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Stress tests bancaires : des échecs seront nécessaires…

Stress tests bancaires : des échecs seront nécessaires…

(Easybourse.com) Vendredi 23 juillet, les stress tests de 91 banques, soit 65% du marché bancaire européen, devraient être publiés. Les résultats sont très attendus par les marchés.

Ce stress test recouvre une pertinence et une utilité. Mais le droit à l'erreur est très faible. Il en va de la crédibilité à donner à ce secteur.

Un test important pour certaines banques en particulier
Si le stress test n'est pas un évènement pour les banques françaises (BPCE, Crédit Agricole, Société Générale, BNP Paribas), il en est tout autrement concernant d'autres banques européennes.

Si tout le monde sait que les deux grandes banques espagnoles Santander et BBVA vont passer ce stress test avec succès, beaucoup d'investisseurs internationaux attendent toutefois les précisions sur les résultats de ces tests. Les marchés veulent notamment déterminer la part de risque pris par ces établissements sur leur marché domestique soumis à de fortes turbulences (krach immobilier, crise des caisses d'épargnes, indicateurs macroéconomiques en berne).
Des questions se posent notamment s'agissant de la situation de leurs liquidités et de leur capacité de refinancement.
Il se murmure que ces deux groupes ressortiront dans le haut du panier. Cela est très important pour démontrer leur solidité dans un système bancaire qui est dans sa globalité fragilisé.

Une pertinence certaine
Plusieurs stress tests ont jusqu'à présent été réalisés par les analystes bancaires. Moody's et Citigroup se sont livrés à l'exercice concernant les plus importantes institutions européennes.
Mais selon certains, ces analyses sont totalement pipées. Aucun analyste ne peut réaliser un stress test à la place du CEBS (Committee of European Banking Supervisors). Les données qui permettraient de le faire étant de toute évidence insuffisantes.

Si des stress tests sur l'application des dispositions de Bâle III seraient à la rigueur envisageables, pour autant des stress test sur les répercussions de la baisse de la croissance économique en Europe sur les comptes des établissements ne sont pas réalisables. Il faudrait savoir ce que les banques ont budgété dans leurs comptes pour 2011. Or ces informations ne sont pas disponibles.

En outre, les banques n'ont pas communiqué leur exposition au risque souverain de manière détaillée. Les banques françaises ont indiqué leur exposition sur la Grèce et le Portugal. Mais elles n'ont pas signalé leur exposition sur l'Allemagne, la France, ou encore l'Espagne dont les obligations souveraines ont vocation à être dépréciées.
Par ailleurs, les éléments intéressant la répartition des obligations souveraines entre le trading book et la disponibilité à la vente n'ont pas non plus été communiqués. Or les impacts ne sont pas les mêmes sur les comptes de résultat ou sur les fonds propres.

Les études qui ont été réalisées relèveraient alors, selon ces mêmes experts d'un exercice de marketing. «Les investisseurs et les journalistes se font ainsi duper» d'après un analyste qui préfère rester anonyme.
Pourquoi ? Eh bien, parce que «nous ne connaissons pas avec précision les hypothèses retenues par le CEBS» ajoute cet analyste.

Les rumeurs vont bon train mais nul ne sait exactement ce qu'il en est. S'agissant du niveau de dépréciation des obligations souveraines, les chiffres ont changé quasiment tous les jours. Pour la Grèce, les enchères avaient commencé avec une dépréciation à hauteur de 3%, puis à hauteur de 15%, puis entre 23 et 25%.
Les hypothèses définitives ont seulement été arrêtées en début de cette semaine.

Une véritable utilité…
Ces stress tests auront donc bel et bien une utilité et l'attentisme des investisseurs par rapport à leur publication est légitime.
Il en va de l'amélioration des conditions de refinancement des banques. Si l'on connait dans les 91 banques «stressées» la proportion exacte des banques qui devront se recapitaliser, cela permettra aux établissements de se refaire confiance. La visibilité détendra les tensions sur le marché interbancaire. Et cela soulagera la BCE dans le cadre de ses programmes de rachat de titres ou d'octrois de liquidités aux banques.

Quelques morts seront nécessaires…
Il faudra que quelques établissements ratent ces stress tests. Si elles le réussissent toutes, cela voudra dire qu'on ne leur aura pas fait passer de véritables examens.
Dans le lot des 91 établissements, certains devront être contraints à lever du capital suite à ces tests. Il serait même préférable qu'il y ait un ou deux noms connus, pas seulement des landesbankens ou des caisses d'épargne espagnoles.
Parmi les noms qui circulent nous trouvons Hypo Real Estate, une importante banque allemande qui a beaucoup souffert.
Des institutions comme Commerzbank ou encore Dexia pourraient également être concernées.

Une accalmie temporaire
La publication des stress tests devrait avoir des retombées positives sur les marchés boursiers. Mais l'accalmie sera temporaire. Effectivement, nous n'aurons toujours pas de visibilité concernant les changements réglementaires. Il faudra alors attendre octobre-novembre et le prochain G20 en Corée du Sud pour savoir à quelle sauce les banques seront mangées.
Le soulagement devrait de ce fait durer tout l'été, mais dès le mois de septembre de nouvelles pressions devraient réapparaitre du fait des propositions du comité de Bale III. Et au global, tous les sujets seront à appréhender avec inquiétude.

Car toutes les banques ne sont pas logées à la même enseigne. Pour les banques françaises, la problématique à surveiller concernera le traitement des filiales d'assurance, pour d'autres banques ce sont les minoritaires, ou encore la hausse des encours pondérés de marché…

Imen Hazgui


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Publié le 22 Juillet 2010

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