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Marchés actions : des bénéfices record qui seront suivis tôt ou tard par les investisseurs

Marchés actions : des bénéfices record qui seront suivis tôt ou tard par les investisseurs

(Easybourse.com) Depuis le début de l’année, le CAC 40 est en baisse de près de 8%, l’Eurostoxx en chute d’environ 10%. La nouvelle décennie ne s’annonce pas pour le moment meilleure que la précédente qui fût, pour rappel, la pire de toute depuis la seconde guerre mondiale.

Le pic historique pour le CAC a été atteint en septembre 2000 à 6940 points, nous sommes aujourd’hui à 3600 points. L’indicateur de confiance sur les marchés actions reste bien faible. Les investisseurs, tant particuliers qu’institutionnels se désengagent. Mais est-ce pour de bonnes raisons ? Nous avons souhaité dresser en quelques lignes les prévisions de certains experts du marché pour les 6 mois à venir.

L’évolution bénéficiaire des bénéfices est au beau fixe

L’évolution bénéficiaire des sociétés est constamment revue à la hausse malgré la crise de la dette souveraine et devrait durer en 2011.
En Europe, les craintes sur la croissance ont été compensées par la baisse de la monnaie unique. Pour 2010, le marché s’attend pour le Stoxx 600 à une croissance de 35% et à une croissance de 19,7% en 2011 (là dedans, nous avons 45% de progression pour les financières, plus de 30% pour les mines). En décembre 2009, on tablait sur un potentiel de hausse entre 20% et 25%.

Les profits pour 2010 sont globalement en route. La visibilité est relativement bonne pour les six prochains mois et le scepticisme n’est alors pas de rigueur.  «Nous partons d’une base très faible. +35% en absolu peut paraitre beaucoup mais comparé à une chute initiale de 60%, cela est modéré» analyse Jean-Marie Mercadal, directeur de la multigestion de OFI Asset Management
«La progression des 35% en 2010 est la conséquence des restructurations effectuées en 2008 et 2009. Des discours cataclysmiques sur l’ampleur de la récession et l’évolution des profits ont poussé les entreprises à surréagir s’agissant de l’investissement, des embauches, et des programmes de communication» précise Frédéric Buzaré, responsable gestion Actions Europe au sein de Dexia AM.

Nous avions déjà connu une telle croissance en 2003, à la sortie de la bulle TNT.

Les interrogations portent davantage sur 2011. La croissance des profits est alors ignorée par les marchés, et les facteurs macro économiques l’emportant sur les facteurs micro économiques, peut être pas à tort...
Le marché européen se paie actuellement 9,4 fois en termes de PER 2011. Dans l’esprit des investisseurs la croissance devrait carrément être négative. «Avec une inflation à 20%, et des taux d’intérêts à 20%, le marché actions se payait avec un multiple de 6,8 fois en septembre 79» fait remarquer Frédéric Buzaré.

«On peut s’attendre à un certain fléchissement des anticipations attendues sur les bénéfices, mais de là à tabler sur un effondrement de ces bénéfices, à la suite d’une nouvelle récession, cela serait exagéré» déclare Jean-Marie Mercadal, directeur de la multigestion de OFI Asset Management.

 «Nous risquons de voir ce chiffre revu à la baisse pour aboutir à des perspectives bénéficiaires de 10 ou 15%» indique Patrick Moonen, stratégiste senior au sein de ING Investment Management

Déjà passer à la trappe, les profits 2011 parait exagéré, assure Frédéric Buzaré. «D’un point de vue cyclique, si nous considérons 2009-2011, 2011 devrait se caractériser par une reprise de l’économie. 2009, récession, 2010 sortie de récession, 2011 première véritable année de reprise économique. Historiquement, il n’est pas inhabituel d’avoir des profits qui font une année donnée +40%, puis +35% l’année suivante et +19% l’année d’après».

Il y a cependant un risque de déception manifeste si l’on considère que la croissance de la zone euro est attendue l’année prochaine entre 1 et 1,5%.
«Si le ralentissement économique est plus important, les profits anticipés sont à risque. Nous avons calculé la sensibilité des chiffres d’affaires et des profits à la croissance du PIB.  Dans le cas de  l’Europe pour chaque pourcentage de moins du PIB, la conséquence serait sur l’Eurostoxx une réduction de 4% de la croissance des chiffres d’affaires et de 10% de celle des profits. Le lien entre la croissance du PIB, la croissance des chiffres d’affaires et la croissance des profits vient de l’existence d’un levier opérationnel pour les entreprises» explique Christophe Donay, responsable allocation d'actifs de la banque Pictet et Cie.

Un marché relativement attractif sur la base des valorisations

Alors que les bénéfices sont à la hausse, les valorisations sont relativement faibles.
«Les valorisations sont très attractives par rapport à l’historique et par rapport à d’autres classes d’actifs» signale Patrick Moonen.
Le niveau des coûts bénéfices ont fortement chuté. Entre le niveau le plus haut, de 16,2 en Europe et le niveau actuel, il y a une baisse de 22%. Cette baisse s’est faite en 5 mois, ce qui est exceptionnel. «Dans les 40 dernières années, cela est arrivé que trois fois : la crise des subprimes, le krach de 1987, et la première crise pétrolière au début des années 70
» souligne l’expert d’ING IM.  Cela démontre, s’il le fallait l’incertitude des investisseurs.

Ceci étant, à comparer le niveau des coûts bénéfices du marché européen de 12,6% avec la moyenne européenne, le marché européen n’est pas cher du tout. «Ce 12,6% est basé sur les bénéfices connus. Si nous raisonnons sur la croissance bénéficiaire attendue pour l’année 2010, les coûts sur bénéfices tombent en dessous de 10%», complète Patrick Moonen.

Autre paramètre qui traduit le niveau de valorisation, est le rapport rendement des dividendes et rendement sur obligations de crédit : le différentiel qui est en moyenne de 150 points de base est aujourd’hui tombé à moins de 50 points de base.  «Il est possible d’avoir une obligation d’une société d’un rendement de 3,5% et acheter l’action de la même société avec un rendement de dividende de 3,1%. Avec la différence que le rendement du dividende a vocation à s’accroitre dans les années à venir.  Les sociétés ont beaucoup de cash, des structures financières solides, et un ratio de distribution des dividendes relativement bas. Il y a un véritable potentiel de progression en ligne avec l’évolution des bénéfices» affirme Patrick Moonen.

La prime de risque qui constitue un des thermomètres des marchés actions est importante. «Si l’on considère que le ROE des entreprises se situe entre 13 et 15%, quand le Stoxx 600 se situe sur un niveau de 230 points, cela signifie que la prime de risque se situe entre 7 et 7,5%, ce qui est très élevé d’un point de vue historique. La moyenne est d’environ 4,5%», alerte Christophe Donay.
Il n’existe pas de seuil pour cette prime de risque. «Elle peut aller très loin, à 10-12% si le marché panique. Ce n’est pas notre scénario central», conforte Yves Bonzon, responsable de la stratégie d'investissement au sein de la banque Pictet & Cie.

Ainsi, au regard des bénéfices, des valorisations, de la prime de risque, le taux de rentabilité implicite des actions ressort à des niveaux intéressants par rapport à ce que l’on peut trouver sur les obligations ou les convertibles.
«Tôt ou tard les marchés suivront ces bénéfices. Cependant le suivi devrait se faire en dents de scie», affirme Jean-Marie Mercadal.
 L’endettement public, la solidité de la zone euro, et la décélération de la croissance en Chine continueront à laisser planer le doute sur la soutenabilité de la croissance.

Parmi les éléments à surveiller de près : la politique budgétaire et la réussite ou pas de tous les plans annoncés. L’Allemagne a signalé un plan de 80 milliards d’euros pour quatre années à venir. Il faut voir si les mesures ont l’impact nécessaire pour réduire les déficits budgétaires.
Les CDS des Etats et des sociétés bancaires seront également importants à regarder. Une remontée des CDS pour les pays fragilisés indiquerait que les investisseurs ont peu confiance dans les mesures budgétaires votés. Les taux interbancaires seront également un bon indicateur et reflèteront le niveau de stress dans le secteur bancaire.

L’allocation géographique sera grandement à privilégier, au-delà de l’allocation sectorielle, ou de l’allocation de style.

Imen Hazgui


Publié le 15 Juin 2010

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