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Marchés actions : où donc investir ?

Marchés actions : où donc investir ?

(Easybourse.com) Quand bien même le potentiel de rebond des marchés annoncé pour la fin de l'année serait d'une dizaine de pourcents, cela n'éclaire pas sur les choix d'investissement à effectuer. Actions européennes versus actions américaines ? Larges caps versus small et mid caps ? Growth versus value ? Défensives versus cycliques ? Que préférer ? Où aller ? Comment être sûr de ne pas se tromper ? Autant de questions qui amènent les investisseurs particuliers à demeurer sceptiques et à refuser, pour le moment, de retourner en force sur les marchés !

Interview de Thierry  Pauwels

Interview

Thierry Pauwels

Directeur de la gestion actions

OFI Asset Management

Les avis divergent sur la préférence à avoir entre Etats-Unis et Europe. «Pour des questions de valorisations, nous aurions tendance à préférer l’Europe», indique Sophie Chauvellier, gérante actions au sein de Dorval Finance.
«Le facteur clé aujourd'hui c’est le facteur pays», affirme Catherine Garrigues responsable de la gestion actions d’Allianz Global Investors France. «Il y a en effet une forte corrélation entre la valorisation des marchés et la dette sur PIB». Dans cette optique, le choix s’orienterait alors vers un positionnement dominant sur le Dax. «L’économie allemande est bien orientée. Les profits des entreprises devraient rester élevés», note Emmanuel Bourdeix de Natixis AM. L’indice Dax est le seul indice à enregistrer une performance positive, de 3,41%, depuis janvier.

«Compte tenu de ce qui se passe autour de la Grèce, nous aurions tendance à privilégier tactiquement les actions américaines», signale cependant le responsable de Natixis AM.

Le consensus semble de mise pour ce qui est des marchés émergents. Ces derniers sont à éviter pour le moment en raison des resserrements monétaires et des appréciations de devises qui commencent à pénaliser leur croissance et la compétitivité des entreprises.

Taille

«Nous aimons bien les mid caps en raison de leur statut de cible dans les OPA», avance Eric Turjeman d’Amundi.

«Un contexte de ralentissement de la croissance serait cependant plutôt favorable aux larges caps. Il y a une recherche de plus de sécurité», rétorque Emmanuel Bourdeix.

Pour Thierry Pauwels directeur de la gestion actions d'OFI Asset Management, cela ne fait aucun doute, il faut privilégier les larges caps contre les small et mid. «Les dividendes sont plus élevés sur les larges que sur les small et mid, ce qui est historique. Le free cash flow yield est de plus de 6% sur les larges et inférieur à 5% sur les small et mid. Les perspectives de croissance de CA pour 2011 sont supérieures pour les larges. Pourtant, on a un PE de 11 sur les larges caps, de 14 sur les small et mid. C’est une aberration. Le même constat peut être fait outre Atlantique. On ne peut pas dire que les mid américaines soient sous valorisées si l’on se réfère au Russell 2000».

Secteurs

Si Eric Turjeman veut miser aussi bien sur les cycliques que sur les défensives, Catherine Garrigues considère que le facteur primordial à considérer est le pricing power. «Ce n'est pas très intuitif de dire que l'on aime la chimie ou l'automobile. Ce sont traditionnellement des secteurs cycliques qu'il faut éviter en phase de ralentissement. Néanmoins ces secteurs n'ont pas investi depuis trois ans. Tous les capex ont été coupés depuis 2007 en raison du manque de visibilité. Ces secteurs font l'objet d'une demande abondante et disposent de ce fait d'un pricing power significatif».

Cette dernière se méfie des secteurs très domestiques, très réglementés comme les utilities ou les télécoms. «Nous n'avons que les petits acteurs dans le secteur des télécoms. Nous pensons qu'il n'y a aucun intérêt à détenir du France Télécom. Le secteur des utilities est très endetté. La faiblesse des prix de vente et les contrats d'approvisionnement de long terme ont un effet de ciseaux négatif sur les marges. Pas mal de villes veulent reprendre leurs contrats dans le traitement et l'approvisionnement d'eau».

Un secteur semble faire l’unanimité de tous, celui des bancaires.

«Si l’on veut jouer la résolution du cas grec, je pense qu’il faut aller sur le secteur bancaire. Les actions bancaires sont historiquement décotées», constate Sophie Chauvellier.

«Dans la zone euro, les banques ont un poids important. Elles sont actuellement soumises à deux importantes incertitudes : les exigences en capital liées à Bâle III, les pertes liées à une restructuration de la dette des pays périphériques, en premier lieu, la Grèce.
Si les choses s’orchestrent bien, si les hypothèques sont levées, nous pourrions voir des banques rebondir de 30-40%. Les PE sont, à ce jour, inférieurs à 5 fois les bénéfices. Les investisseurs pricent carrément une issue catastrophique alors que les dirigeants de ces institutions financières affichent une certaine sérénité
», note Eric Turjeman

«Sur le secteur bancaire, nous avons longtemps été très sous pondérés. Nous sommes, à présent, neutres pour des questions de valorisation. Nous avons conscience que les exigences en fonds propres diluent la rentabilité des capitaux. Il y a un trading range d'environ 20%. Nous sommes au bas de ce trading range», indique de son coté Catherine Garrigues.


Des investisseurs particuliers en désertion

Malgré l’optimisme des professionnels de la gestion et malgré tous les précieux conseils que ces derniers pourraient être amenés à prodiguer, la multiplication des mauvaises nouvelles n’incite pas les investisseurs particuliers à prendre des risques et à investir massivement sur les actions, «ce qui est dommage parce que les points d’entrée sont très intéressants», fait remarquer Eric Turjeman.

Cela fait dix ans que les particuliers ont été un peu échaudés. Le Cac 40 a gagné 0% entre mai 2001 et mai 2011 avec, entre temps, deux grands chocs (-60% au moment de l’éclatement de la bulle Internet et -55% lors de la crise de 2008). Cela a amené les investisseurs particuliers à considérer que la classe d’actifs faisait porter un risque intolérable.

Pour Catherine Garrigues, du recul doit cependant être pris vis-à-vis de ce constat. «Il y a dix ans le marché valait 25 fois les résultats. Aujourd'hui il vaut à peine 10 fois les résultats de l'année prochaine.
Entre 1995 et 2000, le marché est monté entre 30 et 40% par an, pendant cinq années consécutives. On n'avait jamais vu cela, Ce n'était pas normal. Un marché monte de 30% seulement après une année de forte baisse. La croissance normale est de 5-10%. Elle suit la croissance naturelle normale des bénéfices (1,5-2% de PNB, 2% d'inflation, 3% de gains de productivité). Les flux étaient hallucinants. On pouvait avoir jusqu'à 100 millions de francs de souscription par jour. On achetait 500 millions le lundi matin en disant qu'on allait avoir 100 millions par jour pendant la semaine. Cette époque est révolue. Nous sommes aujourd'hui sur des anticipations très rationnelles, prudentes
», développe la responsable d’Allianz.

«Le cœur ne va pas y être tout de suite. Il n’y a aucune raison pour cela», admet cependant avec dépit Eric Turjeman. Pour ce dernier, même si le Cac 40 se situe à 4200 points en décembre, cela ne suffira pas. La suspicion d’une baisse empêchera les investisseurs de revenir. D’autant plus que l’endettement des pays, qui constitue une crainte pour l’avenir, ne va pas disparaitre du jour au lendemain.

Le cœur y sera lorsque les indices auront rebondi fortement et seront élevés pendant un certain temps. «Les investisseurs particuliers viennent surtout lorsque les marchés sont bien montés», signale Sophie Chauvellier.
Pour Thierry Pauwels, seul «un Cac qui reviendrait vers les 5000, pendant plusieurs mois pourrait pousser à des comportements moutonniers».

Des engagements politiques pourraient également aider. Il faudrait plus d’incitations. «Il suffirait de pas grand-chose. On pourrait par exemple obliger qu’une partie de la participation à l’intéressement soit réinvestie dans les actions de l’entreprise. Cependant, parce qu’aujourd’hui l’Etat a besoin de financement, il n’est pas forcément pressé d’agir dans ce sens», admet Thierry Pauwels.

«En tout cas, on n’en prend pas le chemin. On veut au contraire taxer de plus en plus, notamment les plus values latentes sur le PEA», constate avec désillusion Catherine Garrigues.



Imen Hazgui

Publié le 21 Juin 2011

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