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Marchés actions : des doutes et des risques importants demeurent

Marchés actions : des doutes et des risques importants demeurent

(Easybourse.com) Les doutes portent sur la vigueur de la demande finale qui pourrait remettre en cause la forte progression des bénéfices. Les risques intéressent la crise de la dette dans la zone euro, le laxisme pratiqué aux Etats-Unis dans le déploiement de sa politique monétaire et de sa politique fiscale, et l'inflation en Chine.

Selon le théorème d'Helmut Schmidt popularisé au début des années 70, les bénéfices d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain. Or pour le moment les investissements ne suivent quasiment pas. Pour la plupart des pays développés, la part des investissements dans le PIB est en chute constante depuis 20 ans. La tendance à moyen terme est clairement descendante. «Nous n’avons jamais eu une telle déconnexion entre les profits et les investissements» admet Frédéric Buzaré, gérant au sein de Dexia AM.

«La première partie du fameux théorème n’est pas encore vérifiée. Ce qui signifie que nous sommes encore très loin de la deuxième partie du théorème», renchérit Bernard Aybran directeur général délégué d'Invesco.

Le taux de chômage élevé conduit, au-delà de la baisse du pouvoir d’achat, à miner le moral des ménages. Il est intéressant de constater que sur le plan de l’emploi les Etats-Unis font face à un phénomène assez inédit– en tout cas jamais rencontré depuis les 50 dernières années. «En moyenne les créations d’emplois reprenaient un an après le début de la récession. Nous sommes à plus de deux ans après le début de cette récession officielle fixée en octobre 2008. Les emplois continuent à être détruits», constate l’expert d’Invesco.
Cerise sur le gâteau, le coût unitaire du travail qui soutient la consommation est soit en stagnation soit en baisse que ce soit en Europe ou aux Etats Unis ce qui signifie une consommation toujours sous pression des deux cotés de l’Atlantique.

L’absence de création d’emploi laisse planer le doute sur la capacité de croissance de la demande finale (investissement, consommation), et par voie de conséquence sur le maintien des profits à un niveau élevé. D’autant plus que pour certains le taux de chômage est destiné à rester élevé. Les opérations capitalistiques supposeront la création de synergies et par conséquent la suppression de postes. Les plans de restriction budgétaire qui se multiplient apporteront également leur lot de licenciements ou de non renouvellement des postes, en particulier dans le public.

Ces doutes sont à certains égards tempérés par les revalorisations salariales qui ont lieu outre Rhin, par la forte croissance des marchés émergents, et par les cadeaux fiscaux octroyés par le président Obama. «Ces avantages pourraient activer le cercle vertueux. En investissant plus, les entreprises embaucheront plus, la confiance des consommateurs augmentera, et cela encouragera les entreprises à davantage investir». Cela suffira-t-il pour que les profits se maintiennent à un niveau élevé ? Ce n’est pas certain.

Des risques importants

En plus de ces doutes qui pèsent sur la robustesse de la demande finale, de sérieux risques de dérapage existent. Tout d’abord, la crise de la dette souveraine. «Nous allons au devant d’autres difficultés sérieuses. Les problèmes sur le Portugal et l’Espagne devraient s’accentuer. Par ailleurs, les politiques seront de plus en plus confrontés à des décisions cruciales à prendre pour la gouvernance de l’Europe lorsque s’intensifieront les complications en Italie, en Belgique et en France» estime Andreas Höfert chef économiste au sein d'UBS.

Les adjudications des pays périphériques seront nombreuses. 850 milliards d’euros de nouvelles obligations gouvernementales devraient être émises sur l’ensemble de la zone euro l’année prochaine. Rien ne garantit que ces adjudications se dérouleront bien. D’autant plus que les agences de notation semblent s’inscrire dans un processus d’abaissement des notations des dettes souveraines. Mercredi 16 décembre, Moody’s signalait encore son intention d’abaisser de nouveau la note de l’Espagne.

Le quantitative easing et la politique fiscale aux Etats-Unis constituent un autre risque de forte aversion des investisseurs pour le marché actions. «Le déploiement d’une politique monétaire et fiscale très laxistes font courir le risque d’un revirement de la part des investisseurs qui à un moment donné prendront conscience que la situation n’est plus tenable. Une mise en faillite de la Californie ou de municipalités n’est pas à exclure» souligne l’économiste d’UBS.

Le resserrement de la politique monétaire en Chine, en particulier du fait d’une inflation élevée est un autre danger qui se profile pour les investisseurs. «Le pays connait une inflation de l’ordre de 5%. Certes cette inflation est en grande partie due à une flambée des prix des produits alimentaires mais lorsque l’on se dit que l’alimentation représente une forte part du panier des ménages, on se dit également que des répercussions sociales ne sont pas rejetées. Cela pourrait jeter un froid sur l’économie du pays ce qui serait très dommageable sur le reste de l’économie mondiale» alerte Andreas Höfert.

Les fondamentaux sont bons, les ingrédients sont là mais l’on sait à quel point la psychologie, dirions nous la confiance des investisseurs jouent dans l’évolution des marchés. Ces doutes et ces risques sont susceptibles au mieux de limiter le potentiel de progression des marchés, au pire d’entrainer un revirement.

«Si les cours n’ont pas suivi la croissance bénéficiaire en 2010 en Europe c’est surtout du fait de la crise de la dette souveraine» met en exergue Patrick Moonen. Pas impossible que la même histoire se répète l’année prochaine, autrement dit que les résultats financiers au niveau microéconomique se révèlent relativement bons, mais que les craintes perçues au niveau macroéconomique prennent le dessus et paralysent toute intervention massive sur le marché.

Une chose est certaine, le stock picking sera important et la volatilité, autrement dit le yoyo des cours de bourse, restera importante. Il faudra garder la tête froide.

Imen Hazgui

Publié le 16 Décembre 2010

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