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BCE : un super Mario salué unanimement par le marché

BCE : un super Mario salué unanimement par le marché

(Easybourse.com) Jeudi, Mario Draghi, le nouveau gouverneur de la Banque centrale européen, surnommé par certains intervenants de marché «Super Mario » a su non seulement se montrer à la hauteur des attentes mais a même dépassé certaines espérances notamment en ce qui concerne l'évolution du taux directeur.

Mario Draghi a su s’inscrire dans le sillage de son prédécesseur Jean Claude Trichet. Ce dernier avait évoqué la probable nécessité de procéder à un abaissement des taux. Les indicateurs depuis lors n’ont fait que s’aggraver et justifier la décision. «La BCE commence à comprendre ce qui vient de se passer. La BCE arrête de jouer contre son camp» ont ainsi commenté un certain nombre d’experts.

Baisse surprise du taux directeur


Mario Draghi a annoncé jeudi l’abaissement du taux directeur de la BCE de 25 points de base le ramenant à 1,25% après une hausse de 50 points de base en début d’année. Cette décision prise à l’unanimité a surpris quasiment tout le monde. Certes une tendance baissière de ce taux était anticipée mais pas dans un tel timing.

Mario Draghi a alors justifié cette baisse par la dégradation de l’environnement macroéconomique. C’est la première fois qu’un lien aussi immédiat est fait entre la conjoncture et la conduite de la politique monétaire. La BCE a décidé d’attaquer du fait gravité situation.

L’essoufflement de la croissance dans la zone euro laisse percevoir un fléchissement du taux d’inflation en 2012 en dessous de la barre de 2%. «Des révisions à la baisse des prévisions 2012 sont fort probables. Les pressions négatives sur les prix, coûts et salaires devraient s’en faire ressentir», indique Mario Draghi.
Parmi les principales causes mentionnées de ce ralentissement figurent la contraction de la demande mondiale, l’impact négatif des conditions d’emprunt des Etats et les nécessaires mesures d’austérité qui seront prise pour y remédier.

Les bienfaits de cette baisse de taux sont au moins de deux ordres. Par son effet d’annonce, la BCE a montré qu’elle était prête à intervenir pour soutenir la croissance. L’écart de taux avec le taux de la Réserve fédérale américaine étant réduit, l’intérêt pour les opérations de carry trade contribuant à la force de l’euro s’en trouve amoindri.
Cependant, la bouffée d’oxygène ne sera pas suffisante pour soutenir comme il se doit l’économie. «On a gagné une bataille mais pas la guerre» avance l'économiste Marc Touati. La BCE a agi timidement pour se laisser une marge de manœuvre et montrer qu’elle ne panique pas. «Cependant il faudra tôt ou tard aller plus loin». L’économiste conseille alors un abaissement total de 75 points de base, soit 50 points de base supplémentaire pour un réel impact économique. Sachant par ailleurs qu’il faut un minimum de 6 mois avant que la baisse des taux ne produise son effet sur l’activité.

Ainsi pour beaucoup cette baisse de 0,25% n’est que le premier signe d’un changement de cap. Le mouvement de fond de renouvellement des membres du directoire devrait contribuer à permettre à l’institution monétaire de poursuivre son virage pragmatique.

La BCE ne joue pas le rôle de prêteur en dernier ressort

Parmi les autres sujets évoqués par Mario Draghi, nous trouvons les prêts accordés aux établissements bancaires, le programme de rachat des titres de dette des pays en difficulté et la conduite par les gouvernements européens de leur politique économique et budgétaire.

La BCE s’efforcera de continuer à accorder la liquidité nécessaire aux banques commerciales. «La taille des institutions financières et des bilans n’ayant pas cru, la BCE est en mesure de fournir plus facilement la liquidité nécessaire pour réduire les effets négatifs liés aux tensions sur le marché financier» déclare Mario Draghi.

Pour ce qui est du rachat des obligations souveraines, notamment de l’Italie et de l’Espagne, la question de la poursuite du programme de la BCE a été soulevée par les journalistes à différentes reprises. Jusqu’ou ? Jusqu’à quand ?
Mario Draghi a gardé la ligne jusqu’ici suivie par Jean Claude Trichet. La BCE n’a pas pour ambition de jouer le rôle de prêteur en dernier ressort au sein de la zone euro quand bien même les opérations de rachat continuent. «Le programme a vocation à être temporaire, limité, justifié par le fait qu’il faut rétablir le fonctionnement des canaux de transmission de la politique monétaire. Nous voulons que notre politique monétaire fonctionne».

Interrogé sur le cas italien et sur le maintien à du taux de refinancement de la péninsule à un niveau supérieur à 6% malgré les opérations de rachat, Mario Draghi s’est montré on ne peut plus clair. Le maintien de bonnes conditions de refinancement sur le marché dépend étroitement de la politique économique nationale qui est suivie. «Longtemps les écarts de taux entre obligations souveraines étaient limités et ne reflétaient pas les différentes réalités des pays de par leur situation économique, leurs finances publiques, leur croissance, leur compétitivité. Fin 2007, l’aversion au risque a été grandissante. En conséquence, une explosion des spreads des souverains s’est dessinée».
Il est vain de penser que les taux des emprunts souverains pourraient baisser du fait d’une intervention extérieure.

Aussi, le message a plusieurs fois été martelé aux gouvernements européens de faire le ménage dans leurs finances publiques, de prendre les mesures structurelles pour renforcer leur compétitivité et leur croissance. «Tous les gouvernements doivent afficher leur détermination à maintenir la qualité de leur signature par une mise en œuvre des mesures nécessaires pleine et rapide. Les réformes structurelles de fond doivent être accélérées pour apporter compétitivité, souplesse, flexibilité».
Le gouverneur de la BCE pense ainsi qu’une réforme du marché du travail est essentielle pour relancer la croissance. Une modération en termes de dividendes et de salaires est indispensable. Certains professions fermées et services offerts par le public doivent être libéralisés.

Imen Hazgui

Publié le 04 Novembre 2011

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