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Les petites et moyennes valeurs : un pari gagnant à condition de respecter certaines règles

Les petites et moyennes valeurs : un pari gagnant à condition de respecter certaines règles

(Easybourse.com) Sur les dix dernières années, la surperformance des small et mid caps (petites et moyennes valeurs) a été très importante. Entre 2001 et 2010, le Stoxx small 200 a gagné 36% alors que le Stoxx large 200 a perdu 30%. En dividendes réinvestis, le Stoxx small 200 a gagné 79% alors que le Stoxx large 200 a perdu 3%. Le consensus plaide pour une poursuite de cette surperformance. Cependant ce segment des small et mid caps n'est pas monolithique. On trouve de très nombreuses sociétés avec des business models différents dans des secteurs divers. Cela laisse une place prédominante au choix de valeurs. Alors comment distinguer ?

Interview de Diane Bruno

Interview

Diane Bruno

Gérante actions

Mandarine Gestion

On compte en Europe plus de 2000 valeurs dont la capitalisation est inférieure à 5 milliards d’euros. Parallèlement, on dénombre 189 valeurs de plus de 10 milliards de capitalisation au niveau européen. Ainsi plus de 90% des valeurs cotées en nombre peuvent être considérées comme des small et mid caps. Le vivier est non seulement extrêmement large, mais il est en plus mouvant. Dans ces conditions, saisir les bonnes opportunités est loin d’être évident. Voici quelques conseils de professionnels de la gestion pour y parvenir.

Tout d’abord, les small et mid caps peuvent être choisies à partir d’indices de référence, au choix le Stoxx Small 200 ou le MCSI small cap, la différence entre les deux se situant dans leur composition- 200 valeurs pour le premier et 300 pour le second- et dans leur historique- l’indice MSCI étant plus récent que l’indice Stoxx.
L’idée est alors d’éviter d’aller sur des capitalisations trop petites. «De manière globale nous nous efforçons de rester sur des capitalisations supérieures à 100 millions d’euros. Notre univers s’estime à 450 sociétés» précise Yves Maillot, directeur des investissements et de la gestion actions de Robeco Gestion.

Bien appréhender le flottant est crucial

Bien appréhender le flottant, autrement dit la part du capital librement échangée, est crucial. «Pour tout investisseur qui entre seul dans une small et mid cap, il faut qu’il considère cette part du flottant. Si une société fait 300 millions d’euros de capitalisation mais qu’elle a seulement un flottant de 30%, cela signifie que seulement 100 millions d’euros sont librement échangés. Cela reviendrait pour l’investisseur à miser sur une société dont la capitalisation fait 100 millions d’euros mais avec un flottant de 100%» explique Diane Bruno, gérante actions Small & Mid Caps au sein de Mandarine Gestion.
Les volumes de titres échangés peuvent alors servir de thermomètre. «Dans notre conception, ce volume doit être au moins égal à 800 000 euros sur les six derniers mois» signale Beryl Bouvier Di Nota, responsable de la gestion Small & Mid Caps chez Amundi.

Au-delà de l’attachement aux indices, il est nécessaire de s’attacher à une société que l’on connait et que l’on comprend. «Lorsque l’on ne comprend pas l’activité, lorsqu’il est difficile de vérifier l’information, il ne faut pas acheter. Tel est le cas des valeurs de biotechnologie ou de certaines valeurs informatiques. Nous ne sommes pas des biochimistes ou des médecins pour avoir un avis critique et se poser les bonnes questions au sujet des qualités d'une biotech. Tout comme il est difficile de faire la différence entre certains types de SSII» alerte Sébastien Korchia, gérant actions au sein de Meeschaert AM.

La part à investir dans le segment doit être une part qu’il est convenu de laisser pendant un certain horizon d’investissement. Un horizon qui doit être suffisamment long pour pouvoir passer les éventuels moments difficiles. «On ne va pas sur les small ou mid caps pour un ou deux ans auquel cas on risque de rentrer dans une phase de contre performance. On ne doit pas être sur un mode d’intervention technique. La période d’investissement doit être calquée sur l’analyse des critères fondamentaux, et doit correspondre à au moins un horizon de cycle de business d’une entreprise, à savoir 5 ans» met en garde Yves Maillot. Il faut donc au moins avoir raisonnablement 5 ans devant soi pour s’orienter vers les small et mid caps.

Les critères quantitatifs à examiner

Plusieurs styles d’investissement sont possibles : value (consistant à miser sur la revalorisation d’une valeur pour corriger une décote au regard de ses fondamentaux), growth (consistant à miser sur la revalorisation d’une valeur pour récompenser un accroissement des résultats financiers), event driven (consistant à miser sur un évènement particulier, comme une opération de fusion acquisition, qui entrainera une progression du cours de bourse).

Pour Beryl Bouvier Di Nota comme pour Yves Maillot, il convient de combiner

Il convient de combiner un aspect value et un aspect growth dans la sélection des small et mid caps

un aspect value et un aspect growth dans la sélection des small et mid caps. Des outils de tri quantitatifs à partir d’éléments de ratios financiers fondamentaux appartenant à la fois à la gestion value et à la gestion growth devront, de ce fait, être combinés. «C’est un mélange qui permettra d’équilibrer la pertinence du choix des valeurs» affirme le responsable de Robeco Gestion.

Parmi les variables ‘value’ à considérer, nous trouvons le price to book, le rapport ebitda sur valeur de l’entreprise, ainsi que le rapport cash flow libre sur prix. A priori, le ratio le plus pertinent est le price to book qui traduit une situation de décote par rapport à une situation d’actifs mais cela peut beaucoup dépendre du profil de l’entreprise et du secteur d’activité de cette dernière. «Une société technologique n’aura pas de valeur d’actifs en tant que tel à la différence d’une société foncière qui possède des immeubles. On appréhendera cette société technologique par rapport à ses fonds propres ou en relatif par rapport aux cours d’autres sociétés du secteur pour détecter la présence d’une anomalie» avance Sébastien Korchia.

De façon concomitante, les variables ‘growth’ à prendre en compte sont tout d’abord les révisions de croissance des bénéfices sur l’année prospective et l’année suivante, autrement dit 2011 et 2012. En plus de cela seront à regarder l’évolution du momentum technique de la valeur--l’évolution de la valeur du titre à un moment t par rapport à un moment t-1 : si une valeur progresse dans une période de 5% et dans la période consécutive de 4%, alors le momentum est négatif-- et le ‘policy management’.
«Le policy management mesure l’excès d’appétit du management de chaque société que l’on va interpréter négativement, par exemple l’évolution du nombre d’actions dans le capital. Une trop grande évolution serait à interpréter négativement. Une société dont le capital évolue trop rapidement est une société qui va avoir tendance à lever des fonds auprès de ses actionnaires. Au final cela est négatif pour la performance boursière du titre» indique Yves Maillot.

Dans ce policy management, l’évolution du compte client par rapport aux ventes est également un paramètre significatif. «Quand le besoin en fonds de roulement évolue trop positivement, ce qui traduit un excès de croissance, cela génère des difficultés financières. Un dernier critère peut résider dans l’évolution de la dette par rapport à la totalité du bilan».

Ces différentes données pourront alors donner lieu à l’établissement d’un classement.

Miser sur les fusions-acquisitions ne rapporte pas forcément

«Constituer un portefeuille spéculatif, à savoir un portefeuille de situations spéciales qui privilégieraient le mouvement capitalistique au détriment des fondamentaux, est très risqué. D’autant plus que les situations spéculatives les plus évidentes ne sont pas forcément celles qui paient» prévient Sébastien Korchia.

Nous considérons plus les fusions acquisition comme la cerise sur le gâteau

Un avis totalement partagé par Diane Bruno. «Nous considérons qu’il est difficile d’investir sur une valeur uniquement sur son statut de cible. Nous considérons plus les fusions acquisition comme la cerise sur le gâteau. Une société comme Meetic spécialisée dans les rencontres en ligne s'est faite achetée à un cours de 15 euros soit sous son cours d’introduction en bourse». Tout le monde était persuadé que la société serait rachetée à un cours de 20 euros et que cette opération ne pourrait pas se faire en dessous de 23-24 euros.
«On évoque depuis longtemps le possible rachat de Guyenne et Gascogne par Carrefour. Or le grand distributeur est plutôt dans une logique de spin off de son activité discount avec Dia».

Imen Hazgui

Publié le 06 Juin 2011

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