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Même les gérants de hedge funds ne peuvent pas faire de miracle

Même les gérants de hedge funds ne peuvent pas faire de miracle

(Easybourse.com) La performance délivrée par l'industrie des hedge funds est décevante en cette première partie d'année, autour de 0. En cause, l'environnement de marché dominé par le politique et rythmé par des évènements exogènes imprévisibles.

Eh oui, dans ce contexte macroéconomique et financier compliqué, même les super gérants des hedge funds ont été pris au dépourvu. Tremblement de terre, tsunami et incident nucléaire au Japon, tensions géopolitiques grandissantes dans le monde arabe, crise de la dette souveraine de part et d’autre de l’Atlantique…
La boussole ne fonctionnant plus convenablement, nombreux sont les gérants qui se sont égarés dans leur quête vers la performance. «Au-delà du caractère imprévisible des décisions -plan de sauvetage pour la Grèce, réserves stratégiques pétrolières puisées par l’Agence internationale de l’énergie- les gérants de hedge funds se sont retrouvés face à une absence totale de point de référence. Ils ont dû naviguer dans des eaux inconnues un peu à l’aveuglette» commente Nicolas Campiche, gérant de fonds de fonds alternatifs chez Pictet.

Les stratégies qui ont eu le plus de peine sont celles consistant à exploiter les grandes tendances macroéconomiques, autrement dit les stratégies global macro, et les stratégies CTA (gérants systématiques qui identifient des tendances avec des modèles quantitatifs, par exemple la tendance de l’euro à 3 mois, et investissent par le biais de futurs). «Si ces gérants ont su démontrer qu’ils constituaient la meilleure assurance contre le risque systémique du fait d’un investissement dans des actifs très liquides, ils ont cependant été mis à mal ces six premiers mois de l’année par des paris qui ont été contredits par l’environnement dominant» signale Nicolas Campiche.

Ainsi, sans citer son nom pour des raisons de confidentialité, l’expert fait état d’un fonds global macro lancé en 2000, ayant 2 milliards de dollars d’actifs sous gestion, qui se retrouve à vivre en 2011 une année extrêmement difficile alors qu’il a réalisé 12% de croissance en 2008. «Ce gérant a adopté un scénario de retour à la croissance. Il s’est positionné long sur les actions américaines, les ressources naturelles par le biais de l’indice CMBX, l’or, des instruments dérivés. Il a par ailleurs couvert ses paris directionnels en étant long sur les obligations». Résultat des courses, ce hedge fund enregistre une contre-performance de 9% depuis le début de l’année. Sur le seul mois de mai, il affiche une correction de 5%. «Le renversement de tendance en mai a été si rapide et si violent que le hedge fund a été incapable de rectifier le tir, de couvrir les risques et d’éviter les pertes».

Vers une accalmie pour le second semestre


Pour la deuxième partie de l’année, l’horizon devrait s’éclaircir quelque peu. «Les hedge funds ont la particularité de pouvoir être suffisamment flexibles dans leur gestion et de pouvoir ainsi ajuster leur portefeuille de manière à limiter les dégâts dans le cas où leur scénario de base viendrait à être infirmé» indique Fabrice Cuchet, responsable de la gestion alternative de Dexia AM.

Les stratégies qui devraient tirer leur épingle du jeu devraient être les stratégies peu directionnelles, avec peu d’exposition au marché , et de la recherche fondamentale sur les sociétés, en premier lieu les stratégies event driven (stratégies à mi chemin entre actions et crédit où le gérant cherche à exploiter le cycle de vie d’une entreprise, fusions-acquisitions, restructuration, désinvestissement).

L’élément moteur de ces stratégies étant les opérations de fusions acquisitions. «Les sociétés en général et plus particulièrement les grosses sociétés qui sont en bonne forme financière, avec des bilans sains, de faibles niveaux d’endettements, ont la capacité d’investir dans de la croissance externe. Qui plus est, dans les pays développés, la croissance est faible, les sociétés ont du mal à connaitre une expansion par de la croissance organique et sont poussées à faire des acquisitions pour délivrer de la performance à leurs actionnaires. Enfin, le marché du crédit se porte plutôt bien. Les émissions primaires se poursuivent à un trend important. Ceci est un facteur favorable aux opérations de fusions-acquisitions» développe Fabrice Cuchet.

Au-delà de ces considérations fondamentales, dans le domaine du private equity, plus de 400 milliards de dollars de cash doivent être déployés dans les 18 à 24 prochains mois. «Un private equity a en principe six ans devant lui pour investir les fonds mandatés par les clients. Si à la fin des six ans, le gérant n’a pas investi le capital mis à disposition, alors l’engagement tombe. Les structures de private equity qui ont levé de fonds entre 2005 et 2007 sont sous pression pour déployer cet argent ou elles perdront les engagements et les frais. C’est ce qui explique que nous avons un regain fort d’activité depuis 12 mois. Ces structures de private equity, qui ont également vocation à se porter acquéreuses de sociétés cotées, alimenteront abondamment le marché des M&A» fait noter Nicolas Campiche.

Des aspirations qui doivent être revues à la baisse


Si rien n’est joué, -l’année dernière l’essentiel des performances s’était fait sur le dernier trimestre- il est nécessaire de remettre les pieds sur terre et de considérer la situation avec plus de pragmatisme.

«Il est illusoire d’escompter les mêmes rendements que ceux que l’on obtenu par le passé. Les taux d’intérêt sont au plancher. Ils ont un impact direct sur plusieurs stratégies de hedge funds» annonce Nicolas Campiche.

Dans le passé, les rendements des hedge funds se situaient entre 10% et 12% avec des taux d’intérêt entre 4% et 6%. Les taux d’intérêt se situent à présent autour de 1%. «Notre objectif est de générer un rendement net aux investisseurs entre 300 et 500 points au dessus du taux sans risque, ce qui donne environ du 4% net» confesse le gérant de Pictet.

Pour cela, l’investissement doit impérativement se concevoir sur le long terme. «Les hedge funds sont une stratégie dont la valeur ajoutée se décline sur une longue durée. Sur une période de 5 ans, ils ont largement surperformé les actions de 15 à 20%» souligne Nicolas Campiche. Ce n’est sans doute pas par hasard si les investisseurs les plus importants dans les hedge funds, qui dominent très largement les flux dans cette industrie, sont les fonds de pensions publics ou privés américains.

A lire également l'article : Les fonds de pension américains, des investisseurs en puissance dans les hedge funds

Imen Hazgui

Publié le 01 Juillet 2011

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