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Yen, franc suisse, dollar australien... Que choisir sur le marché des devises ?

Yen, franc suisse, dollar australien... Que choisir sur le marché des devises ?

(Easybourse.com) Crise de la dette, ralentissement de la croissance, poussée de l'inflation...les difficultés ne cessent de se multiplier, de s'accentuer, et deviennent de plus en plus laborieuses à anticiper et à appréhender. Dans cet environnement tumultueux, à côté de l'or, les investisseurs ont la possibilité de s'orienter vers le marché des devises pour parer à tout éventuel dérapage. Les options sont alors assez évidentes et relativement limitées.

Interview de James  Kwok

Interview

James Kwok

Responsable de la gestion devises

Amundi

Interview de Kit  Juckes

Interview

Kit Juckes

Responsable de la stratégie de taux

Société Générale CIB

L’euro et le dollar sont a priori à éviter. Les monnaies présentant un havre de sécurité se comptent sur les doigts d’une main. La prudence est de mise sur les devises émergentes.

Ni l’euro, ni le dollar

«C’est simple, nous n'aimons pour notre part ni le dollar ni l'euro», indique James Kwok, responsable de la gestion devises au sein d’Amundi à Londres.
«Les deux zones sont confrontées à des difficultés importantes en particulier à un marché de l'immobilier sinistré. A l'inverse de la production industrielle qui peut rebondir assez rapidement, l'activité immobilière peut prendre plusieurs années avant de redémarrer. C'est ce qui compromet la vision que l’on peut avoir sur les deux devises, indépendamment de la problématique de dette qui caractérise également les deux régions».
Les chiffres publiés mercredi par la National Association of Realtors (NAR) ont de nouveau été décevants. Les ventes de logements existants aux États-Unis ont reculé en juin, pour le troisième mois d'affilée, de 0,8% en glissement annuel à 4,77 millions d'unités. Les analystes s’attendaient, au contraire à une hausse, à environ 4,93 millions de transactions.

Le prochain semestre devrait de nouveau se caractériser par un jeu de yoyo sur les deux devises phares. «A l'instar de deux malades, dont l'état de santé est très instable, le regard des médecins est concentré tantôt sur l'un tantôt sur l'autre de manière à surveiller qu'il n'y aura pas de rechute. Le regard des investisseurs sera tantôt tourné vers l'euro, tantôt vers le dollar», commente alors James Kwok.

A présent, s’il fallait vraiment faire un choix, celui-ci tendrait vers l’euro. La devise européenne qui se situe à 1,43 dollar ce jeudi pourrait bien terminer l’année à 1,50. Tel semble être le pronostic de Kit Juckes, responsable de la stratégie de taux au sein de la Société Générale CIB, et d’Harry Sebag, analyste chez Saxo Banque.
Le différentiel de rémunération entre le taux directeur de la BCE et celui de la FED est clairement en faveur de l’euro. Il est fort probable que ce différentiel s’accentue d’ici la fin de l’année, la banque centrale européenne étant particulièrement vigilante et réactive face aux tensions inflationnistes.
«La rigueur budgétaire et la bonne santé économique de l’Allemagne, ainsi que l’importance du couple franco-allemand constituent d’autres facteurs favorables à la monnaie unique», admet Jérôme Vinerier, analyste chez IG Markets.
Les nouvelles mesures que vont devoir prochainement prendre les gouvernants pourraient permettre de consolider la confiance attribuée à la monnaie unique. «Une solution devrait être trouvée par les dirigeants européens. Cette solution devrait conduire à un arrêt de la dégradation des notations par les agences de notation. Le risque de contagion sera contenu. L’accalmie sera retrouvée sur les marchés», indique avec confiance Harry Sebag.

«Cette parité ne durera cependant pas longtemps. Toutes les mesures que proposent la France, l'Allemagne ou le FMI n'ont pas vocation à régler définitivement le problème de la dette en zone euro, mais seulement à le reporter», met en garde James Kwok.

Franc suisse, dollar canadien, yen et dollar australien : les paris gagnants

A en croire les analystes si une hiérarchie devait être faite parmi les devises des pays développés, ce serait a priori celle-ci. Beaucoup de francs suisses, pas mal de dollars canadiens, quelques yens et quelques dollars australiens. On ajouterait à cela, pour relever le tout, quelques pincées de couronnes norvégiennes, de couronnes suédoises et de dollars néo-zélandais.

Dans cet ensemble de devises, le franc suisse serait la devise qui présenterait le plus de sécurité et le dollar australien celle qui en présenterait le moins.
«Le jeu sur le dollar australien dépend en particulier de l’hypothèse selon laquelle le moteur de l’économie chinoise peut redémarrer et tirer vers le haut à nouveau les matières premières. Je ne suis pas du tout certain de la validité de cette hypothèse. Nous avons tous les jours des signes attestant de la perte de vitesse du cycle économique dans l’Empire du milieu. Qui plus est, l’économie australienne connait elle-même un essoufflement. La banque centrale a vocation à arrêter un temps le relèvement de son taux directeur. Enfin, le dollar australien est la devise qui a le plus performé depuis deux ans. Depuis le début de l’année 2009, le dollar australien a gagné 50% contre le dollar américain et 45% contre l’euro», développe Kit Juckes .

Si le franc suisse s’est apprécié de plus de 30% depuis le début de l’année, pour autant son ascension est loin d’être terminée. «Le franc suisse est la devise refuge par excellence», précise Harry Sebag. «Aucun signe indiquerait un retournement à court ou moyen terme», conforte Jérôme Vinerier.
Une opinion partagée par Kit Juckes : «Je pense que le franc suisse a la possibilité de rester à un niveau très élevé pendant encore longtemps avant qu’un effet négatif puisse être ressenti au niveau de l’économie suisse. Les produits suisses sont des produits immensément populaires notamment dans les riches pays du Moyen Orient. Ce sont pour la plupart des produits de luxe à grande valeur ajoutée. Si le coût de fabrication d’une montre suisse ou d’une voiture suisse s’apprécie mais que la montre ou la voiture est revendue plus cher, alors les fabricants suisses ne souffrent pas la cherté de leur monnaie. La Suisse repose, en outre, sur un système banquier très solide. On observe un véritable deleveraging des banques suisses qui joue en faveur de la devise domestique».
James Kwok rejoint cette position à une nuance près. «Le franc suisse est très exposé à la zone euro. Si la situation venait à se dégrader davantage, si l'Italie était par exemple plus attaquée, et que l’effet de contagion se propageait à la France et à l’Allemagne, alors le franc suisse perdrait de son statut de ‘safe haven’. Le coté ‘safe haven’ du franc suisse dépend beaucoup de l'évolution de la situation dans la zone euro dans la mesure où la Suisse se situe au centre de l'Europe continentale».
C’est la raison pour laquelle, selon Harry Sebag, «toute position longue sur ces devises refuge est à éviter»

Un tri rigoureux à faire dans les devises émergentes

Le won coréen, le dollar de Singapour seraient les devises les plus intéressantes, du fait d’une moindre volatilité et de leur adossement à des économies en forte croissance.
«Une politique est menée pour faire de Singapour la Suisse de l’Asie», remarque James Kwok.
L’appréciation du won coréen devrait toutefois être limitée. Les autorités affichent effectivement une volonté de borner cette appréciation pour ne pas nuire aux sociétés exportatrices coréennes. «Il est assez intéressant de constater que la valeur du won coréen est plus faible que celle qui prévalait avant la crise. Or, en termes de PIB, de taux de croissance des exportations, ou de production industrielle, la dynamique de la Corée du Sud est beaucoup plus forte qu’en 2007», constate James Kwok.
Beaucoup de potentiel est également à escompter dans les devises des pays d’Europe de l’est à condition de parvenir à résoudre la crise en Europe.

A l’inverse, les devises qui présentent le plus de risque sont la lire turque qui est susceptible d’être victime d’erreurs de politique et le réal brésilien qui a beaucoup monté.

Imen Hazgui

Publié le 21 Juillet 2011

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