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La microfinance, terrain de chasse des fonds d'investissement

La microfinance, terrain de chasse des fonds d'investissement

(Easybourse.com) La microfinance est un terrain de jeu de plus en plus pratiqué par les fonds d'investissement. Gagner gros avec peu de risques tout en aidant le développement des pays défavorisés, c'est le pari auquel se livrent actuellement environ 110 fonds dans le monde qui représentent 7,7 milliards de dollars. Un marché en pleine effervescence auquel est promis un avenir florissant.

La microfinance représente dans le monde un vivier de près de 50 milliards de dollars alimenté aux deux tiers par les autoentrepreneurs eux-mêmes, autrement dit l'épargne déposée auprès des institutions de microfinance (IMF) et pour le tiers restant par d'autres investisseurs, que sont des banques commerciales locales et des investisseurs internationaux. Près de 10 milliards de dollars proviendraient de ces derniers investisseurs répartis entre les investisseurs publics (international financial institutions) tels que la BEI, la Banque mondiale, la KFW, l'AFD ; les investisseurs institutionnels (fonds de pension, banques, compagnies d'assurance) et le grand public.

Ces 10 milliards de dollars proviennent à 90% d'investisseurs européens. Les trois pays les plus importants sont l'Allemagne, la Suisse, et la Hollande.
La surreprésentation de l'Europe s'explique notamment par une promotion active de la microfinance, et par le lien avec les pays en voie de développement. L'ensemble du public américain reste assez peu concerné par le développement international. Et quand ils s'y intéressent il le fait par de grandes fondations d'entreprises comme Microsoft ou Warren Buffet.

Environ 600 IMF sont financées par des fonds de gestion appelés MIV (Microfinance Investment Vehicules) ou des FIM (Fonds d'investissement en microfinance).
Si les premiers fonds d'investissement en microfinance sont nés dans les années 80, les acteurs majeurs de ce segment de marché ont surtout fait leur apparition au début des années 2000. En Europe BlueOrchard et Responsability gèrent tous deux environ 1 milliard de dollars d'actifs au travers de quatre ou cinq fonds (représentant 300 institutions de microfinance), et Oikocredit, fonds hollandais a à son actif environ 400 millions de dollars. Aux Etats-Unis DWM rassemble près de 600 millions de dollars. Le marché est relativement concentré.

L'investissement privé dans la microfinance s'est essentiellement développé à partir de 2005-2006. Trois facteurs explicatifs à cela. Tout d'abord, les IMF se sont multipliées et structurées. L'univers d'investissement s'est donc trouvé élargi. En outre, la microfinance est devenue très médiatisée à partir de 2005, année internationale du Microcrédit par les Nations Unies, puis en 2006, avec l'attribution du Prix Nobel de la Paix à Mohammed Yunus. Ces deux évènements ont été des catalyseurs pour intensifier le « buzz » autour de la microfinance, diffuser les informations clés auprès du grand public et des professionnels, et inciter des acteurs de la banque « traditionnelle » comme BNP Paribas à véritablement franchir le pas.

Dès lors le volume des encours de fonds a véritablement explosé. Les investisseurs ont tout de suite trouvé leur intérêt dans le rendement intéressant offert par le marché.
Concernant l'investissement en dette, les niveaux de rémunération sont historiquement de l'ordre de libor+1, libor+2. Quand le libor est à 3-3,5% cela fait du 4,5% et lorsqu'il est à 0 cela fait du 1 ou 2.
Sur le segment de l'equity, la rémunération est très variable en fonction des institutions. En moyenne sur l'ensemble du secteur de la microfinance (1200 institutions), le ROE moyen est de près de 3,5-4% avec une très forte dispersion. Cela peut aller de-30% sur des pays en difficulté tels que le Mexique où il y a un niveau de surendettement très élevé des microentrepreneurs, le Nicaragua, à du +40-50% dans des zones plus sécurisées comme l'Inde, certains pays d'Afrique, des pays d'Asie centrale, des pays d'Amérique latine tels que la Bolivie, le Pérou, le Brésil, l'Argentine, ou encore la Colombie

En juin dernier, le deuxième fonds souverain d'Abou Dhabi, a investi 70 millions de dollars dans un fonds genevois de microfinance.

Des perspectives de croissance importantes…


Le besoin du marché de la microfinance a été estimé par la Banque mondiale aux environs de 300 milliards de dollars. Dans certains pays, le marché de la microfinance est déjà très mature. C'est le cas au Pérou, en Bolivie, en Mongolie, au Cambodge, au Maroc. En revanche, dans d'autres pays, le marché est en forte croissance potentielle : le Nigéria, la Chine, le Brésil, l'Inde, la Russie, autrement dit les BRICs!
Les BRICs sont historiquement les pays dans lesquels la microfinance ne s'est pas beaucoup développée. Dans ces pays, la microfinance n'a pas été jugée comme un outil politique majeur de développement économique et le secteur financier est beaucoup plus structuré que dans les pays voisins. Le besoin de développer des IMF pour financer des micro et petites entreprises s'est fait moins ressentir. Cependant, les autorités ont réalisé que ces structures avaient leur utilité et revoient actuellement leur politique.

L'Afrique est également une région où la microfinance devrait grandement croître. Les 2 milliards d'habitants que devrait compter le continent d'ici 2025 vivront pour une grande partie d'activités informelles ayant besoin de la microfinance comme source de financement.

Pour les fonds d'investissement en microfinance, l'avenir semble prometteur.
+ 25% de croissance de la collecte en 2008, +20% en 2009. Nous sommes ainsi passés d'une situation en 2008 où nous n'avions pas assez de ressources à une situation aujourd'hui où nous en avons un peu trop.  Les Fonds d'Investissement en Microfinance affichent actuellement une relative surliquidité de 10 à 15%».
Mais que l'on se rassure. Il semblerait que cette surliquidité ne dure pas. Le marché de l'investissement en microfinance regroupe environ 1200 institutions pérennes, viables, fiables. Seulement la moitié est investie par les fonds d'investissement étrangers. Tout l'enjeu sera de d'apporter des solutions de financement aux 600 institutions de microfinance qui ne sont pas actuellement servies pour des raisons de coûts, de risque de change, ou des contraintes réglementaires.

Le financement des PME pourrait également constituer une voie de développement considérable de ces fonds d'investissement. Déjà Responsability et BlueOrchard ont emprunté ce chemin et selon certaines études ce marché représenterait trois fois le portefeuille actuel de la microfinance, soit 150 milliards de dollars. Cependant, il est difficile de savoir quelle est la réalité de ce chiffre, et ce qu'il recouvre exactement.

Des risques à ne pas sous estimer

La microfinance, une classe d'actifs à part entière ? Pourquoi pas ? Mais que l'on y prenne garde. Investir dans la microfinance n'est pas sans risque. Pour l'investissseur qui investit dans la microfinance en dette, le premier risque est un risque de taux. Il y a ensuite des risques exogènes à l'institution (risque pays, risque politique, risque démographique, risque climatique…) et des risques endogènes (risque de surendettement avec en sous-jacent un risque systémique qui résulterait notamment d'une mauvaise politique d'octroi des crédits engendrée par des objectifs de décaissement par exemple, risque de fraude (détournement de fonds, création de clients fictifs), risque de liquidité du fait d'un mismatch entre ce qui est reçu et ce qui doit être donné ou en raison d'un manque d'outils pour évaluer le risque de change).

Au Nigéria, les licences de 224 établissements de micro-crédit parmi les 820 établies à travers le pays ont été retirées et des poursuites judicaires ont été lancées contre 260 institutions et personnes pour délits financiers divers. «Quelques 178 établissements de microcrédit sont techniquement insolvables, tandis que 46 autres sont jugés définitivement en faillite» a déclaré Kingsley Moghalu, le gouverneur adjoint de la Banque Centrale du Nigéria la semaine dernière. «Quelques 260 particuliers et organisations seront traduits devant le Investment and Securities Tribunal pour différents types d'allégations de manipulation de prix d'actions et délits d'initiés», a précisé la nouvelle directrice générale de la Nigerian Stock Exchange (NSE), Arunma Oteh.
Le 21 octobre dernier les clients du réseau de la caisse d'épargne et de crédit «JEMENI» marchaient à Bamako pour exprimer leurs contestations. Il y a deux ans, l'institution de micro finance s'était retrouvée en faillite à cause de problèmes très graves de trésorerie. Cela au grand dam de plus de 60 000 sociétaires.

Depuis quelques semaines, Le Républicain publie une série d'articles sur la gestion opaque de l'institution de microfinance Wages. Le directeur général de ladite institution, Nassirou Ramanou est mis en cause. Plusieurs missions auraient confirmé des dysfonctionnements à Wages aux plans juridique, comptable, de la gestion du crédit, du contrôle interne et de la sécurité. Nassirou Ramanou aurait procédé à plusieurs détournements de fonds d'un montant total de 194,8 millions de francs CFA opérés par des agents de l'institution. On parle donc d'un détournement du DG ou des agents de crédit ? Rien n'a été prouvé à ce jour, il peut s'agir d'articles diffamatoires.

Des garde-fous existent pour les investisseurs qui souhaitent s'orienter vers les fonds d'investissement dédiés à la microfinance. Une base de données sur Internet appelée MIX market recense une grande partie des IMF dans le monde et fournit un certain nombre d'indicateurs financiers comme le ratio rendement sur actifs, le ratio dette sur fonds propres, le portefeuille à risque, etc..
Des documents sont également laissés par l'institution : rating, business plan, états financiers audités. Ces éléments d'information permettent de voir si l'institution est sur une tendance positive. Le site fait état également de benchmarks qui permet de situer les performances de l'institution par rapport aux autres IMF du pays ou de la zone.

Au delà des agences de notation (Planet rating, MicroRate, Microfinanza Rating), des sociétés de conseil en investissement (PlaNIS, Symbiotics, Alterfin), des ONG comme Cerise en France, plus de 1000 personnes fournissent des évaluations de plus en plus étendues.

«Les fonds d'investissement nous donnent leurs critères d'investissement qui concernent globalement le total des actifs gérés par l'IMF, le portefeuille à risque, l'audit des états comptables et les performances sociales (% de femmes, % de prêts en milieu rural, etc.). Nous faisons ensuite une mission de due diligence. Nous nous entretenons avec différents membres de l'institution : membres du conseil d'administration, le directeur général, le directeur financier…Nous faisons des visites d'agences pour constater comment fonctionnent les opérations. Nous menons des entretiens avec les agents de crédit, caissiers, et l'ensemble du personnel de l'agence. Nous vérifions les politiques et procédures de crédit, les normes de sécurité. Nous voyons les clients pour s'assurer que l'institution remplit bien son rôle social, qu'ils sont conscients des taux d'intérêt qu'ils paient. Nous considérons ce qu'ils font avec leurs crédits.
Mais nous ne pouvons pas assurer dans le laps de temps qui nous est imparti que tout est sécurisé à 100%. Nous nous efforçons d'évaluer les risques au mieux et du temps disponible
» admet une personne en charge de l'évaluation des institutions de microfinance pour des fonds d'investissement .
Imen Hazgui

Publié le 26 Octobre 2010

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