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Obligations d'entreprises, où et comment investir

Obligations d'entreprises, où et comment investir

(Easybourse.com) Les obligations constituent un matelas à ne pas négliger chez le bon père de famille. Un investissement prudent supposera à coup sûr l'investissement dans cette classe d'actifs. Il y a cependant plusieurs manières de se positionner : obligations souveraines ou obligations d'entreprises. Les obligations d'Etat ne rapportant quasiment plus rien, les obligations corporate seront à privilégier, en particulier les obligations à haut rendement.

Les obligations d’Etat se situent à un niveau planché. La remontée des taux et le danger de l’érosion monétaire risquent de faire perdre encore plus de valeur à ces instruments financiers. La recherche de rendements, associée à un environnement économique relativement meilleur que celui qui a dominé les années 2008 et 2009, plaide pour une orientation massive vers les obligations d’entreprises. Le volume de ces titres est important, les opportunités intéressantes sont nombreuses, même si par ailleurs les risques ne sont pas négligeables.

Un volume important dans lequel piocher

En Europe, après une année record en 2009 de 250 milliards d’euros d’obligations émises, en 2010, les entreprises ont émis 110 milliards d’euros d’obligations. Les obligations high yield, moins bien notées et donc plus risquées (notées au maximum Ba1 par Moody’s et BB+ par Fitch et S&P) ont représenté 42 milliards d’euros. Une tendance similaire devrait se poursuivre en 2011. Plusieurs importantes émissions sont déjà annoncées en 2011 : Iberdrola, EDP, UCB.

Aux Etats-Unis, les émissions ont grimpé de 62,6 milliards de dollars pour le seul mois de décembre, dépassant les 58,1 milliards de dollars émis en décembre 2009. 728,9 milliards de dollars d’obligations de bonne qualité ou obligations investment grade ont été émises contre 719,0 milliards de dollars l’année dernière, estime Thomson Reuters.

Des rendements encore attrayants pour les obligations à haut rendement

Le gain de confiance dans la capacité des emprunteurs à honorer leur remboursement a amené à une baisse des rendements généralisée. Le recul est néanmoins plus net pour les obligations de bonne qualité ou obligations investment grade.

Les entreprises affichent des profits record. Les entreprises américaines détiennent ainsi 1,17 trillion de dollars de cash, un record historique. Les profits de ces entreprises américaines ont augmenté de 26% au cours du troisième trimestre en glissement annuel selon un rapport du Département du commerce en date du 22 décembre.

Une des conséquences de ces profits record a été la réévaluation à la hausse des notations de crédit. En 2010, Moody’s a procédé à 742 relèvements de notation. S&P a procédé à 756 relèvements de notation selon les données rapportées par Bloomberg.

Certaines nouvelles macroéconomiques n’ont pas été sans incidences négatives sur le niveau de rendements offerts par les obligations d’entreprises

Ces bonnes nouvelles macroéconomiques n’ont pas été sans incidences sur le niveau de rendements offerts par les obligations d’entreprises. Sur le marché primaire, certaines émissions se sont fait avec des rendements extrêmement faibles. Outre Atlantique, Colgate-Palmolive a émis des obligations à 5 ans en octobre avec un rendement de 1,375%, Wal Mart a émis des obligations à 3 ans à la même période avec un rendement de 0,75%.

Toujours aux Etats-Unis, sur le marché secondaire, les spreads se sont beaucoup resserrés. Les spreads des obligations à haut rendement se sont resserrés de 102 points de base le 24 décembre dernier selon Bank of America Merrill Lynch. Les spreads des obligations investment grade se sont contractés de 23 points de base à 167 contre 190 à la fin de l’année 2009.

«La solvabilité des entreprises a vocation à se renforcer même si elles seront tentées d’accélérer les opérations de fusions-acquisitions et de rachat d’actions» signale Edward Marrinan, stratégiste crédit au sein de Royal Bank of Scotland. Par conséquent, les rendements offerts sur le marché primaire devraient être moins importants, et les spreads sur le marché secondaire devraient continuer à se resserrer.

Dans ces conditions mieux vaut opter pour les obligations à haut rendement,

Mieux vaut opter pour les obligations à haut rendement, autrement dit prêter de l’argent aux entreprises les moins bien notées

autrement dit prêter de l’argent aux entreprises les moins bien notées.
Tout d’abord, les obligations de qualité devraient offrir un rendement entre 2 et 3% en 2011 avance Joel Levington, responsable obligations d’entreprises au sein de Brookfield Investment Management. Le gap entre les obligations du Trésor et ces obligations de qualité se situe aux alentours de 1,65% actuellement. L’écart devrait tendre vers 1,20 en 2011. Or la moyenne des rendements demandés par les investisseurs pour détenir des obligations d’entreprises à la place d’obligations souveraines est de 3,97%.

Parallèlement la catégorie Morningstar obligations à haut rendement Europe a affiché une performance de 54% en 2009. En 2010, ces fonds affichent un gain de 11,4%. Selon Eric Pictet, directeur France de Muzinich & Co, nous avons de bonnes chances de nous retrouver en 2011 sur cette catégorie entre 6% et 9% de performance.

Si nous considérons deux secteurs clés, les technologies et la santé, on se rend que compte les obligations à haut rendement offrent bien plus que obligations investment grade dans le cadre d’une émission primaire.
«Cisco, noté, A, a ainsi récemment émis des obligations à 10 ans avec un rendement de 3,86%.Parallèlement, Tyco Electronics noté BBB par les trois agences de notation a émis des titres de dette avec la même maturité mais avec un rendement de 4,75%.
Dans le même ordre d’idées, Cardinal Health noté BBB a récemment émis des obligations à 10 ans avec un rendement de 4,7%, à comparer avec Merck noté AA qui a émis des obligations avec un rendement de 4,06%
» note Joel Levington.

Des risques à ne pas négliger


Simplement compter sur le rallye des obligations d’entreprises qui a caractérisé pleinement l’année 2009 et plus modérément l’année 2010 n’est pas suffisant.

Le premier risque à surveiller est le risque de défaut qui peut se concrétiser par un retard de paiement ou par une faillite

D’importants risques sont à appréhender. Tout d’abord, et non des moindres, le risque de défaut qui peut se concrétiser par un retard de paiement ou par une faillite qui impliquerait une perte totale ou partielle de l’investissement. Ce risque concerne en premier lieu les obligations à haut rendement. «En Europe, le taux de défaut à été de 1 à 1,5% en 2010 et devrait s’établir autour de 2% en 2011. Ce taux est bien inférieur au taux de défaut historique moyen qui est de 4,5%», rassure Eric Pictet.
Aux Etats-Unis, le taux de défaut pour les obligations à haut rendement est tombé à 3,4% le mois dernier contre 11% un an plus tôt. Ce taux devrait décliner à 2,4% d’ici septembre 2011 pour S&P et à 2,1% d’ici décembre 2011 selon Moody’s.

Un autre risque auquel sont confrontées les obligations d’entreprises est celui

La remontée des taux et l'appétit pour les actions  seront d'autres paramètres à considérer

d’une remontée des taux longs. En réalité, soit cette remontée est justifiée par un pari sur la reprise et dans ce cas le secteur des obligations d’entreprises ne souffrira pas, soit la remontée des taux longs est la conséquence d’une défiance généralisée et dans cette hypothèse les obligations d’entreprises et en particulier les obligations à haut rendement seront les premières à prendre le bouillon.

On observe déjà une remontée des taux longs- les taux actuariels de l’OAT sont passés de 2,85% au 5 novembre à 3,26% au 6 décembre, les titres du Trésor américain sont passés de 2,5% à 3,5%-mais les experts semblent à ce stade analyser le mouvement comme la résultante d’une anticipation d’une reprise plus rapide que prévu. Ainsi cette hausse n’est pas forcément une mauvaise nouvelle dans la mesure où si elle se poursuit au-delà de l’année prochaine, le gap entre les obligations corporate et les obligations souveraines continuera à se contracter. Les obligations à haut rendement seront très bien loties dans une telle configuration.

L’appétit pour les actions est un autre risque à prendre en considération. L’intérêt pour les actions pourrait conduire à une relative défiance pour les obligations d’entreprises. Surtout, si les actionnaires commençaient à demander des rendements par le biais de rachats d’actions, de paiements de dividendes ou d’augmentations de capital comme cela est escompté, ces différentes opérations mettraient à mal la qualité de la dette des entreprises.

Une sélection rigoureuse sera importante

Il est difficile pour un particulier de souscrire en direct à une obligation d’entreprise. Sur le marché primaire, l’investissement minimal est élevé, les émissions sont souvent réservées aux professionnels. Sur le marché secondaire, le prix de l’obligation s’adapte en fonction de son rendement comparé aux taux d’intérêt. L’épargnant doit alors prendre en compte à la fois le cours, le rendement de l’obligation et le niveau actuel des taux et se livrer à des calculs complexes.

De ce fait, la meilleure voie pour s’intéresser aux obligations d’entreprise est de passer par des fonds et des sicav obligataires. Morningstar dénombre au total 3800 fonds obligataires. Il faudra alors vérifier les performances à moyen

La meilleure voie pour s’intéresser aux obligations d’entreprise est de passer par des fonds et des sicav obligataires

terme du gérant et la manière dont celui-ci a traversé les périodes de crise. Il faudra par ailleurs compte tenu de la configuration actuelle privilégier les gérants qui prennent en compte le risque pays. Plus spécifiquement s’agissant des obligations à haut rendement il sera bien venu de vérifier la moyenne des signatures des entreprises et le nombre d’entreprises choisies par le gérant (plus les entreprises sont nombreuses, plus le risque de défaut est amorti).

Il faudra regarder la répartition sectorielle, éviter en cela les gérants  massivement investis dans le secteur bancaire. D’une part, les pays

Plusieurs vérifications préalables seront de rigueur

introduisent des législations qui ouvrent le chemin vers un partage du fardeau des banques avec les petits investisseurs. Les obligations des banques seront alors à éviter, particulièrement si une restructuration des dettes souveraines des pays de la zone euro a bien lieu. Ensuite, environ 600 milliards d’euros d’obligations bancaires arrivent à maturité en 2011.

Regarder la performance des actions pourra également inspirer. «La sous-performance d’une action tend à amener le management à faire quelque chose pour y remédier ce qui ne sera pas à la faveur de l’endettement des sociétés».

L’idéal serait de choisir plusieurs fonds spécialisés et de ne pas y investir plus de 5% de ses actifs financiers.

Imen Hazgui

Publié le 31 Décembre 2010

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