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BNP Paribas muscle son jeu

BNP Paribas muscle son jeu

(Easybourse.com) Devenue la première banque de dépôts européenne avec le rachat de Fortis, BNP Paribas a su faire preuve d'opportunisme en se développant pendant la crise. Aujourd'hui la banque figure parmi les établissements les plus profitables, mais elle n'échappe pas aux interrogations sur sa solvabilité.

Une fois de plus, BNP Paribas a dépassé les attentes pour ses résultats trimestriels. Au troisième trimestre 2010, la banque a publié un bénéfice net en hausse de 45% à 1,9 milliard d'euros, laissant entrevoir pour l'ensemble de l'année des profits au niveau du record de 7,8 milliards d'euros établi en 2007.
Le premier groupe bancaire français, né de la fusion en 2000 de la Banque nationale de Paris et de Paribas, confirme ainsi sa capacité de rebond après avoir affiché tout au long de la crise financière une étonnante résistance au choc des subprimes. «BNP Paribas sort sans conteste renforcé de la crise. Non seulement la banque n'a pas perdu d'argent, mais elle a gagné des parts de marché notamment dans la banque de financement et d'investissement, mais également dans la banque de détail grâce au rachat de Fortis», souligne Pascal Decque, analyste bancaire chez Natixis Securities.

Fortis rend plus fort

Le rachat de Fortis pour 10,4 milliards d'euros, dont la majorité en actions, a en effet donné au groupe une nouvelle dimension. BNP Paribas est devenue la première banque de dépôt européenne, avec 540 milliards d'encours. La Belgique et le Luxembourg font désormais partie de ses « marchés d

BNP Paribas sort sans conteste renforcé de la crise. Non seulement la banque n'a pas perdu d'argent, mais elle a gagné des parts de marché 

omestiques » aux côtés de la France et de l'Italie. En outre, Fortis a permis à la banque française de mettre un pied en Pologne et de renforcer ses positions en Turquie, où elle est en passe de devenir le septième groupe bancaire avec 3 millions de clients particuliers.
Dans une étude publiée fin octobre, l'agence de notation Fitch considère que BNP Paribas «ressort parmi les grandes banques françaises comme celle ayant atteint le plus grand équilibre dans les contributions des divisions aux revenus». La banque de détail et la banque de financement et d'investissement (BFI) ont ainsi contribué à hauteur de 40% chacune aux résultats du troisième trimestre, ce qui confère à BNP Paribas un profil moins risqué que celui de Société Générale dont les revenus proviennent majoritairement de la BFI.

En termes de bénéfices, BNP Paribas «est maintenant dans un groupe de tête mondial où seuls JP Morgan, Citi et Wells Fargo sont devant», s'est félicité Baudouin Prot lors de la présentation des résultats du troisième trimestre. Sur les neuf premiers mois de l'année, elle devance en effet sa rivale espagnole Santander, dont le profit s'est élevé à 6 milliards d'euros contre 6,3 milliards pour BNP. Le groupe dirigé par Baudouin Prot a également gagné des parts de marché sur Deutsche Bank, UBS, ou BBVA, souligne un analyste parisien.

Une banque sous surveillance
Même si tout semble sourire au groupe de la rue d'Antin, BNP Paribas n'échappe pas aux interrogations sur la solidité des banques européennes. Son ratio de fonds propres figure toujours dans la moyenne basse (9% au 30 septembre) et pourrait se dégrader compte tenu des nouvelles règles de calcul de Bâle III. Grâce aux bénéfices prévus ces prochaines années, le ratio « core tier one » restera «nettement supérieur» aux exigences du comité de Bâle, a affirmé Baudouin Prot, assurant qu'il n'y aurait pas d'augmentation de capital. Mais «on aurait aimé en savoir un peu plus sur la façon dont la banque va s'adapter aux futures règles de Bâle III», persiste un analyste. «Dans la mesure où la banque a renforcé son activité de BFI pendant la crise, elle va devoir dire si elle garde les activités risquées ou si elle s'en sépare», précise-t-il.

«La taille n'est pas forcément un avantage, surtout à l'heure où les régulateurs s'intéressent aux ?banques systémiques' (celles dont la faillite déstabiliserait l'ensemble du système financier, ndlr) qui pourraient se voir imposer des règles plus contraignantes en matière de fonds propres», confirme Pascal Decque. BNP et Société Générale figureraient en effet dans la liste des vingt établissements internationaux sur lesquels le Conseil de stabilité financière (en anglais FSB, émanation du G20) souhaite exercer une surveillance particulière.
Par ailleurs, la stratégie d'expansion internationale

 BNP Paribas va devoir rationaliser ses activités, que ce soit dans la banque de détail ou la banque de financement et d'investissement.

n'est pas sans risque. «On voit bien les synergies qui peuvent exister entre les marchés français, belge, luxembourgeois et italien (ventes croisées, baisse des coûts, réduction du portefeuille de risques). En revanche, c'est beaucoup moins évident aux Etats-Unis (où le groupe est présent via sa filiale Bancwest, ndlr) et d'autres marchés ou le cadre réglementaire est totalement différent», souligne un analyste.

Après avoir acquis une nouvelle dimension pendant la crise, BNP Paribas va devoir rationaliser ses activités, que ce soit dans la banque de détail ou la banque de financement et d'investissement. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle pourra maintenir son niveau de bénéfices et rassurer totalement les investisseurs.



François Schott

Publié le 17 Novembre 2010

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