes du portefeuille…. Voici quelques pistes de réflexions.
 
L’opinion favorable sur une société de gestion ne vaut pas forcément pour l’ensemble de ses fonds

Pour ce qui est de la société de gestion, plusieurs éléments peuvent aisément être jaugés : sa solidité financière, son actionnariat, les principaux dirigeants et autres personnes clefs (expérience, stabilité, réputation, clarté du discours du gérant notamment), l'organisation de la société (de quelle manière les équipes travaillent entre elles), la gouvernance, l'ensemble des procédures de contrôle (conformité, contrôle interne, déontologie, lutte anti blanchiment), les autorités qui régulent ces sociétés et les historiques éventuels de sanctions, les risques opérationnels, le plan de continuation des activités en particulier pour les plus petites sociétés. «Nous regardons également le management de l'entreprise, les dispositifs de fidélisation des gérants, les procédures engagées contre la société, les litiges en cours à l’encontre des dirigeants» déclare Nicolas Caplain, directeur de la sélection des fonds externes de LBPAM.

Sont également à examiner les acteurs qui interviennent dans la vie du fonds : le dépositaire, le valorisateur, le commissaire aux comptes, l’auditeur...«Nous pouvons avoir confiance dans une société de gestion et dans ses gérants, mais ces derniers travaillent parfois avec des prestataires de moins bonne qualité» fait noter Nicolas Caplain.
Il faudra garder à l’esprit que l’opinion favorable sur une société de gestion ne vaut pas forcément pour l’ensemble de ses fonds.  «Tous les OPCVM ne sont pas sans risque. Nous savons que dans une grande gamme, nous trouverons des fonds pour lesquels notre avis sera positif, et d'autres négatif, même si de manière globale nous avons un avis positif s'agissant de la société de gestion» met en garde le directeur de la sélection des fonds externes de LBPAM.

Les contraintes imposées au gérant

Le gérant gère-t-il un seul ou plusieurs fonds, et s’il gère plusieurs fonds, ces derniers ont-ils des thèmes convergents ou non ?  Le gérant investit-il à titre personnel dans les fonds qu’il gère ? Autant de questions qu’il est pertinent de se poser et qui visent à conforter la confiance à accorder  au fonds pour procéder à un investissement.

«Notre équipe d’analystes aux Etats-Unis a essayé de mesurer si les fonds dans lesquels les gérants étaient plus impliqués financièrement obtenaient en moyenne de meilleures performances. La réponse s’est avérée positive. Plus le gérant est engagé à titre personnel au niveau financier sur son patrimoine et meilleure est la performance»  signale Frédéric Lorenzini directeur de la recherche de Morningstar.

En Europe, de telles mentions sont uniquement déclaratives. «Mais on s’est rendu compte que les informations communiquées sont de plus en plus fiables, pour la simple raison qu’à un moment donné, la vérité remonte à la surface» se hâte de rassurer Frédéric Lorenzini. Il est également judicieux dans cette optique d’examiner de quelle manière est calculé le bonus du gérant. Ce bonus est-il calculé sur les performances du fonds ?  Sur quelle période ? Ou est-il calculé sur la hausse des encours ? «Dans ce dernier cas, nous pourrions supposer que le gérant passe son temps à faire des road shows pour collecter de l’argent» déclare Frédéric Lorenzini.

Sur le plan des rémunérations, les commissions de mouvement peuvent poser un risque de conflit d’intérêt. «Plus le portefeuille tourne, et plus il y a priori des commissions. Cela peut pousser le gérant à faire tourner le portefeuille». En outre ces commissions peuvent aller à un dépositaire appartenant au même groupe que la société de gestion. «C’est le cas par exemple de l’établissement Edmond de Rothschild où le dépositaire est la banque Edmond de Rothschild» mentionne Frédéric Lorenzini.

La philosophie d'investissement

La transparence de manière générale est très importante dans les critères de sélection. Pour les OPCVM européens coordonnés, le gérant doit se soumettre à quelques impératifs réglementaires. Mais demander systématiquement les inventaires des portefeuilles est une bonne chose.

«Dans un fonds d'actions européennes qui peut être investi de manière non accessoire dans d'autres instruments, tout ce qui n'est pas investi en actions européennes nous laisse interrogateurs. Nous nous attachons à comprendre les raisons pour lesquelles le gérant a décidé une telle diversification, de quelle manière il a opéré cette diversification, quels sont les risques éventuels attachés qui peuvent être des risques absolus ou des risques relatifs au benchmark» signale Nicolas Caplain.

La manière dont le portefeuille évolue est également importante. «Nous identifions les principales modifications et tentons de saisir le sens des explications apportées à ces modifications » précise Nicolas Caplain.

«Pierre qui roule n’amasse pas mousse»

Le turnover est un élément significatif. S'il y a un turnover important dans un laps de temps relativement court, cela signifie que les risques peuvent avoir changé de nature, il faut en avoir conscience et apprécier quelles en seront les conséquences. «Nous apprécions si ce turnover a ajouté de la performance ou en a détruit soit parce que les titres qui ont été choisis n'étaient pas les bons, soit parce que les titres qui ont été vendus continuent à bien former, soit parce que le turnover implique des frais et toutes choses égales par ailleurs conduit à une destruction de la performance» explique l'expert de LBP AM.

Enfin l'historique du gérant sur des stratégies de gestion comparables, dans ses sociétés précédentes est à mesurer. «Une expérience de gestion est suffisante dans une stratégie à partir de 10 ans en général. Le gérant doit avoir connu différentes phases de marché. A titre d'exemple, il est difficile d'évaluer un gérant actions qui n'était pas sur les marchés au moment de l'éclatement de la bulle Internet. Idem pour le gérant d’un fonds émergent qui était encore étudiant pendant la crise russe de 1998»  conclut Nicolas Caplain.

Imen Hazgui 


Publié le 06 Avril 2010

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