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Hedge funds : Paris ambitionne de faire revenir les cerveaux expatriés à Londres

Hedge funds : Paris ambitionne de faire revenir les cerveaux expatriés à Londres

(Easybourse.com) Selon le président de l'Association française de la gestion financière, Paul-Henri de La Porte du Theil, un tiers des gérants de hedge funds à Londres seraient français. Autant dire que l'on a affaire à une véritable fuite des cerveaux. Pour stopper l'hémorragie, un projet très ambitieux a vu le jour, intitulé QuantValley afin de promouvoir la compétence de la gestion quantitative à Paris.

Interview de Jean-Francois  Monteil

Interview

Jean-Francois Monteil

Responsable du Secteur Services Financiers

Alexander Hughes Executive Search Consultants

50 milliards d’euros et 2000 employés pour Londres contre 5 milliards d’euros et 200 employés à Paris, à nombre de société égal, autrement dix sociétés. Autant dire que le gap est immense.

Comparativement à d’autres grandes places, à qualité de performance comparable, Londres, Chicago, New York, Zurich…Paris est à un dixième des encours sous gestion dans le domaine de la gestion quantitative.

La gestion quantitative met en évidence la performance du fonds par rapport à un indice de référence appelé " Benchmark ". La technique utilisée se fonde sur des modèles mathématiques afin d'obtenir des niveaux de performance et de risque optimaux

A qui la faute ? Sans doute pas à un manque de talents. «La base est solide. Nous avons la chance d’avoir de grandes écoles, de grandes universités qui forment des experts compétents» atteste Arnaud Chrétien, président fondateur de la société de gestion quantitative Aequam Capital.

La place de Paris ne sait pas se vendre, voilà tout. La mobilisation est insuffisante. Le marketing n’est pas au rendez-vous.
Aussi pour combler cette lacune, Arnaud Chrétien a décidé de développer un projet audacieux ‘Quantvalley– Paris 2020 Cité des Quants’.


La genèse de Quantvalley

Le projet réunit huit sociétés de gestion- Aequam, CFM, Cogitam, Finaltis, John Locke, Numbers, Rivoli et Seven- atour de cinq critères : être une société

Faire revenir les talents qui ont quitté le territoire et attirer de nouveaux talents

entreprenariale, agréée par une autorité européenne, dans une activité de gestion quantitative et systématique en performance absolue, avec une base en France. A ces sociétés de gestion se sont joints des centres universitaires et des laboratoires de recherche. Les partenaires principaux sont Ensae Paritech et l’université Paris Dauphine.

L’objectif de cette communauté de professionnels de la finance et de scientifiques est de permettre à la place parisienne d’atteindre la masse critique en termes d’actifs sous gestion. Pour «éviter de tomber dans l’arrogance financière», aucune cible chiffrée n’a été donnée. Mais cette masse devra être suffisamment importante pour faire revenir les talents qui ont quitté le territoire et pour attirer de nouveaux talents.

«J’ai eu l’idée de monter ma propre structure quand j’avais l’honneur de travailler pour l’Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), le grand fonds souverain des Emirats. J’avais pris conscience de la nécessité de renforcer mes réseaux pour créer cette entreprise de gestion quantitative. J’ai évalué les forces en présence, les marchés qui pouvaient m’offrir la possibilité de monter cette structure. J’ai cherché la place financière qui me semblait la plus légitime. Pour sa formation, pour l’environnement qu’elle offrait, mon choix s’est arrêté sur la place de Paris. Cependant, faire un business de niche entre ingénieurs bien formés ne m’intéressait pas. Une stratégie de marketing, de conquête du marché, était indispensable. C’est la raison pour laquelle j’ai imaginé QuantValley. Le niveau d’arrogance de la finance était tellement élevé avant la crise que j’ai gardé pour moi pendant longtemps cette idée. Je l’ai partagée avec peu de personnes. La crise a eu cela de bien qu’elle a conduit à une diminution de la concurrence. Ma stratégie personnelle dans cet environnement favorable était dès lors devenue plus pertinente» développe Arnaud Chrétien.


Un challenge important


Comment faire de la place de Paris une place leader dans la gestion quantitative quand le mot hedge fund sonne comme une grossièreté aux oreilles de la majorité des épargnants dans l’Hexagone ? «L’image de la gestion alternative et des hedge funds a subi un coup dans la figure avec la crise même si la place française a cependant moins souffert que les autres places» confirme Arnaud de Bresson, délégué Général de Paris Europlace.

Alors comment faire ? Par de la fiscalité ? Certes non, répond Arnaud Chrétien. «La fiscalité ne doit pas servir de faire-valoir. Et de toute manière la place de Paris est déjà très attractive du point de vue de la fiscalité. Le système de crédit d’impôt recherche est particulièrement efficient. Ce n’est pas pour rien que Microsoft a décidé d’installer sa base de recherche & développement à Paris».

L’argument phare résidera dans la capacité à innover

L’argument phare résidera dans la capacité à innover. Pour le président d’ Aequam Capital «un grand nombre de centres de recherche existe. Il faudra savoir offrir intellectuellement de quoi nourrir les talents, de quoi leur permettre de faire de la recherche de qualité qui va pouvoir être appliquée dans les modèles gérés par les sociétés de finance quantitative afin de créer des produits attractifs».

A ce propos, une chaire de recherche dans le domaine de la gestion quantitative et de la maîtrise des risques avec l’université Paris-Dauphine, l’Ensae, l’Institut Louis Bachelier et la Fondation du risque présidée par André Levy-Lang devrait être officialisée d’ici septembre.

Le succès de la Place de Paris n’aura par ailleurs pas lieu si QuantValley reste cloisonné à la France. «Le monde est global aujourd’hui. Il est de ce fait bienheureux d’observer qu’en Chine, David Lee, connu pour ses formules liées aux subprimes, a eu une initiative comparable à celle de QuantValley, réunissant tous les gérants quantitatifs d’origine chinoise qui travaillent partout sur la planète afin de faire du brainstorming pendant plusieurs jours. J’ai récemment discuté avec David Lee. Par ailleurs, j’ai rencontré le fondateur de Battle of the quants, un grand projet de réseau pour discuter d’éventuelles installations à Paris» déclare Arnaud Chrétien.


Bâtir une véritable marque


La grande force de la France réside dans ses marques. Il y a 900 marques françaises connues dans le monde. «J’ai été invité au World Eminence Business Forum en Chine il y a quelques semaines, où j’ai eu l’honneur de faire une présentation à 1500 chefs d’entreprises chinois. Lors de ce rendez-vous j’ai pu constater que la France avait été prise comme exemple pour évoquer les dix points principaux du nouveau plan quinquennal chinois. La France était mise en avant comme modèle s’agissant de la fabrication de marques. Dans le plus grand magasin à Pékin, il y a 300 marques françaises et pas une chinoise».

Paris est parvenue à créer des marques dans la gestion d’actifs traditionnels comme Amundi, comme BNP Investment Partners. Arnaud Chrétien aime à se persuader qu’un tel scénario peut s’écrire dans le domaine de la gestion alternative. «Le défi est certes énorme mais il est relevable. Pour cela,  nous ne ménagera pas nos efforts».

Des discussions sont en cours avec NYSE Euronext pour la création d’un indice QuantValley à l’instar du Cac 40 mais en version quantitative.
La création d’une plateforme de manage account est également envisagée. «Nous avons reçu des offres de grandes structures qui proposent de monter des plateformes de manage account dédiées à QuantValley» signale Arnaud Chrétien. Cette plateforme offrirait aux investisseurs la possibilité d’investir dans la poche de la finance quantitative appliquée à la gestion d’actifs.


Une longueur d’avance


Au-delà du fait que la place de Paris a moins souffert dans sa globalité des contrecoups de la crise financière que la place de Londres, l’avenir de l’industrie financière à court terme semble surtout plus fleurissant de ce coté-ci de la Manche.

«Londres sera dans une situation compliquée dans les mois à venir. En témoignent les résultats de la commission Vickers et les questions que se

L’objectif n’est pas de détrôner Londres, il est d’être une place financière européenne leader

posent les autorités gouvernementales britanniques sur le devenir du secteur financier britannique. En France, quel que soit le bord politique, on a compris que la place de Paris a mieux résisté à la crise et qu’elle est plus près de ses entreprises. La contestation est beaucoup moins forte
» argue Arnaud de Bresson.

Ce dernier s’empresse d’ajouter pour relativiser le défi que «l’objectif n’est pas de détrôner Londres, il est d’être une place financière européenne leader, assise sur une économie équilibrée entre la finance et l’économie réelle».

Imen Hazgui

Publié le 17 Mai 2011

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