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Agences de notation: ce qu'il faut savoir

Agences de notation: ce qu'il faut savoir

(Easybourse.com) Dans le collimateur de nombreux commentateurs, les agences de notation sont accusées d'amplifier la crise financière en dégradant la note des Etats. Leur objectif avoué est pourtant l'estimation de la santé des entreprises, mais aussi des Etats, pour aider les investisseurs à placer au mieux leur argent. Retrouvez dans ce dossier en plusieurs volets, tout ce qu'il faut savoir sur les agences de notation....

Un peu d'histoire

Née aux Etats-Unis au début du 20e siècle, la notation financière s'est rapidement développée grâce à l'évolution du marché américain et en particulier du marché obligataire. Avec la modernisation de la place, la création de nouveaux instruments financiers, l'ouverture des marchés domestiques aux investisseurs étrangers, il est en effet apparu essentiel d'informer toujours mieux les investisseurs afin de les protéger des risques d'insolvabilité. L'histoire des agences de notation ou de "rating" se confondant d'ailleurs, à ses tous débuts, avec celle des sociétés d'analyse financière de crédit.

La notation financière s'est rapidement développée grâce à l'évolution du marché américain

C'est en 1909 que John Moody fonda la toute première agence de notation, la Moody's Investors Services Incorporation, dont le but était la vente de compilations d'informations statistiques décrivant l'activité d'une société donnée. Ce n'est que plus tard qu'elle introduisit les symboles de son échelle de notation, les fameux "triple A to C", qui devaient rester célèbres jusqu'à aujourd'hui.

Il faudra toutefois attendre jusque dans les années 1970 pour que la notation financière s'impose véritablement aux Etats-Unis, lorsque la première entreprise de transport ferroviaire américaine, la Penn Central Transportation Company, créa la surprise en faisant faillite brusquement.

Jusqu'à cette date en effet, la notation s'intéressait essentiellement aux dettes long terme, donc les obligations. Mais au cours de la décennie, le "rating" s'étendit également aux titres à court terme. Or la faillite de la Penn Central Transportation Company, qui avait émis 80 millions de dollars de ces titres avec la meilleure note, démontra de fait la nécessité d'une meilleure information même sur le marché des créances à court terme.

Loin de la remettre en question, cette affaire renforça au contraire la légitimité des agences de notation ainsi que les exigences des investisseurs. Désormais, la notoriété et la taille d'un émetteur n'étaient plus les seuls critères fondant les choix d'investissement.

Par la suite, la pratique de la notation financière s'est largement répandue dans le reste du monde, avec l'implantation de Standard & Poor's et Moody's sur les marchés étrangers -dès les années 1970- et la création d'agences nationales, de taille et d'influence bien plus modeste cependant.

Méthodologie

A l'origine, la notation financière s'est développée comme un contrepoids aux effets de la libéralisation des marchés. C'est ce qui explique plus généralement pourquoi les différentes autorités de contrôle, notamment françaises, ont milité en sa faveur, dans l'optique de rendre les marchés plus transparents.

La traduction du terme "rating" est "évaluation" bien qu'en France, l'Association Française des Banques préfèrent retenir le mot "notation", dans la mesure où

La notation financière s'est développée comme un contrepoids aux effets de la libéralisation des marchés

les agences fournissent, au-delà d'une "évaluation", une note. Autrement dit, le rating correspond au processus d'évaluation du risque lié à un titre de créance, dont le résultat final est une note permettant de classer le titre.

En résumé, les critères sur lesquels se fondent la notation concernent :
-pour les entreprises: les critères comptables, de gestion, l'analyse des risques, les perspectives économiques (état du marché: part, saturation, international ou local, croissance, etc. ?)
-pour les Etats: la situation économique, la situation politique générale, la politique monétaire et budgétaire

Il s'agit en somme d'un mix entre données de gestion et données purement comptables. A ceci près que les analystes d'agences ont accès à des informations privilégiées transmises par leur client émetteur.

Critiques

Cet accès à des informations stratégiques constitue l'une des principales critiques à l'encontre des agences, dont les notes peuvent avoir un impact très lourd sur les marchés.

En outre, l'une des particularités attachées au fonctionnement des ces agences de rating -largement dénoncée depuis le début de la crise économique et financière- tient à la relation entretenue avec leur clientèle. Les agences de notation, censées être parfaitement indépendantes, se chargent en effet, contre rémunération et à la demande des emprunteurs (entreprises privées ou publiques, Etats etc.), de mesurer précisément leur risque de non remboursement des dettes. C'est cette ambigüité qui jette également une ombre sur l'objectivité de ces agences, bien que des notations "sauvages", donc faites sans la demande de l'émetteur, existent aussi.

Il ne faut pas trop croire ce qu’elles disent, même si elles ont leur utilité Dominique Strauss-Kahn

Quant à la typologie des notations possibles, elle s'avère bien plus riche qu'on ne pourrait l'imaginer: il y a ainsi la notation traditionnelle et de référence, la notation sauvage, la notation interne et externe, la notation d'opération, la notation en devises étrangères et la notation souveraine.

Cette dernière est d'ailleurs actuellement sous le feu des critiques qui l'accusent d'amplifier la crise financière en dégradant la note des Etats. D'un point de vue méthodologique en effet, les Etats, à l'instar des sociétés, peuvent être notés financièrement. Mais cela impose un certain nombre de particularités dans l'analyse, notamment prendre en compte l'impact des recettes fiscales sur la capacité de remboursement.

Au-delà, la notation souveraine a pour objectif de constituer un plafond servant de référence à la notation des entreprises résidentes.

Reste que les agences de rating insistent sur le fait que leurs notes ne sont que des "opinions", elles ne garantissent donc rien à personne. Elles peuvent de ce fait se tromper sans pour autant être tenues responsables de rien. D'où les

Je crois qu'il y a un certain nombre de règles qui vont devoir être fixées et rappelées parce qu'on ne dégrade pas la notation d'un pays 15 minutes avant la clôture pour précipiter des achats ou des ventes dans des conditions hâtives et déplorables pour la solidité des marchés Christine Lagarde

remises en question sur leur fiabilité, leur indépendance et leur sérieux face à l'accroissement de leur influence, notamment sur les facilités de financements et donc la croissance des entreprises voire aujourd'hui, des Etats.

Des voix s'élèvent d'ailleurs (voir encadrés) de plus en plus et dénoncent les insuffisances méthodologiques du processus de notation ainsi que le manque de contrôle de leurs activités. En face, les agences de rating rappellent le caractère subjectif de leurs notes et se montrent favorables à un code de bonne conduite afin de conserver la crédibilité qui reste in fine l'un des principaux piliers de leur activité.
NS

Publié le 12 Août 2011

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