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La régulation européenne des hedge funds, vers des anomalies dangereuses pour le secteur…

La régulation européenne des hedge funds, vers des anomalies dangereuses pour le secteur…

(Easybourse.com) La directive européenne, AIFM (Alternative Investment Fund Manager) censée réguler les hedge funds n’est pas encore aboutie que de vives discussions foisonnent ici et là sur les opportunités et les risques sous-jacents à l’adoption finale de la règlementation.

Parmi les éléments  constitutifs de la valeur ajoutée de cette législation européenne, nous pouvons citer le renforcement de la protection des investisseurs et la maîtrise du risque systémique.

Ce sont les deux piliers essentiels sur lesquels les régulateurs s’appuient pour faire adopter la directive. L’avantage final résiderait selon Nicolas Gauthey dans une démocratisation des hedge funds, autrement dit une meilleure reconnaissance de ces produits.
La règlementation européenne permettrait pour ainsi dire de sortir d’une certaine opacité qui fait craindre aujourd’hui de nombreux investisseurs.
L’institutionnalisation de cette classe d’actifs ne règlera néanmoins pas tous les soucis d’un coup de baguette magique. «La maitrise des risques est certes une noble cause, [mais qu’on ne s’y trompe pas] les hedge funds ne sont pas à l’origine directe de la crise financière» fait noter Nicolas Gauthey. Les réguler ne constituera qu’une pierre apportée à l’édifice.

Par ailleurs il faudra veiller à ne pas engendrer avec cette réglementation des défaillances manifestes. Deux éventuelles anomalies pourront être citées : la réduction drastique de l’univers d’investissement pour les investisseurs et la contraction  trop significative de l’effet de levier qui handicapera les hedge funds dans la recherche de performance.  «La question de la réduction de l’effet de levier ne me semble pas constituer un problème en soi. Je pense qu’il y avait par le passé trop de levier dans le système. Le marché a vocation à demeurer volatil durablement. Il n’y a par conséquent pas besoin d’avoir autant d’effet de levier qu’avant la crise pour pouvoir générer de la bonne performance en gestion alternative. Mais plutôt que de passer par une directive, il aurait été plus simple de contraindre l’effet de levier que les banques d’investissement peuvent allouer aux hedge funds en augmentant la charge de capital sur le levier accordé dans les opérations de prime brokerage» signale Guido Bolliger, chief Investment Officer d'Olympia Capital Management.

Pour l’expert, c’est la réduction des univers d’investissement pour les investisseurs qui constitue le principal enjeu de cette directive. «Investir uniquement dans les hedge funds bénéficiant du passeport européen, serait une catastrophe. Le marché des hedge funds se situe en grande partie aux Etats-Unis. Les gérants américains ne feront pas l’effort d’acquérir le passeport européen. La mesure est protectionniste et conduirait clairement à une réduction de la performance à long terme». explique le responsable d'Olympia Capital Management 

Selon, Christophe Chouard, membre du directoire de HDF Finance, les dispositions concernant la réduction de l’univers d’investissement ne posent pas véritablement difficultés. «Si l’encadrement par la règlementation réduit l’univers d’investissement en écartant les fonds les plus risqués, cela ne nous dérange pas».

Enfin, il est possible que la directive impacte des micro stratégies par exemple en amenant à une transparence sur les positions short. «Si les positions short commencent à être divulguées au marché, il est probable que la société auprès de laquelle le hedge fund est parvenu à obtenir l’information ne voudra plus parler. Et cette stratégie ne pourra plus être mise en place» met en garde Nicolas Gauthey.
Les préoccupations concernant les ventes à découvert n’ont pas lieu d’être selon Guido Bolliger. «La directive a été claire, les positions short seront uniquement divulguées à l’autorité de marché compétente et n’ont pas vocation à être diffusées sur le marché. Nous ne pourrons jamais aller sur Bloomberg et voir les positions short prises par les gérants».

Quelle suite des évènements…

Alors que le  projet de directive aurait du être voté lundi 10 mars après-midi, en commission Econ (Economic and Monetary Affairs Committee), par le Parlement européen, le vote a été reporté au 17 mai prochain, soit la veille de la commission Ecofin, pour des raisons techniques.
 
«Je pense que nous allons dans la bonne direction et que nous devrions avoir une directive bien édulcorée nous permettant de continuer à travailler dans des conditions optimales. Plusieurs aspects étaient totalement incohérents dans la première version. Je citerai un exemple ; la règlementation souhaitait traiter les investissements en immobilier, en hedge fund et en private equity de la même manière. Or ces trois types d’investissement sont totalement différents et impliquent des objectifs totalement distincts» signale Guido Bolliger.

Les acteurs ont été mis au pied du mur, et lorsqu’ils ont vu où la directive les emmenait, il ya a eu d’importants mouvements de lobbying pour faire revenir le législateur dans le droit chemin.

Les européens attendent par ailleurs que les américains prennent le taureau par les cornes pour éviter d’autres cas Madoff.

Il faudra s’assurer à ce que quatre grands principes soient respectés estime Christophe Chouard, membre du directoire de HDF Finance : protection de l’investisseur, contribution par le reporting à éviter le risque systémique, harmonisation de la régulation au niveau international pour éviter tout dumping réglementaire, et degré de liberté suffisant pour permettre aux hedge funds de continuer à apporter de la valeur ajoutée au fonctionnement des marchés. «Les régulateurs reconnaissent l’apport des hedge funds dans le bon fonctionnement des marchés. Lorsqu’un intervenant veut acheter un titre pour des montants importants, il fait décaler les prix à la hausse. S’il n’y a pas de hedge funds, le décalage de prix peut attirer des spéculateurs à se porter acheteurs à leur tour, ce qui déclenche une bulle spéculative qui risque de se dégonfler de manière quelque peu violente. Si un hedge fund constate que le prix s’éloigne de la valeur, il se met en face en empruntant le titre et en le vendant, et il contribue ainsi à faire en sorte que la bulle ne se gonfle pas, ou beaucoup moins. Les hedge funds améliorent l’efficience des marchés, participent à l’intégrité des prix, et apportent de la liquidité».

Imen Hazgui

 


Publié le 11 Mai 2010

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