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Les petites valeurs sont-elles dangereuses ?

Les petites valeurs sont-elles dangereuses ?

(Easybourse.com) Le salon Actionaria reste un moment incontournable où entreprises et actionnaires se rencontrent. Les petites et moyennes valeurs n'ont pas manqué à l'appel. Cette année, leurs cours de bourse ont su tirer leur épingle du jeu. Alors, faut-il miser sans crainte sur ces valeurs ? Résultat d'enquête.

Elles présentent moins de liquidités ; ce sont souvent des valeurs moins bien suivies par les analystes financiers ; elles peuvent rencontrer des problèmes de trésorerie… pourtant les petites et moyennes valeurs (affichant une capitalisation comprise entre 1 et 5 milliards d’euros) ont le vent en poupe.
Leurs atouts phares résident notamment dans leur dimension qui leur permet de bénéficier d’une plus forte croissance, d’être mieux gérée, et d’avoir une réactivité dont les grands groupes sont dépourvus.

Une surperformance par rapport au Cac 40

La surperformance des petites valeurs par rapport aux grandes valeurs est évidente

Ces valeurs présentent également de belles performances. A bien regarder l’historique de performance de l’indice Cac small 190, indice de référence des valeurs moyennes cotées à Paris par rapport au Cac 40, la surperformance du premier par rapport au second est évidente.
Sur les cinq dernières années, le Cac small 190 a progressé de 33% contre 1% pour le Cac 40. Sur trois ans, le Cac small a enregistré une baisse de 7% contre une baisse de 22% pour le Cac 40. Sur un an, enfin, l’indice des petites et moyennes valeurs a fait +16% contre +5% pour le Cac 40.

Cela va-t-il continuer ?

Sur les dix dernières années, on remarque qu’il y a eu trois périodes durant lesquelles les petites valeurs ont beaucoup corrigé par rapport aux grandes valeurs : entre le 2ème et le troisième trimestre 2006, au cours du 4ème trimestre 2007 et durant le 4ème trimestre 2008. Le point commun entre ces trois périodes : un risque macroéconomique très important, crise des subprimes en 2007 et faillite de Lehman Brothers en 2008.

Face à ce risque, les investisseurs se sont fortement retirés des marchés actions. «Mécaniquement compte tenu de la faible liquidité des petites et moyennes valeurs par rapport aux grandes valeurs, nous avons assisté à un phénomène d’amplification. Cette correction était alors plus technique que fondamentale» explique Vincent Durel, gérant actions au sein de Fidelity France.

Ces corrections ont été cependant suivies très rapidement par une phase de

Nous sommes aujourd’hui à un timing excellent pour investir sur les valeurs moyennes

rattrapage. De ce fait, pour les professionnels exposés à ce segment, ces grands chocs doivent être le plus souvent accueillis comme des opportunités d’achat qui permettent de rentrer sur les petites et moyennes valeurs à des points bas. «Nous sommes aujourd’hui à un timing excellent pour investir sur les valeurs moyennes même après la surperformance que l’on a pu connaitre» assure alors le gérant de Fidelity.
Et d’ajouter, «les valeurs moyennes représentent 40% de notre fonds. Nous voulons renforcer cette part. Ce qui nous motive à augmenter notre exposition c’est la visibilité sur le plan macroéconomique. On sait que la croissance est molle, qu’elle est peu génératrice d’emplois, mais elle est là. Nous devrions ainsi éviter une période de stress qui conduirait à des ventes massives et à une chute des cours».

Quelle allocation ?

L’investisseur particulier peut jouer les petites et moyennes valeurs par l’indice en utilisant un ETF, par des fonds spécialisés ou directement

L’investisseur particulier peut envisager de jouer les petites et moyennes valeurs par l’indice en utilisant un ETF, par des fonds spécialisés. Deux paramètres seront alors à regarder : la solidité de la société de gestion (bilan, capitaux propres) et la dimension du fonds. Celui-ci ne doit pas être ni trop petit au risque de rencontrer des problèmes de liquidités ni trop gros au risque de faire énormément bouger la cote en cas de changement de pondération.

L’investisseur pourra également procéder à du stock picking. Dans ce cas le facteur visibilité sera extrêmement important. «Une condition sine qua non de performance pour les ces valeurs».

Cette visibilité s’opèrera à la fois sur le plan macroéconomique et au niveau de la société dans laquelle on décide d’investir. «La cotation est une décision engageante, un investissement financier, qui a couté pour une société comme Solucom environ 700 000 euros. Notre introduction en bourse, nous a permis à l’aide des fonds levés, un peu moins de 10 millions d’euros de multiplier notre chiffre d’affaires par 12, notre résultat par 8. Parallèlement la performance du titre Solucom sur dix ans a été de 11% par an. Cela a été possible grâce à la permanence et à la cohérence de notre discours offrant une forte lisibilité à nos actionnaires», signale Pascal Imbert, président de la société Solucom.

Les valeurs les plus plébiscitées

Des valeurs exposées à la croissance des pays émergents à plus de 20% de leurs activités, qui sont sur des produits non duplicables, sur lesquels il existe un véritable avantage compétitif indispensable sont les valeurs les plus

Parmi les valeurs phares: Biomérieux, Edenred, Seloger.com, Vallourec, Remy Cointreau

recherchées. Le rendement n’est pas très intéressant.
En revanche les niveaux de valorisation sont un élément clé dans la lecture de ces valeurs. «La valorisation doit être inférieure au niveau de moyenne de cycle sur l’année prochaine» met en garde Vincent Durel.

Les convictions avancées sont alors des valeurs comme Biomérieux, Edenred, ou encore Seloger.com.
Biomérieux, spécialisée dans le diagnostic médical est une société appréciée pour son positionnement sur un marché de niche et son exposition à la Chine. «La société enregistre en Chine la même histoire qu’elle a connu en France depuis les années 60. La société a un peu déçu l’année dernière sur ses perspectives de croissance de chiffre d’affaires. On attendait 6/7% de croissance organique, on a eu 4,5% Le cours a corrigé quasiment de 20%. Un rebond est largement attendu dans les mois à venir» livre Vincent Aurel.

Edenred, société née à la suite de la scission par Accor de activité hôtels et tickets restaurants est un pari estimé pour son activité en Amérique du Sud qui représente 50% de son chiffre d’affaires et pour la forte progression de son cash flow, d’environ 10% par an.

Seloger.com, leader français des annonces immobilières, est enfin considéré pour son levier opérationnel important. «La société a reçu une offre de rachat de la société allemande Axel Springer à 34 euros. Le cours vaut aujourd’hui 35 euros. Ce cours ne reflète pas à notre sens les qualités intrinsèques de la société. Les agences immobilières dépensent tous les mois environ 2500 euros de frais marketing pour promouvoir leurs annonces en 2006. Aujourd’hui avec la crise nous sommes tombés à 1800 euros. Nous pourrions atteindre les 2600 euros d’ici 2013-2014. Ces agences ne dépensent plus pour des annonces en format papier mais sur Internet. Seloger a une carte majeure à jouer» indique Mr Aurel.

D’autres valeurs comme Vallourec qui s’inscrit dans un marché de niche porteur grâce à sa technique qui lui permet d’aller chercher du gaz peu profond, ou Remy Cointreau sont également évoqués.

La thématique des fusions-acquisitions est une thématique intéressante à jouer sur les petites et moyennes valeurs

La thématique des fusions acquisitions est par ailleurs une thématique intéressante à jouer sur ces petites et moyennes valeurs. «Le coût de la dette est peu cher, le cash ne rapporte rien, toutes les sociétés cotées ont intérêt à faire des acquisitions parce que cela est productif et créée de la valeur pour les actionnaires. Mais il faut faire attention à ne pas acheter une valeur uniquement pour cette raison car on risque d’acheter une valeur à son plus haut, à un cours qui a déjà intégrée la prime spéculative liée à l’opération, et qui le jour où l’opération ne s’effectue pas, sera fortement corrigée. L’opération d’acquisition ne doit être qu’un élément additionnel, une option gratuite» avertit néanmoins le gérant de Fidelity.

Attention aux mauvais paris

Les valeurs moyennes ne sont pas sans risque. En 2008, certaines maisons de gestion ont rencontré d’importantes difficultés parce qu’ils étaient massivement investis sur ces valeurs moyennes à tel point qu’ils ont dû se retrouver vendeurs forcés.

La liquidité est effectivement une véritable difficulté. «Celle-ci ne dépend pas seulement de la capitalisation, mais également de la proportion d’actions mise sur le marché», fait noter Guy Vincent, président de Thermador, une société cotée depuis 23 ans qui a une capitalisation boursière de 200 millions d’euros, et un chiffre d’affaires de 180 millions d'euros.
«Nous avons 5500 actionnaires, dont plus de 5000 actionnaires individuels, ce qui est beaucoup pour une société de notre dimension. Cela représente plus de 30% de notre capital» complète Mr Vincent.

Alors parmi les conseils prodigués par le gérant de Fidelity, nous en retenons

Ne pas entrer sur des valeurs qui n’ont pas affiché une régularité dans leurs performances. 

Ne pas investir sur quelque chose que l’on ne comprend pas.

deux :
-«ne pas entrer sur des valeurs qui n’ont pas affiché une régularité dans leurs performances, qui n’ont pas toujours été honnêtes avec les actionnaires, qui n’ont pas forcément une communication à la hauteur des attentes que l’on peut avoir. En ce sens un dossier comme Rodriguez Groupe, très opaque avec un manager qui a eu des ennuis judiciaires sera à éviter»

-«ne pas investir sur quelque chose que l’on ne comprend pas et sur quelque chose qui a déçu dans la durée, sauf s’il y a un vrai changement. Il peut y avoir des accidents une année, un trimestre… mais toujours garder à l’esprit le dicton qui dit «vendez juste après un profit warning, cela veut souvent dire qu’il y en aura d’autres».

Imen Hazgui

Publié le 22 Novembre 2010

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