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Régulation: l'Europe veut ouvrir le «Bâle»

Régulation: l'Europe veut ouvrir le «Bâle»

(Easybourse.com) La réglementation bancaire mondiale prend difficilement forme. Plus d'un an après le sommet de Londres –avril 2009-, Bâle 3 reste en chantier et suscite les interrogations. Entre la réticence allemande, l'attentisme américain et la rébellion des Emergents, les régulateurs ont du pain sur la planche. Dans ces conditions, que peut-on concrètement attendre du prochain sommet du G20 à Séoul ?

Alors que les politiques profitent d'un peu de répit, la sphère bancaire n'affiche qu'une quiétude relative. En matière de contrôle prudentiel, les questions laissées en suspens remontent par intermittence à la surface, dans l'attente de la rentrée.

Les Etats-Unis sous Bâle 3 ?


Dernier relent en date, -le 10 août – avec l'annonce de Michael Barr, secrétaire adjoint au Trésor américain, selon laquelle les règles de Bâle 3 pourraient être appliquées Outre-Atlantique. Rappelons que les directives de Bâle sont des recommandations adressées aux banques afin d'éviter toute crise bancaire. Elles sont mises en place par le Comité de Bâle, composé actuellement par les gouverneurs des banques centrales des pays du G20. La troisième version (Bâle 3), décidée après la débâcle financière de 2008, se veut plus sévère avec entre autres une exigence accrue en fonds propres réclamée aux établissements.

La déclaration de M. Barr peut rendre sceptique, d'autant que la majorité des banques du pays se trouvent sous un régime à cheval entre Bâle 1 et Bâle 2, voire encore sous Bâle 1. Pour Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique (CAE) et professeur à Paris-I : «Les américains ont toujours été prudents et réticents vis-à-vis de Bâle 2, et de ce qui se passe à Bâle de manière générale.» En février dernier, la directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF), Ariane Obolensky, avait pourtant qualifié de «crucial» l'application du système de Bâle 2 par les Etats-Unis: «Le premier problème c'est de donner un cadre commun à l'ensemble du monde financier», avait-elle martelé.

Mais beaucoup doutent de la mise en place de Bâle 2 Outre-manche. «La probabilité qu'ils soient dans les temps est faible. Ils peuvent le faire ou ne pas le faire», a par exemple admis Pierre de Lauzun, directeur général adjoint de la FBF. Notons que pour l'instant, sur les 6 000 à 7 000 banques américaines, seule une vingtaine est sous Bâle 2. Dans ce contexte, rien d'étonnant à ce que l'annonce de Michael Barr n'ait pas suscité de réactions. Prudent, Christian de Boissieu attend pour sa part «que cette fois les Etats-

J'aimerais que cette fois les Etats-Unis jouent vraiment le jeu de Bâle 3

Unis jouent vraiment le jeu de Bâle 3 et passent sous peu aux actes.»
A l'instar du professeur, les européens craignent surtout que le pays ne se contente de «faire son marché» dans les recommandations, comme il a semblé le faire avec Bâle 2. «Ce n'est que balivernes, des histoires à dormir debout !», s'insurge pour sa part un analyste anonyme.

En Europe, l'Allemagne fait cavalier seul

Les détracteurs des Etats-Unis devront toutefois patienter avant d'infirmer ou non ces virulents propos. Parce que pour l'instant, c'est l'Allemagne qui a laissé un goût amer avant les vacances estivales. Parmi les 27 membres du Comité de Bâle 3, le pays est en effet le seul à avoir boudé certains des ajustements prudentiels décidés le 27 juillet dernier.

Que les marchés se rassurent tout de même, le suspens ne durera pas longtemps ! L'Allemagne donnera sa décision finale en septembre, une fois que le Comité aura fourni plus de précisions sur les dernières mesures, dont les exigences en fonds propres… Plus de précisions ou plus d'assouplissements serait-on tenté de se demander ? Car au vu des derniers ajustements, les régulateurs ont bien fini par lâcher du lest face aux banques. «On est dans un processus de tâtonnement. Dans ce cas, il est tout à fait normal que le Comité de Bâle tienne compte de la réaction de la profession», explique Christian de Boissieu. «Mais il ne s'agit évidemment pas de faire du laxisme», insiste l'économiste qui n'envisage pas une perte de crédibilité du système de régulation bancaire.

Les pays émergents ne sont pas en reste

Laxisme ou pas, les détails sur la réforme devraient être finalisés durant la prochaine rencontre à Séoul le 12 novembre, avec la signature des membres du G20. Les membres du G20 devraient donner leur aval. Espérons que le scénario du 26 juin dernier à Toronto ne se reproduise pas: ce sommet s'était

Le sommet de Séoul ne devrait pas ouvrir de nouveaux fronts

en effet soldé par le rejet de la taxe bancaire mondiale par, entre autres, les pays émergents. Si cette rebuffade des Emergents continue d'irriter nombre d'économistes, elle a surtout montré que les Grands devront faire avec ces «outsiders». «Même s'ils n'ont pas été touchés de plein fouet par la crise, ils sont concernés par tout ce qui passe en matière de réglementations», confirme de président du CAE. Selon lui, «le monde a changé» et tout l'intérêt du G20 est de solliciter la réaction des Emergents.

Certes les choses évoluent. Il ne faudra cependant pas espérer de grands changements du sommet de novembre. Déjà, sans grande surprise, les Etats-Unis y seront en position de force, grâce notamment à la validation par le Sénat de sa réforme bancaire et financière –le 15 juillet dernier- «Avec cette réforme, l'administration Obama va montrer qu'elle a déjà mis en place un certain nombre de mesures réglementaires», souligne l'économiste. Par ailleurs, le «tâtonnement» actuel n'augure pas de grandes avancées en matière de réglementation bancaire : «Séoul ne devrait pas ouvrir de nouveaux fronts mais plutôt vérifier ce qui a été entrepris depuis 2009», ajoute-t-il. «C'est quand même une vaste mascarade», confie quant à lui l'analyste anonyme. Au moins, les marchés sont prévenus…


Tahiry Marcel

Publié le 19 Août 2010

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