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Les sorties massives des fonds monétaires pourraient créer une bulle

Les sorties massives des fonds monétaires pourraient créer une bulle

(Easybourse.com) Il est probable que le mouvement de décroissance des encours monétaires perdure encore pendant les mois à venir. Jusqu'où ? Et avec quels risques sous-jacents ?

À lire dans ce dossier.

«Je pense qu’il faudra un long moment avant que l’on normalise les positions de cash dans les fonds monétaires» avertit Alain Bokobza, responsable de l'allocation mondiale d'actifs au sein de Société Générale CIB.

Nous pourrons percevoir une stabilisation des flux sortants lorsque les taux se remettront à remonter.  «Nous devrons auparavant passer par une normalisation de la politique monétaire (avec un taux Eonia qui convergera vers le taux de refinancement des banques auprès de la BCE) avant d'entrevoir une véritable augmentation des taux d'intérêt.
 Si les problèmes de la Grèce et des pays périphériques sont solutionnés, nous devrions courant octobre 2010 nous rapprocher des 1%. Période à laquelle la BCE a prévu ses dernières opérations exceptionnelles de refinancement avec allocations illimitées au taux de 1%
» développe Vincent Tarantino, responsable de la gestion monétaire au sein de Allianz GI. 

Mercredi, la Réserve Fédérale a confirmé son intention de maintenir les taux d’intérêt à un niveau bas pour une période plus longue. Selon certains économistes, la Fed devrait augmenter son taux directeur avant les élections.

Dans ces conditions de quelle manière un gérant de fonds monétaire peut-il, retenir ses clients ?
Tout dépend de l'enveloppe de risque qu'il se voit octroyer. Le monétaire recouvre deux aspects : le monétaire pure (papiers de trésorerie au jour le jour ou à la quinzaine qui présente peu ou pas de risque), et le monétaire que les gérants tentent de booster, ce que l’on appelait auparavant le monétaire dynamique. «S’agissant du monétaire pur le gérant ne peut strictement rien faire en termes de performance. Il peut allumer des cierges à Sainte Rita, se flageller, il est dans une situation délicate. Et si le gérant décide de booster son portefeuille, il mettra dans son portefeuille des titres qui ne sont pas du monétaire : des obligations de court terme, des actions... Si les choses se passent mal, le gérant risque alors de se retrouver avec une perte en capital» signale Frédéric Lorenzini, responsable de la recherche chez Morningstar.

Dans le monétaire le gros de la troupe est constitué soit d’investisseurs institutionnels soit de trésoriers d’entreprises. Un trésorier d’entreprise a plusieurs façons de gérer les différents comptes bancaires dont il a la charge. Une norme comptable, l’IFRS 7, permet de comptabiliser les placements financiers dans du cash ou du quasi cash. Elle permet si le gérant est investi sur du monétaire pur de passer ce monétaire en cash.
«Ces investisseurs qui ne souhaitent prendre aucun risque en termes de pertes de capital et préserver ce caractère quasi cash du placement vont demeurer sur le monétaire quand bien même le rendement est très faible. Ils n’ont pas d’autres alternatives» ajoute Frédéric Lorenzini.
Ceci étant, si l’on se fie aux données délivrées par l’ICI, en 2008, 35% des investissements court terme des trésoriers d’entreprise était placés dans les fonds monétaires, en 2009, ces trésoriers ne détenaient plus que 30% de leur investissement à court terme dans les fonds monétaires.

«Les autres institutionnels, caisses de retraite, fonds de pension…confiants pourront continuer à se rediriger vers d’autres classes d’actifs s’ils se sentent suffisamment confiants» complète le responsable de Morningstar.

Quelles conséquences éventuelles ? 

«Tant que nous sommes à un niveau considérable de capitaux sous gestion dans le monétaire, le renversement de tendance est plutôt une bonne nouvelle.  Pour une économie, avoir trop de capitaux qui dorment peut s’avérer pénalisant» rassure Alain Bokobza.

Mais cette sortie massive n’est pas sans présenter d’éventuels risques si les encours se consentrent exclusivement sur certaines classes d’actifs. Cela n’est absolument pas le cas pour le moment. La réallocation des capitaux ne profite pas à un produit en particulier. La gestion du risque est devenue par ailleurs un élément essentiel de la gestion d’actifs. Elle implique une diversification des portefeuilles. Nous devrions voir ces capitaux continuer à se déverser de manière variée.

Cela dépendra de la vitesse de progression de sortie des capitaux. Nous observons pour le moment une accélération. Sur un rythme annualisé soutenu, avec environ 50 milliards de dollars de sorties mensuelles, cela ferait 600 milliards en fin d’année aux Etats-Unis. Parmi les éléments qui pourraient mettre un terme à cette sortie des flux : un accident conjoncturel remettant de l’aversion au risque ou une très violente hausse des taux d’intérêt de la part de la Fed ou de la BCE qui élèverait la rémunération des Sicav monétaires.  Pour le moment, nous en sommes encore loin.

Imen Hazgui


 


Publié le 06 Mai 2010

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