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La Russie, un des principaux paris cette année sur les marchés émergents

La Russie, un des principaux paris cette année sur les marchés émergents

(Easybourse.com) A fin mai le MSCI Russie était à -7,1% en dollars. L’indice affiche une performance depuis janvier de 12%. Le marché russe était en progression de 3,5% hier. Et nous pourrions connaître une performance boursière au-delà des 30% de croissance boursière d’ici la fin de l’année. Et pourtant nombreux sont les investisseurs qui sont encore sous exposés sur ce marché.

Le marché russe a été énormément affecté par la crise mais il a fortement rebondi depuis. Des fondamentaux sains et une forte décote du marché devraient l'emporter sur les risques existants et permettre à l'indice boursier russe d'afficher de belles performances cette année.

Des fondamentaux assainis
Le taux de croissance de l’économie devrait se situer entre 5 et 7% cette année.

L’inflation est descendue sous la barre des 10%. La fourchette cette année se situe entre 6 et 8%, ce qui permet à la banque centrale russe de baisser ses taux dans un contexte de reprise. L’endettement public rapporté au PIB est inférieur à 10%. «Nous sommes très loin des plus de 100% que l’on a sur la Grèce et des 80% en moyenne que nous avons sur les pays de l’Union européenne» constate Mathieu Belondrade, gérant chez Natixis AM.
Le déficit budgétaire devrait être inférieur à 5% du PIB avec un véritable retour à l’équilibre et un potentiel d’excédent budgétaire l’année prochaine ou en 2012.
Le pays connaît donc un redémarrage très fort de sa croissance en 2010 et une situation saine dans un environnement matières premières que l’on perçoit comme confortable pour le pays. «La Russie se satisfait d’un baril de pétrole qui va osciller entre 70 et 80 dollars cette année. Les niveaux atteints sur les autres matières premières sont également confortables fiscalement pour le gouvernement» signale Mathieu Belondrade.
Les perspectives bénéficiaires sont  au beau fixe. Les bénéfices 2010 sont attendus en hausse entre 35 et 40% par rapport à 2009 pour la Russie. En 2011, les experts tablent sur une hausse entre 10 et 30% par rapport à 2010. Les effets de base sont importants pour de nombreuses sociétés. «Ces estimations peuvent faire peur, car une déception sur un ou deux grands noms de la cote pourrait entraîner un retournement violent du marché, mais ce n’est pas ce que l’on attend» commente le gérant de Natixis AM.

La Russie est un des marchés émergents les plus décotés.  Le PER se situe entre 6 et 7 fois les bénéfices attendus pour 2010. La décote de la Russie par rapport à la moyenne des autres pays émergents est au même niveau qu’en 1999. «A l’époque le pays était très endetté, avait un PIB en déclin de 7% et des problèmes que nous n’avons pas du tout à l’heure actuelle» précise Karine Hirn, directeur général chez East Capital.

Le phénomène de rattrapage serait en cours.

Mais des risques pèsent sur le marché…

Pour Mathieu Belondrade, le risque le plus important se porte davantage sur les emprunteurs.
Certains grandes entreprises s’étaient fortement endettées en mettant en collatéral des actifs de la société entre 2005 et 2007. Le pic de la crise a été atteint au premier semestre 2009.

«L’endettement des entreprises russes est un fait avéré, mais un fait exagéré. Nous avions en 2008-2009 certains grands groupes détenus par des oligarques qui se sont endettés auprès de banques internationales, et le rouble était sous pression. Le ratio dette sur bénéfices est de 1.3.
La situation s’est améliorée, à tel point qu’un des problèmes auxquels sont confrontées les banques russes réside dans une insuffisance de la demande de crédits
» commente Karine Hirn, directeur général chez East Capital.

Une certaine frilosité est effectivement observée aussi bien au sein des entreprises qu’au sein des ménages pour souscrire des prêts. «Ce qui est quelque part dommage, car cela fait partie de la maturité d’une économie pays que de pouvoir utiliser le système bancaire».
La croissance des créances douteuses s’est arrêtée, les banques réintègrent leurs provisions, et les prêts hypothécaires se reconstituent.
 
Le problème de la gouvernance et de la stabilité

Une caractéristique de la Russie par rapport à d’autres grands marchés émergents, est sans doute liée à la gouvernance et la stabilité de l’environnement règlementaire, et politique.
Une autre préoccupation demeure, celle de la détention du capital des sociétés. «Nous avons vécu un cas d’instabilité réglementaire la semaine dernière. Jusque là le ministre de l’économie et le premier ministre avaient une vue constructive sur la manière dont les majors opérant en Sibérie orientale, qui recouvre la plus importante réserve de pétrole brut, devaient être taxées. Face à la nécessité d’avoir des dépenses d’infrastructures significative pour exploiter ces ressources, le schéma fiscal était constructif. Il a été remis en question de manière très rapide, et les déclarations des autorités politiques russes ont pesé sur la performance boursière des valeurs pétrolière russes. C’est le genre d’évènements contre lequel nous ne pouvons pas nous prémunir en Russie» signale Mathieu Belondrade.
 
Pour Karine Hirn, ce risque lié à l’instabilité politique et juridique du pays  est exacerbé. «En ce qui concerne tout particulièrement le système des taxes du secteur pétrolier, il y a en Russie trois grandes zones de production de pétrole : la Sibérie occidentale, la Sibérie orientale et la zone de la Volga et Oural. Le gouvernement russe veut stimuler les investissements des groupes pétroliers dans la Sibérie orientale. Il y a plusieurs mois, il avait fait des promesses indiquant que le pétrole produit dans cette région ne serait pas assujetti à une taxe d’exportation. Les autorités se sont aperçues qu’il serait difficile de financer une telle mesure. Elles ont alors révisé leur copie en indiquant une taxe d’exportation à hauteur de 50% de la taxe assujettie à la production des  autres régions. La semaine dernière, une explication  a été donnée sur le fonctionnement de l’écart entre les différents mécanismes de taxation. Nous n’avons pas encore vu de réactions négatives à ce sujet».

Pour le directeur général d’East Capital, le plus gros risque pour l’investissement en Russie, est que le marché boursier est toujours dominé par le secteur du pétrole et du gaz de façon concrète dans l’indice (de l’ordre de 60%) et dans le sentiment des investisseurs. «Il est frappant de constater que le marché a perdu en mai en dollars, environ 12%, ce qui correspondait à la baisse du prix du baril pendant la même période».

Le problème de la dépendance au secteur pétrolier est une préoccupation appréhendée par le gouvernement. De multiples déclarations ont été faites dans ce sens.
Mais nous n’avons pas encore vu de réformes concrètes. Les mesures prises pour le moment concernent des investissements dans d’autres secteurs, comme la nanotechnologie, l’high tech. Le président Medvedev va visiter Silicon Valley très prochainement. Par ailleurs, il a été évoqué l’idée de mettre en place un système permettant aux investissements long terme dans des secteurs en dehors du pétrole et du gaz d’être soumis à des règles fiscales allégées.

Une inquiétude porte également sur la dépendance par rapport à la zone euro au niveau des exportations. La zone euro est le premier partenaire commercial de la Russie.  Elle représente 40%. Les Etats Unis représentent 3%, la Chine 5% et l’Europe de l’est 33%. «Un impact qui a pu être observé concerne la décision de la banque centrale de Russie de diversifier davantage ses réserves de change. Jusque là les réserves étaient constituées de 55% de dollars et de 45% d’euros. La diversification devrait se faire au profit du sterling, du franc suisse, du dollar canadien, du dollar australien en intégrant des devises davantage liées aux matières premières» fait noter Mathieu Belondrade.
Il est cependant important de noter que la Russie, grâce à son important marché domestique, est peu dépendante des exportations, le ratio exportations/PIB est de 28% uniquement.

Imen Hazgui


Publié le 22 Juin 2010

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