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Les indicateurs à suivre sur les marchés actions : gare aux fausses bonnes idées

Les indicateurs à suivre sur les marchés actions : gare aux fausses bonnes idées

(Easybourse.com) Les indicateurs qui donnent le pouls des économies s'avèrent sans utilité pour effectuer une allocation efficace en raison de leur faible prédictibilité. C'est le cas du PIB, de la production industrielle, du niveau la consommation, de la variation des prix des biens ou encore du chômage. D'autres indicateurs en revanche, notamment les indicateurs de confiance, qui ne reposent a priori que sur de simples enquêtes d'opinion, peuvent s'avérer être des instruments d'anticipation très performants.

Au jour le jour, les investisseurs s’efforcent de scruter de multiples indicateurs macroéconomiques et financiers pour ajuster leur allocation d’actifs. Chaque indicateur ne revêt pas la même importance dans les décisions d’investissements. Il est toutefois surprenant de constater que certains d’entre eux - ceux que l’on croit très influents, ne le sont pas tant en réalité et qu’au contraire d’autres indicateurs sous estimés en apparence peuvent constituer de très bons outils d’allocation.

Les statistiques économiques, des indicateurs inefficients pour des décisions d’investissement

L’indicateur traditionnellement le plus considéré est le PIB, autrement dit la somme des biens et des services produits par un pays donné. «Le PIB, bien qu’il soit fondamental sur le plan économique, n’est que d’une faible utilité dans la gestion d’actifs au quotidien. Il ne fournit aucun élément de prévisibilité à court terme. Les chiffres rendant compte du niveau du PIB sont par ailleurs très fréquemment révisés. A chaque publication, il y a énormément de révisions sur les trois à quatre trimestres précédents» observe Marc Craquelin, directeur de la gestion d’actifs au sein de Financière de l'Echiquier. La photographie à l’instant t est donc faussée.

Par ailleurs, quand bien même le niveau du PIB serait connu à l’avance, nous n’aurions pas forcément, selon M Craquelin, une meilleure allocation sur les actions. La théorie financière et la pratique ont pu démontrer en effet qu’il n’y avait pas forcément de corrélation entre croissance économique et rallye boursier au sein d’un même pays. «Entre 1990 et 2000, nous avons eu une croissance moyenne du PIB mondial moins forte qu’entre 2000 et 2010. Or pour le marché actions, la période 1990-2000 a été beaucoup plus fructueuse que la période 2000-2010».

D’autres indicateurs peuvent s’avérer importants sur le plan économique mais pas sur le plan boursier. «La production industrielle colle un peu plus à la réalité mais là aussi on s’aperçoit que l’indicateur est en retard et ne permet pas en cela de faire une allocation d’actifs efficiente. La consommation ne signifie pas la même chose en fonction du pays considéré. On avance souvent le différentiel de poids entre la consommation américaine et la consommation chinoise. Ce différentiel est à relativiser dans la mesure où aux Etats-Unis, la consommation recouvre l’intégralité des biens pratiques, des dépenses de santé, et des dépenses de logement, ce qui n’est pas le cas en Chine».

Idem, pour la variation des prix à la consommation, un très vieil indicateur qui a un long historique puisqu’il date du début du siècle, qui occupe une grande place dans la presse économique, dans les stress, dans les scénarios de marché mais qu’il faut manier avec beaucoup de précaution. «C’est un indicateur très lourd à calculer. Il y a environ 160 000 mesures pour calculer cette variation mensuelle. Le problème est qu’à chaque fois que l’on procède à un nouveau calcul on part du panier précédent, ce qui a pour conséquence des biais quasi inévitables. Effectivement, lorsqu’ un bien a un prix qui augmente très fortement, les consommateurs ajustent leur panier en achetant moins ce produit qui dès lors n’a plus la même importance dans la base du calcul du prix à la consommation».
Il faut donc associer à ce premier indicateur deux autres éléments pour se rendre compte de la réalité de l’inflation : les salaires et les capacités d’utilisation. «Une forte hausse d’inflation qui pourrait présenter un danger pour l’économie suppose des effets de second tour, soit une hausse des salaires, et une hausse des capacités d’utilisation. Nous ne voyons qu’en Allemagne en Europe ces effets de second tour».

Quid du chômage, une donnée grandement examinée, à la fois de par son taux global et de par les nouvelles inscriptions hebdomadaires, en particulier aux Etats-Unis ? «Lorsque vous êtes trader actif, un rendez-vous à ne pas manquer concerne les statistiques du chômage aux Etats-Unis le jeudi à 14h30».
Seulement si à au moment de leur annonce, les statistiques du chômage ont toujours un effet sur le marché, là aussi l’indicateur est un indicateur très retardé. «Si l’investisseur attend pour investir sur le marché actions que le chômage aille mieux, il ratera généralement les deux tiers, voire les trois quarts du mouvement haussier. Pour remporter la mise à la suite de la crise financière de 2007-2008, il aurait fallu commencer à acheter entre mars et août 2009, ce qui correspondait grossièrement au pic du chômage. Généralement quand la situation s’améliore sur le front de l’emploi, le marché actions a déjà parcouru beaucoup de chemin ».

Les indicateurs pertinents à prendre en considération

Les indicateurs pertinents à prendre en compte par un investisseur pour orienter ses décisions d’investissement sont avant tout pour Marc Craquelin les indicateurs de confiance qui sont le résultat d’enquêtes poussées. En premier lieu, l’indice IFO et l’indice Zew en Allemagne qui intéressent respectivement le monde des entreprises (7000 chefs d’entreprises au total) et le monde des établissements financiers (350 analystes financiers). «Ces indicateurs sont surtout intéressants lorsqu’ils atteignent des zones de saturation. Généralement le niveau de sur confiance est un niveau où il faut penser à rabattre la voile, et le niveau d’énorme stress traduit de bons points d’entrée sur les marchés».
Outre Atlantique, dans le même registre, l’indicateur de confiance des consommateurs du Michigan sera à regarder de près. «On a affaire ici au sentiment du grand public ». L’enquête mensuelle est réalisée auprès de 500 ménages.
En Europe, et notamment dans la zone euro, ce sera l’indice PMI manufacturier et dans une moindre mesure l’indice PMI des services qui seront à contrôler. «Cinq questions sont posées à des industriels pour réaliser l’indice PMI manufacturier, en particulier les nouvelles commandes. C’est un indicateur qui s’ajuste très rapidement et qui par conséquent offre une bonne capacité d’anticipation».
Deux éléments sont alors à analyser dans l’ensemble de ces indicateurs avancés, le niveau absolu et la pente.

D’autres indicateurs peuvent présenter leur intérêt dans une allocation d’actifs, notamment les matières premières. L’évolution des fondamentaux des matières premières peut constituer un bon thermomètre. Mais attention, pas n’importe quelle matière première, et pas n’importe quel facteur fondamental. La progression de la demande de pétrole n’est par exemple pas un paramètre révélateur. «Ce n’est pas en calculant le pourcentage de pétrole supplémentaire d’une année sur l’autre que l’on pourra avoir une visibilité sur l’évolution du cours».
Parmi l’ensemble des métaux c’est très probablement le cuivre qui présentera le meilleur caractère de prévisibilité sur l’économie. Il sera également intéressant d’examiner l’indice CRB, un indicateur composite qui réunit des métaux, et des matières premières agricoles.

Les flux observés sur trois mois, le ratio bush /bear, autrement dit le rapport entre le nombre d’investisseurs acheteurs et le nombre d’investisseurs vendeurs, le price to book des entreprises mesurant le rapport entre la valeur de marché des capitaux propres (la capitalisation boursière) et la valeur comptable, l’Itraxx (indice basé sur les Credits Default Swaps, des contrats financiers de protection entre acheteurs et vendeurs), et le Vix (indice de volatilité implicite de l’indice S&P 100 calculé par la Bourse de Chicago calculé à partir des options cotées), peuvent également être de bons instruments de mesure. «S’agissant de l’Itraxx et du Vix, il suffit habituellement d’acheter les pics de ces indicateurs. Généralement quand le Vix vaut 40-50, on est face à un point d’entrée absolu. Il y a cependant quelques contre exemples, avec la faillite de Lehman Brothers».

Des indicateurs farfelus qui peuvent avoir leur bien-fondé

Pour Alan Greenspan, ancien gouverneur de la Fed, une chute des ventes des sous-vêtements masculins permettrait de prévoir la récession. Pour certains opérateurs de marché, ce serait le vainqueur du Super Bowl, finale du championnat de football américain et événement majeur de la télévision américaine, qui conditionnerait sur une brève échéance le sens haussier ou baissier du marché. Ainsi en 2010, il était acquis que si l’équipe de l’AFC gagnait, le marché baissait et si l’équipe de la NFC remportait la victoire, le marché montait. Ce sont finalement les New Orleans Saints qui ont l’ont emporté.

Des indicateurs désuets

Certains indicateurs peuvent en fonction de l’environnement de marché perdre de leur pertinence. Cela a été le cas du Baltic dry index qui a eu son heure de gloire dans les années d’avant crise et qui est en train de perdre de sa visibilité. «Cet indicateur renseigne sur l’évolution des prix pratiqués sur 26 routes mondiales de transport en vrac de matières sèches. La crédibilité de cet indicateur a été beaucoup polluée par la hausse du prix du baril».

Imen Hazgui

Publié le 31 Mars 2011

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