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IPO : aucune véritable vague à l’horizon pour l’instant

IPO : aucune véritable vague à l’horizon pour l’instant

(Easybourse.com) Une allocation sectorielle et géographique prononcée est une caractéristique importante d’un marché réouvert des introductions en bourse. Mais aucune véritable mode ne semble se dessiner jusqu’ici. La vision étant quelque peu brouillée par les sociétés de private equity et les reports successifs de certaines opérations. 

Pendant la bulle Internet, les valeurs technologiques, Internet, et biotechs ont été au centre de toutes les attentions. Entre 2000 et 2002,  le tour a été donné aux sociétés financières, pétrolières et spécialisées dans la chimie, qui en période de consolidation dégagent des cash flows transparents, un modèle d’activité solide, et des bêtas relativement faibles. 
Entre 2005 à 2006, le succès des sociétés allemandes spécialisées dans le solaire, l’éolien, ont attiré les sociétés du secteur à se coter, parce qu’elles pouvaient cristalliser des niveaux de valorisation attrayants.
En 2006-2007, face aux premières tensions sur le marché en raison de la crise, nous avons assisté à un important retournement vers les stocks indexés en dollar avec des composantes de croissance reliées aux marchés émergents. Plusieurs introductions ont  concerné le secteur minier, souvent libellé en dollars, avec des exploitations dans les pays émergents : New World Resources, ENRC en Europe.

Nous avons toute une série de sociétés achetées par des private équity et financial sponsors, il y a environ 7 ans, qui sont assez matûres pour être introduites en bourse.
«Nous avons ainsi en ce moment, une opération qui se prépare avec Chris Hansen, dont l’actionnaire principal est PAI» commente Cédric Chaboud directeur en charge de la stratégie IPO au sein de Lazard Frères Gestion.
La problématique de ce type d'opérations, c'est qu'elles sont souvent multisecteurs, multigéographiques. «Si ces IPO peuvent être très intéressantes de manière opportuniste en fonction du prix, de la qualité du projet, elles brouillent quelque peu la vision sur le marché». 

Des reports successifs

L’ouverture n’est donc pas encore actée. Et qui plus est, le marché peut se refermer très rapidement. «Quand le marché est volatil et perturbé, tout le monde est de plus en plus sélectif.
Les syndicats avancent très progressivement dans l’opération, testent le marché, et n’hésitent pas à faire marche arrière en cas d’intempéries.

C’est ainsi que T-Solar, Renovalia, Engyco, trois sociétés en Espagne qui souhaitaient profiter de la dynamique de l’énergie renouvelable ont été contraintes à quelques jours de leur introduction de reporter sine die leurs émissions  en raison des doutes sérieux qui planaient sur la situation financière de l’Espagne. Ces IPOs, bons actifs par ailleurs, reviendront rapidement sur le marché lorsque que les conditions macro se seront quelque peu stabilisée.

«Nous avons étudiés un cinquantaine d’IPO. La moitié ont eu un réajustement d’une manière ou d’une autre». Aux Etats Unis, pratiquement les deux tiers des introductions ont rencontré des difficultés. Soit les opérations ont été repricées vers le bas, soit leur taille ont été réduite, ou bien elles ont été reportées.

En Europe, les acteurs sont plus prudents par nature, du fait que le marché est un peu moins liquide. Les syndicats ont du être moins gourmands en termes de valorisation pour que l’opération soit un succès. Typiquement, nous pouvons mentionner Médica en France. La société voulait se coter entre 16 et 19 euros par titre, et au dernier moment, cela a été repricé à 13. Nous sommes presque à 40% plus bas.
Les premiers jours de trading ont cependant montré environ 15% de performance contre un marché qui était plutôt négatif.

La plus importante opération reportée a été Travelport, l’équivalent d’Amadeus. «L’introduction était envisagée pour février dans un marché en pleine consolidation depuis le début de l’année. Ce n’était ni une histoire de prix, ni une histoire de qualité d’actif, juste une histoire d’appétit pour le risque. Les investisseurs n’étaient pas très enclins à aller vers une société qui n’avait pas le même niveau de transparence et de disclosure que des sociétés plus anciennement cotées. Nous pouvons également indiquer l’exemple de Taminco, société belge, dans la chimie, qui était un bon actif, et avait tout pour réussir» signale Cédric Chaboud.

Globalement, un cycle complet d’IPO dure en moyenne de 5 à 7 ans. «Il ne s’agit pas d’acheter une IPO et de la garder pendant plusieurs années. La surperformance par rapport à l’indice de référence n’est souvent pas obtenue de cette façon. La gestion se doit d’être dynamique» explique l'expert de Lazard.

Dans les conditions actuelles de marchés qui sont difficiles et très volatiles, «mieux vaut  patienter quelques temps que les gens qui spéculent à court terme sortent, et qu’une base d’actifs plus ferme s’installe pour rentrer dans des IPOs qui intéressent fondamentalement» conclut M Chaboud.

Imen Hazgui


Publié le 25 Mai 2010

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