Espace Financières - News, articles, interviews et dossiers

Obligations émergentes : l'inflation pousse-t-elle à la sortie ?

Obligations émergentes : l'inflation pousse-t-elle à la sortie ?

(Easybourse.com) Les obligations émergentes présentent, certes, des opportunités de rendements intéressantes, mais ne vont pas sans présenter certains risques. L'un des plus évoqués en ce moment est celui d'un dérapage de l'inflation, avec en toile de fond des effets de second tours et avec pour conséquence, une hausse des taux d'intérêt. Dernièrement l'Inde a dû relever ses taux directeurs de 0,5% pour enrayer la montée de son inflation à 9%. Dans ces conditions, certains n'hésitent pas à se demander si investir dans la dette émergente est véritablement une bonne idée.

Certes, l’inflation s’accélère dans un grand nombre de pays développés, cependant il y a lieu de relativiser ce danger et d’en atténuer la portée sur le compartiment des obligations émergentes.

Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il faut se méfier de toutes les moyennes quand on parle des pays émergents que ce soit en termes de croissance, de déficit courant, de performance budgétaire ou encore d’inflation. «Les moyennes sont fortement influencées par les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Or les BRIC ne représentent pas tous les pays émergents. Il faut savoir regarder au-delà, considérer les écarts types» met en garde Damien Buchet, responsable marchés émergents obligataires au sein d'Axa IM.

Des situations disparates

Une diversité de situations existe. Alors que le problème de l’inflation est réel dans des pays en surchauffe comme la Chine, l'Inde, le Brésil ou encore les pays portés par les matières premières tels que le Pérou, l'Argentine ou le Chili, ce problème est moins aigu dans des pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie et la Roumanie qui peinent à redémarrer.

Dans d’autres Etats, si cette préoccupation de l’inflation existe, elle se trouve limitée par la présence de banques centrales réactives (Thaïlande, Malaisie, Israël).

Par ailleurs, au-delà de cette première considération liée à la dynamique du pays, la hausse des cours des matières premières sur les marchés ne se répercute pas de manière identique dans les économies. Certains pays ont en effet des mécanismes de subvention des prix alimentaires et énergétiques. «En moyenne le coût des subventions en Inde, Indonésie, Malaisie, Thaïlande : 2 à 2,5% du PIB. Une hausse de 50% des cours des matières premières sur une année, on a 1 point de PIB en plus sur les déficits budgétaires. Là où on aurait dû avoir un impact inflationniste, on a un impact fiscal» précise Damien Buchet.

D’autres pays encore présentent une importante inefficience de leurs circuits de distribution. «Dans des pays comme les Philippines ou l’Indonésie, qui sont des pays insulaires, la distribution des matières premières est souvent un sujet. Indirectement, ce n’est pas tant le prix des matières premières qui influe. Par exemple, il y a eu peu de hausse du cours du riz, pourtant les prix finaux ont fortement augmenté en raison de la hausse du coût du transport dépendant de la hausse du cours du baril» complète le gérant d’Axa IM.

Au-delà de la disparité des situations, la tendance inflationniste en elle-même est moins inquiétante qu’il n'y paraît.
L’évolution de l’"output gap" -soit la différence entre la croissance actuelle du PIB et le PIB potentiel- tel qu’il est modélisé, le démontre. «Nous sommes dans une configuration moins dramatique qu’en 2006 où l’output gap était en moyenne de 3%. Aujourd’hui nous sommes autour du PIB potentiel» rassure M Buchet.

Nous irions donc vers plus d’inflation mais à un rythme relativement calme et bien géré par les banques centrales.

La hausse des taux n’est pas inévitable

Ce que craignent les observateurs du compartiment de la dette émergente c’est une hausse trop violente des taux d’intérêt qui viendrait impacter le rendement des titres de dette. «Dire que parce que les taux vont monter il ne faut pas être dans l’obligataire émergent, n’a pas de sens. Ce n’est pas parce que l’on a une flambée des prix alimentaires, qu’une hausse des taux d’intérêt qui va plomber le reste de l’économie est forcément une bonne réponse. Il y a d’autres recettes, d’autres manières de traiter le sujet» idem, qui est cité?.

Pour l’expert d’Axa IM, ce qui compte c’est surtout la situation de l’inflation "core" (hors prix alimentaires et énergétiques) et le développement des anticipations inflationnistes. «La crédibilité des banques centrales est primordiale. Dans le cercle vertueux qui s’est créé, les banques centrales ont assis leur crédibilité en ciblant l’inflation».

Auparavant, l’attention des banques centrales était focalisée sur le taux de change. «On faisait face à une gestion de la peur. Les banques centrales voulaient se prémunir contre des fuites de capitaux. Elles s’assuraient alors d’une relative stabilité du taux de change. En cas de menace de fuite, elles n’hésitaient pas à augmenter les taux d’intérêt pour retenir les capitaux».
A présent l’attention est centrée sur l’inflation, la reprise globale plus marquée, l’amélioration des flux des commandes, ainsi que sur l’orientation domestique de la croissance, qui permet davantage de s’appuyer sur l’appréciation des devises. Selon M Buchet «cet outil très utile devrait être de plus en plus exploité par les pays émergents».

Ceci non seulement permettra de limiter le relèvement des taux d’intérêt mais, surtout, permettra de profiter de l’appréciation des devises en investissant sur la dette en devise locale.

Cette maturation des politiques monétaires n’est en conséquence pas sans effet sur les anticipations inflationnistes. La tendance au dérapage de ces anticipations est moindre. «Dans des pays qui ont une histoire d’hyperinflation comme le Brésil, l’inflation à un an est attendue à 6%. Elle est de 5,3%» remarque le gérant.

Limiter la vague de l’inflation n’empêche pas de surfer dessus


Des anticipations d’inflation limitées n’occultent pas la réalité économique du moment. Ainsi, quand bien même elle est pour l’instant de nature à rester maitrisée, pour autant, le niveau élevé d’inflation actuel a conduit certains Etats souverains à émettre des obligations indexées sur l’inflation.
«Si l’on considère l’offre globale d’obligations indexées à l’inflation depuis le début de l’année : le volume d’émission a été plus important dans les pays émergents que dans les pays développés » indique Damien Buchet.

Cela étant, les opportunités que présente ce segment sont à considérer avec énormément de prudence, peut-être même de méfiance. Le Brésil représente 55% des encours totaux. La taille de l’univers des obligations indexées sur l’inflation représente entre 300 et 400 milliards de dollars, quand plus de 150 milliards dollars sont des obligations brésiliennes. Parmi les autres émetteurs de référence, nous trouvons Israël, le Chili, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Pologne. La Chine n’a émis aucune obligation indexée.

«Nous ne sommes encore devant une classe d’actifs investissable dans la mesure où la demande émane surtout d’institutions locales : banques, assurances, fonds de pension et que lorsque ces titres entrent dans les bilans de ces institutions, ils ne ressortent pas de si tôt. Il n’y a alors pas beaucoup de flottant et donc un problème de liquidité » s'empresse d'avertir le gérant d'Axa IM.

Ainsi, non seulement l’inflation ne doit pas être considérée comme un obstacle à un investissement dans la dette émergente, mais par ailleurs elle pourrait bien être vue comme une aubaine dans le cas où le compartiment des obligations indexées à l’inflation venait à se démocratiser.

Imen Hazgui

Publié le 10 Mai 2011

OK, tout accepter
Fermer