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Pourquoi l'assurance-vie n'attire plus les épargnants ?

Pourquoi l'assurance-vie n'attire plus les épargnants ?

(Easybourse.com) La collecte brute de l'assurance vie est en baisse de 11% depuis le début de l'année et de 6% en glissement annuel. La collecte nette, quant à elle, est en recul de 46% depuis le début de l'année. Le produit financier, habituellement présenté comme le produit 'chouchou' des français semble connaitre une certaine désaffection. Pourquoi ? Jusqu'à quand ?

Cela fait sept mois consécutifs que le rythme de la collecte des produits d’assurance-vie est en perte de vitesse. «Il faut tenir compte de ce qui s’est passé en 2010. Le premier semestre 2010 a enregistré une collecte de cotisations record. Nous avons donc un effet de base important» commence par expliquer Hervé Bouclier, directeur général d’ACMN Vie.

Ceci étant, certains facteurs auront conduit les ménages français à être beaucoup plus prudents dans leur allocation d’actifs vers ces produits.

Tout d’abord, les incertitudes fiscales qui se sont accentuées depuis le début de l’année auront fortement pesé. L’ensemble des experts sont unanimes à ce sujet.
«Il a été évoqué un certain nombre de modifications depuis janvier en compensation de la suppression éventuelle, puis de la baisse avérée du barème de l’ISF. Au moment où la situation commençait à être clarifiée, un amendement a été adopté par la commission mixte parlementaire fin juin pour créer un nouveau taux applicables aux contrats d’assurance décès d’un montant supérieur à 903 000 euros» signale Hervé Bouclier.
Ces tergiversations auront contribué à conforter le comportement attentiste des assurés pour connaitre quelle sera le devenir fiscale de l’assurance-vie «dès lors que l’on vient à changer les règles du jeu en cours de route, cela inquiète» indique Jérôme Cornu, directeur des études et statistiques à la Fédération française des sociétés d’assurances.

Cette attentisme a été d’autant plus amplifiée par une forte concurrence des autres produits d’épargne, en tête desquels le livret A. «Les taux étant ce qu’ils sont, la rémunération de ces produits a été bien supérieure à celle de l’année dernière. Dans le même temps, les rendements de l’assurance vie ont baissé» signale Jérôme Cornu.

Les volumes de comptes à terme de plus de deux ans affichent une croissance spectaculaire à deux chiffres.

«On remarque à travers les statistiques et à travers nos réseaux de distribution une collecte positive sur le livret A depuis le début de l’année, un peu plus de 10 milliards d’euros» note Gilles Benoist, directeur général de CNP Assurances.

Pour certains observateurs, la crainte liée à l’exposition des compagnies d’assurances et des produits eux- même à la dette des pays périphériques aurait également dissuadé les épargnants à s’orienter vers les contrats d’assurance vie. « Toutes les compagnies d’assurances détiennent ces titres d’emprunt pour leur compte propre et à l’intérieur des contrats d’assurance-vie. Elles vont devoir faire des provisions là-dessus, ce qui ne va pas entrainer de pertes en capital mais ce qui va une fois de plus diminuer la rentabilité des contrats d’assurance vie en 2011» déclare Jean-François Gilles, associé gérant du fonds d’actions européennes FCP PEA.

Enfin, les enquêtes de comportement révèlent qu’un très grand nombre de clients, bien supérieur à d’habitude, ont puisé dans leur contrats d’assurances vie en procédant à un rachat partiel parce qu’ils avaient besoin d’argent pour consommer. «Un certain nombre d’épargnants ont dû puiser dans leur contrat d’assurance vie pour survivre » constate alors Gilles Benoist.
Rien de très étonnant lorsque l’on sait qu’après quatre mois d'embellie en début d'année le marché du travail s’est à nouveau dégradé en juin. Le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A s'affiche en hausse de 1,3% (33.600 personnes) par rapport au mois précédent et de 1,5% sur un an.

Un deuxième semestre qui n’est guère appréhendé avec beaucoup d’optimisme

Les facteurs négatifs qui ont joué au cours du premier semestre perdureront au cours du second semestre.
Les incertitudes entourant le sort fiscal réservé à l’assurance vie ont récemment été ravivées par l’annonce du gouvernement de son intention de puiser davantage dans les niches fiscales pour combler le déficit du pays.
Les interrogations des épargnants demeureront d’autant plus si l’on tient compte du fait que l’on s’inscrit dans une période pré électorale. «Les assurés auront tendance à vouloir être fixés sur les orientations de la nouvelle équipe qui sortira de ces élections» alerte Hervé Bouclier.

Le vif intérêt pour les produits d’épargne du fait d’une meilleure rémunération devrait surtout demeurer consécutivement à l’augmentation du taux du livret A à 2,25% au mois de juillet dernier.

L’ombre de la crise de la dette européenne continuera à planer. «L’élément 'confiance' est un élément crucial pour un placement long. Les craintes liées à cette crise auront tendance à influer sur le choix de l’assureur. Cela conduira pour les assurés à faire une analyse plus fine de la solvabilité à moyen et long terme de l’assureur qu’ils choisiront» développe le directeur général d’ACMN Vie.

Et à cela, il faudra ajouter, les doutes entourant les contraintes réglementaires auxquelles seront assujetties les compagnies d’assurances. «En termes d’orientation de l’épargne, la méconnaissance à l’heure actuelle de la totalité des nouvelles règles qui seront finalement retenues dans le cadre de la réforme Solvency II ne favorise pas les choses pour prendre et orienter des décisions de collecte. Le timing annoncé pour avoir une visibilité globale de la situation est le premier semestre 2012. Les premières nouvelles devraient parvenir en janvier 2012 » précise Hervé Bouclier.

Dans ces circonstances, pour tous les acteurs interrogés, aucun inversement de tendance n’est à prévoir.

La FFSA table sur un chiffre concernant la collecte brute compris entre -6 et -2% à la fin de l’année. Ce chiffre rendant compte essentiellement d’un effet de base. «L’année dernière, le deuxième semestre 2010 n’avait déjà pas été très performant. Dès lors que l’on fait référence à une période moins bonne, on peut penser que le deuxième semestre sera meilleur en termes d’évolution que le premier» commente Jérôme Cornu.

Pour Gilles Besnoit, les prévisions de la Fédération paraissent bien optimistes. «Je suis plus pessimiste sur l’atterrissage de l’activité dans le pays en décembre. Je vois la fin de l’année moins bonne».

L’arbitrage devrait se faire en faveur de produits proposant une forte diversification pour une meilleure répartition des risques.

Imen Hazgui

Publié le 01 Août 2011

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