Espace Financières - News, articles, interviews et dossiers

Banques : comment l'Europe veut rassurer les marchés

Banques : comment l'Europe veut rassurer les marchés

(Easybourse.com) En imposant aux établissements bancaires d'augmenter leurs fonds propres, les dirigeants européens espèrent à la fois rassurer les marchés et amortir le choc d'un défaut grec. Les banques, elles, craignent de diluer un peu plus leur actionnariat et réclament du temps pour se recapitaliser. Un compromis doit être trouvé d'ici dimanche prochain, dont dépendra peut-être l'avenir de la zone euro.

Lire aussi: Pourquoi et comment recapitaliser les banques ?


C’est le grand sujet du moment. La recapitalisation des établissements bancaires est la prochaine étape du plan européen de sortie de crise, si l’on en croit les dirigeants de l’Union économique et monétaire. Successivement, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso ont appelé à un plan « coordonné » de recapitalisations qui doit être acté lors du prochain Conseil européen le 23 octobre. Cette perspective a soutenu le rebond des valeurs bancaires, qui ont repris au cours des dernières semaines une partie du terrain perdu cet été, au plus fort de la crise boursière. Toutefois, de fortes incertitudes demeurent sur l’ampleur et sur les modalités de ces recapitalisations : quels seront les établissements concernés ? Où trouveront-ils les capitaux nécessaires ? Avec quelles conséquences sur leurs activités ?

Dans un premier temps, le bilan des banques va être réévalué afin de prendre en compte les pertes potentielles sur la dette des pays en difficulté (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne, Italie). C’est l’objet des ‘stress tests’ en cours sur les 91 établissements déjà examinés cet été et en 2010. Parmi eux figurent les français BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale, ainsi que les principaux établissements de chacun des pays de l’Union européenne. Pour réussir le test, les banques devront atteindre un niveau de fonds propres « durs » de 9%, soit beaucoup plus que ce qui était exigé jusqu’à présent (5%).

Des besoins estimés à 300 milliards d’euros


«Après l’exercice de réévaluation [dont les résultats doivent être publiés vendredi, ndlr], les banques qui auront besoin de capital, auraient une période de 6 à 9 mois pour se recapitaliser. Dans l’intervalle, celles-ci ne devront pas verser de dividendes ni de bonus. Les banques devront d’abord essayer de lever du capital sur le marché, si elles n’y arrivent pas, alors le gouvernement devrait les recapitaliser. Si cette option n’est pas possible, alors les banques seront indirectement recapitalisées par le FESF», explique Natixis dans une note consacrée au sujet des recapitalisations.

De fait, un nombre important de banques devrait échouer à ces stress tests. Une étude de Goldman Sachs publiée vendredi évoque un besoin en capital de près de 300 milliards d'euros pour 68 banques sur 91 qui ne passeraient pas la rampe. Lors des précédents tests publiés en juillet, seules huit banques avaient échoué. Selon Goldman Sachs, les besoins les plus importants de capitaux concerneraient les établissements grecs et chypriotes (65 milliards pour les deux pays), espagnols (58 milliards), allemands (43 milliards) et français (40 milliards). Parmi ces derniers, le plus loin du compte serait BNP Paribas (13 milliards de besoin de fonds propres) devant Société Générale (11,6 milliards) et BPCE (10,5 milliards). Sur un échantillon plus modeste d’une vingtaine d’établissements, Natixis a calculé un besoin de capital de 49 milliards d’euros. «Seules BNP, BBVA (banque espagnole) et le groupe Crédit Agricole n’auraient pas besoin d’être recapitalisées», précise le bureau d’études.

Les banques contre-attaquent

Face à la pression des responsables politiques, les banques rappellent que l'inquiétude des marchés a pour origine la situation des finances publiques de certains pays de la zone euro, et pas celle des banques européennes elles-mêmes. En outre, les établissements français ont déjà augmenté leurs fonds propres de 50 milliards d'euros au cours des deux dernières années, et ce «grâce à la mise en réserve de leurs bénéfices et à l'évolution de leur modèle d'activité», selon la Fédération bancaire française (FBF). BNP Paribas et Société Générale ont récemment annoncé des plans de cessions d’actifs visant à réduire la taille de leur bilan, ce qui contribuera également à l’amélioration de leur ratio de fonds propres. L’objectif étant d’éviter toute recapitalisation «forcée», qui passerait par une augmentation de capital préjudiciable aux actionnaires, ou une injection de fonds publics qui ferait passer ces établissements sous la coupe de l’Etat.

Pour Michel Juvet, directeur de la recherche à la banque privée Bordier et Cie, «demander à l’ensemble des banques de se recapitaliser maintenant est une erreur politique». Citant l’exemple américain où cette décision aurait conduit à un effondrement du crédit en 2009, il plaide pour une recapitalisation «à long terme» qui ne pénalise pas le financement de l’économie. A défaut, «les banques préfèreront réduire la taille de leurs actifs, notamment leurs crédits à l’économie, plutôt que d’aller chercher de nouveaux fonds propres», précise-t-il. Par ailleurs, trouver 300 milliards d’euros sur les marchés en ce moment n’est pas une mince affaire. Il est donc probable que les conditions de recapitalisation soient assouplies d’ici dimanche, afin d’éviter que le remède soit pire que le mal.

Lire aussi: Pourquoi et comment recapitaliser les banques ?


François Schott

Publié le 17 Octobre 2011

OK, tout accepter
Fermer