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L' «investissement socialement responsable» est-il une arnaque ?

L' «investissement socialement responsable» est-il une arnaque ?

(Easybourse.com) Alors qu'une semaine lui est consacrée du 4 au 10 octobre, l'investissement socialement responsable (ISR) soulève les critiques des ONG environnementales. Selon les Amis de la Terre, les fonds ISR ne tiennent pas leurs promesses, car ils investissent dans des entreprises controversées.

Traduction des principes du développement durable dans le domaine financier, l'investissement socialement responsable (ISR) connaît un succès grandissant auprès des investisseurs institutionnels et des particuliers. Les produits de placement ISR (OPCVM, assurance-vie) se sont multipliés ces dernières années en France et leurs encours ont augmenté encore plus vite. Entre fin 2008 et fin 2009, les actifs gérés de façon « responsable » sont ainsi passés de 30 milliards d'euros à près de 51 milliards.

L'ISR est né de l'idée que les investisseurs pouvaient amener les entreprises à être plus vertueuses en les incitant à améliorer leur bilan environnemental et social. L'approche des fonds d'investissement ISR consiste ainsi à sélectionner les entreprises non seulement en fonction de critères financiers traditionnels (capitalisation boursière, rendement du titre, etc) mais aussi de critères « extra-financiers » comme l'impact environnemental et social ou le mode de gouvernance d'une entreprise.

Des fonds bien ordinaires…

A première vue, cette démarche est en phase avec les attentes des épargnants et peut redonner du sens à une finance décrédibilisée par la crise qu'elle vient de traverser. Mais un récent rapport des Amis de la Terre est venu battre en brèche cet a priori positif. Intitulé « Investissement socialement responsable : l'heure du tri », cette étude analyse la composition des principaux fonds labellisés ISR en France en 2009.

Juste avant l'explosion de sa plateforme, BP figurait dans un grand nombre de fonds ISR



«Le résultat est atterrant : parmi les 89 fonds analysés, pas moins de 71 fonds contiennent dans leurs portefeuilles d'actifs au moins une des quinze entreprises controversées sélectionnées par les Amis de la Terre pour leurs pratiques sociales et environnementales désastreuses», souligne l'ONG. Le cas de BP est particulièrement révélateur. Juste avant l'explosion de sa plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique, le pétrolier britannique figurait dans un grand nombre de fonds ISR. « Certains reportings extra-financiers n'hésitent pas alors à noter chez BP 'une volonté de réduire son impact environnemental' et l'existence 'd'une démarche active en gestion de la sécurité'», note les Amis de la Terre.

Pour l'ONG, les fonds ISR devraient d'emblée exclure de leur champ d'investissement les secteurs les plus controversés comme l'industrie pétrolière, l'extraction minière, le nucléaire ou encore les OGM. Or ils sont très peu nombreux à le faire.

Une méthode controversée


«En France, l'approche la plus répandue est celle du 'Best in Class', confirme Emmanuel de la Ville, directeur de l'agence de notation extra-financière Ethifinance. Cela consiste à sélectionner, dans chaque secteur, les meilleurs élèves du point de vue environnemental et social». Autrement dit, les gérants n'excluent a priori aucun secteur, même les plus polluants, mais opèrent ensuite un tri entre les entreprises.

Cette méthode a l'avantage de lisser les risques, en s'appuyant sur un univers d'investissement le plus large possible. Elle garantit à la plupart des fonds ISR des rendements similaires aux fonds classiques. «Pour des investisseurs institutionnels, comme les caisses de retraites, ce facteur est essentiel. Tous les fonds de pensions en Grande-Bretagne ont du BP, comme tous les fonds en France ont du Total», note Emmanuel de la Ville.

Des progrès malgré tout

Comment faire, dès lors, pour concilier les exigences du développement durable et la performance financière ? Pour Jean-François Bay, président de la société Seeds Finance, tout est une question d'arbitrage. «C'est au client de choisir s'il veut un fonds qui pratique l'exclusion sectorielle ou un fonds Best in Class. Encore faut-il savoir ce qu'il y a exactement dans chaque fonds», explique-t-il.

Il y a trop de marketing, pas assez de transparence



Les gérants français sont en effet parfois réticents à dévoiler leurs méthodes de sélection et les investisseurs ne savent pas toujours ce qu'ils achètent. «Il faut un effort de standardisation au sein de la profession pour vraiment définir ce qu'est l'ISR. Aujourd'hui il y a encore trop de marketing, et pas assez de transparence», précise Jean-François Bay.

Un constat partagé par les Amis de la Terre pour qui «en l'absence de garanties réelles, et parce que la plupart des fonds ISR ne se démarquent pas substantiellement des autres fonds, cette appellation apparaît donc, à ce jour, totalement illégitime.» Mais pour Dominique Blanc directeur de recherches chez Novethic, le principal think tank français sur l'investissement socialement responsable, il ne faut pas minimiser l'ampleur des changements induits par l'ISR. «Aujourd'hui, les services des "Relations aux investisseurs" des grandes entreprises répondent à des questions de plus en plus précises sur leur impact environnemental et social. C'est une véritable révolution», estime-t-il.

Autre preuve que les choses bougent, les entreprises cotées vont devoir, à partir de 2011, faire figurer dans leur rapport annuel des informations sur «la manière dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales de leur activité», selon la loi Grenelle II adoptée au printemps dernier. Ces informations qui pourront aller des émissions de CO2 au nombre d'accidents du travail en passant par la consommation d'eau et de ressources naturelles devront être auditées par un organisme indépendant et présentées à l'assemblée générale des actionnaires. Elles pourraient s'avérer très utiles pour les gérants ISR et aux agences de notation extra-financière, qui ne disposaient jusqu'à présent que d'une information parcellaire et peu comparable d'une entreprise à l'autre.

François Schott

Publié le 01 Octobre 2010

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