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L'or, une correction à 1000 $ pour les uns, une envolée à 1800 $ pour les autres

L'or, une correction à 1000 $ pour les uns, une envolée à 1800 $ pour les autres

(Easybourse.com) Crise de dettes souveraines, menace d'une guerre des monnaies, retour possible de l'inflation… sont autant d'éléments qui ont amené l'or à atteindre un prix de 1400 dollars l'once. Le prix de l'or a quasiment été multiplié par cinq en dix ans. La hausse est de 24% entre 2009 et 2010. Faut-il s'en inquiéter ? Une bulle spéculative est-elle en train de se constituer ? Enquête.

Interview de Marc  Touati

Interview

Marc Touati

Directeur général

Assya Compagnie financière

Interview de Marc  Touati

Interview

Marc Touati

Directeur général

Assya Compagnie financière

Alors que pour les économistes interrogés, l’existence d’une bulle ne fait aucun doute, pour les professionnels du secteur le signal d’alarme n’a pas lieu encore d’être tiré.

Les tenants de la thèse de la spéculation

La hausse de l’or doit être justifiée par un trio infernal que nous n'avons pas

«Les participants au marché ne vont pas mécaniquement indiquer qu’il y a une bulle sur l’or. Il faut prendre du recul» annonce alors Marc Touati, économiste et directeur général de Assya Compagnie financière. Pour ce dernier, normalement la hausse de l’or doit être justifiée par le trio infernal, autrement dit trois raisons qui sont une récession mondiale, un krach boursier mondial, une hyperinflation. «Si l’on a ces trois éléments il est alors normal que l’or augmente. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’or avait flambé dans les années 80. Aujourd’hui nous n’avons pas du tout ce trio infernal. La croissance est de 4%. Les marchés financiers sont relativement résistants. Ils ont beaucoup remonté depuis un an et demi. Et surtout il n’y a pas d’inflation même pas en Chine qui affiche une inflation à 4% mais avec une croissance de 10%».

La crainte d’une hyperinflation ne ferait donc fait pas sens. «On a injecté dans le monde 5000 milliards de dollars de relance budgétaire en 2009. On n’a toujours pas d’inflation. Aux Etats-Unis, cette inflation se situe à un plus bas historique. Et si nous n’avions pas eu une telle injection, nous serions certainement en déflation aujourd’hui.

A l’heure actuelle, nous avons besoin d’inflation. Si demain l’inflation réapparait, elle s’élèvera à 3-4% au mieux mais certainement pas à 15%
».
Ainsi selon l’économiste les arguments ad hoc pour justifier la flambée de l’or ne tiennent pas la route. «Certains vont jusqu’à évoquer l’étalon or en se sachant pas de quoi ils parlent. L’étalon or existait lorsque les devises avaient une correspondance en or. On avait un billet et on savait ce qu’il valait en or. Il fallait alors que toutes les banques centrales aient dans leurs réserves le même montant d’or qu’ils avaient émis de billets. Or aujourd’hui le nombre de billets émis dans le monde dépasse largement le stock d’or mondial. Ce n’est pas crédible». L’analogie est alors à faire avec la bulle Internet «on disait, l’entreprise fait des pertes, mais il faut acheter à des prix très élevés car elle va faire des gains demain, on a vu ce que cela a donné».

Ainsi le prix actuel de l’or ne se justifierait pas. «Ce qui pourrait justifier un tel

Le prix actuel de l'or ne se justifie pas Le prix d'équilibre serait de 1000$

prix serait un cataclysme mondial, une guerre nucléaire. On n’en est pas là». «Je défie qui que ce soit de m’apporter les raisons objectives qui justifient la montée ou la baisse du prix de l’or
» renchérit Marc de Scitivaux, économiste et directeur des cahiers verts de l’économie.

Celui-ci poursuit «l’or est considéré comme une protection. Mais sur quoi est fondée cette protection ? Si nous connaissons demain une très forte misère, ce n’est pas l’or qui va permettre de se prémunir de la faim. Dans ces circonstances le vendeur de choux a plus de chances de voir ses produits flamber que le vendeur du métal jaune qui n’a aucune utilité. Par ailleurs contre quoi se protège-t-on ? Le risque de défaut d’un des pays membres de la zone euro n’est pas avéré».

Ce serait la peur qui expliquerait le prix actuel de l’or à 1400 dollars l’once, une peur qui amènerait à des comportements totalement irrationnels. «L’or est de ce fait un pur produit spéculatif. Les acheteurs de l’or ne savent jamais à quel moment ils doivent vendre leur actif pour en tirer une plus value» en déduit Marc de Scitivaux.

D’après M Touati, le prix d’équilibre de l’or est de 1000 dollars. Et de ce fait une correction est plus que probable. L’élément déclencheur de cette correction serait la baisse du taux de chômage américain. «Nous enlèverons alors la dernière hypothèque sur la croissance mondiale. Si ce taux de chômage passe sous les 9%, nous commencerons à avoir un début de réaction sur l’or».

Le père de famille qui veut acheter de l’or en étant sûr de gagner doit y réfléchir à deux fois

Dans ces conditions, la conclusion semble sans appel pour les deux économistes. Le père de famille qui veut acheter de l’or en étant sûr de gagner doit y réfléchir à deux fois. Le risque de moins value est important. «On se souviendra que celui qui a acheté de l’or en 1980 à son sommet a retrouvé sa mise uniquement en 2006» rappelle Marc Touati.

Tel n’est pas l’avis de François de Lassus, responsable chez CPoR Devises et d’Emmanuel Painchault, gérant matières premières et infrastructures au sein d'Edmond de Rothschild AM.

Les opposants à la thèse de la bulle spéculative

Pour François de Lassus, les économistes qui voient dans l’or une bulle spéculative «commentent selon leurs propres repères».

Pour ce dernier, la hausse de l’or s’explique par des considérations économiques. «L’offre des mines est étale depuis 7-8 ans. Les mines d’or sont

L’offre des mines est étale depuis 7-8 ans. Il faut le même nombre d'années pour que l’or découvert dans un gisement arrive sur le marché

allées chercher de nouveaux gisements. Mais ces gisements ont des teneurs en or fin très faible : 7g par tonne de pierres extraites. Le temps d’obtenir le permis d’exploitation du nouveau gisement est important. Il faut 7 à 8 ans pour que l’or découvert dans un gisement arrive sur le marché
».
Parallèlement la demande ne cesse de s’accentuer. Cette demande se composerait à plus de 50% en demande de bijouterie, 10% en demande industrielle, 40% en demande d’investissement d’après Emmanuel Painchault. On s’aperçoit que les acheteurs de bijoux tendent à s’habituer à un niveau de prix élevé. «Il y a un an, la demande en bijouterie était très forte pour une once d’or à 1100 dollars. Aujourd’hui cette demande demeure significative pour une once d’or à 1300 dollars» signale le gérant d’Edram.

Concomittament l’investissement en or est de plus en plus fort au point que la Chine qui est devenue le premier producteur d’or conseille à ses ressortissants d’investir dans le métal jaune. Les banques centrales occidentales ont renouvelé pour la troisième fois l’accord qui limite à un quota annuel leur vente de 400 tonnes. Les banques centrales des pays émergents qui ont des immenses réserves de change affichent une volonté d’augmenter leur part d’or.

Selon Emmanuel Painchault au-delà du fait que la progression du prix de l’or ne s’est pas faite en peu de temps, d’autres facteurs militent pour l’absence de bulle spéculative sur le segment à ce jour. «Si nous comparons le cours de l’or et celui du Nasdaq par rapport à 2000, on s’aperçoit que tandis que le cours du métal jaune a été multiplié par quatre, celui du Nasdaq a été multiplié par 11. Cette comparaison fait sens car c’est dans le Nasdaq que s’est produite la grande bulle Internet. Le Nasdaq peut donc servir de référence».
Un autre élément qui témoigne de l’inexistence d’une bulle réside dans la capitalisation boursière des sociétés aurifères par rapport au MSCI World. Cette capitalisation représente moins de 1% de l’indice global. «Pendant la bulle Internet, les valeurs technologiques représentaient 25% du même indice. Le gap est encore important» fait noter Mr Painchault.

L'investissement dans l'or représente moins de 1% de l’ensemble des actifs sous gestion

L’ensemble des investissements dans l’or par le biais des actions des sociétés positionnées sur le segment et par le biais des ETF représentent par ailleurs moins de 1% de l’ensemble des actifs sous gestion (monétaire, obligataire, actions). «De là on en déduit que l’or n’est pas un actif surdétenu. Beaucoup de gens en parlent mais pas beaucoup investissent pour le moment».

Si l’on considère le cours de l’or retraité de l’inflation, on se rend compte que l’or est la seule matière première à ne pas avoir atteint son plus haut niveau historique. Ce dernier avait été en 1980 de 850 dollars, soit l’équivalent de 2000 euros aujourd’hui.
Sur 30 ans, le prix de l’or se situe quasiment en dessous de sa moyenne historique. Alors que tel n’est pas le cas pour l’indice S&P, le pétrole ou encore le cuivre.

Quand bien même nous ne pouvons pas parler de bulle spéculative, le gérant

Il n’est pas impossible que l’once d’or atteigne les 1800 $ d’ici 5 à 8 ans

se montre prudent en signalant qu’une correction n’est pas à écarter. «Nous avons un phénomène de saisonnalité sur la demande. Nous pourrions alors voir le prix diminuer à 1200 dollars l’once, mais cette correction ne durera pas. La demande est suffisamment dynamique pour que l’on voie un prix continuer à progresser de 10% par an. Il n’est de ce fait pas impossible que l’once d’or atteigne les 1800 dollars d’ici 5 à 8 ans».

Alors à qui donc donner raison ? Aux économistes qui n’ont cessé de se tromper depuis le début de la crise financière ou aux professionnels du secteur qui ont tout intérêt à prêcher pour leur paroisse.
Chaque investisseur est le propre maitre de son investissement. Chaque investissement a ses qualités et ses défauts. A vous de juger.
Imen Hazgui

Publié le 26 Novembre 2010

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