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Renforcer le financement de l'économie par l'actionnariat individuel

Renforcer le financement de l'économie par l'actionnariat individuel

(Easybourse.com) Les indices boursiers semblent avoir perdu leurs repères, avec de fortes baisses et des niveaux de cours de certaines entreprises inférieurs à leur valeur d'actifs. La toile de fond macroéconomique ne cesse de se dégrader et la crise de la dette de s'accentuer. Dans cet environnement, les particuliers ne sont pas encouragés à boursicoter. Pourtant, parallèlement, les entreprises continuent à se développer, et à avoir besoin de se financer pour pouvoir gagner des parts de marché dans la compétition mondiale. Alors comment faire pour les inciter à revenir sur le marché? Une question à laquelle ont tenté de répondre trois experts à la quatorzième édition du Salon Actionaria ce vendredi matin.

D’après une récente étude menée par Opinionway, 90% des actionnaires individuels considèrent l’investissement en actions comme un acte utile, social, profitable à l’économie du pays et donc à chacun. Confrontés à une concurrence accrue de certains professionnels en quête de profits coutermistes, et à une volatilité excessive, ces actionnaires sont en voie de désertion. Il y a lieu d’agir vite pour stopper l’hémorragie.

Un déséquilibre épargne-investissement

«Dans les quatre à cinq années qui viennent, le monde sera confronté à une compétition. Cette compétition ne fera pas référence à l’extension des capacités de production mais rendra compte d’un déséquilibre manifeste entre le montant d’épargne globale et le niveau des investissements nécessaires. Contrairement aux trente dernières années, où nous avons vécu avec une épargne supérieure à l’investissement nécessaire, ce qui a eu pour effet de favoriser la transmission entre le monde émergent et le monde développé, le montant de l’épargne globale a vocation à se retrouver insuffisant» indique Jean Hervé Lorenzi, président du Cercle des Economistes.

Les causes de ce déséquilibre sont diverses : l’évolution du mode de fonctionnement des pays émergents notamment du fait de la montée en puissance de la consommation interne ; la multiplication des travaux d’infrastructures en raison de l’accès de centaines de millions de personnes à des standards de vie occidentaux ; la nécessaire reconstruction par les pays occidentaux des systèmes productifs afin de développer leurs activités, et d'améliorer le marché de l’emploi.
Cet état des lieux devrait avoir des conséquences inévitables. En premier lieu les taux d’intérêt devraient remonter. «Parce qu’ils finissent toujours par se coller à la logique épargne-investissement, le basculement se fera forcément» précise M Lorenzi. En second lieu, une « bagarre » devrait se dessiner entre les Etats pour faire face à ces besoins en investissements. «Plus nous tarderons à créer cette capacité d’épargne de long terme, plus nous prendrons du retard par rapport à cette bagarre».

Parce que ni les Etats ni les systèmes bancaires ne seront en mesure d’être des pourvoyeurs de ce financement, il sera donc nécessaire, juge l’économiste, d’arriver à réorienter l’épargne vers les investissements et la production. Une manière de le faire sera d’encourager la participation actionnariale. «Nous avons en France 300 milliards d’euros d’épargne annuelle. Il faut arriver pour le coté et le non coté à pouvoir sortir 30 milliards d’euros en plus d’épargne pour l’investissement».

Renforcer le rôle de la bourse

«Tout indique que les marchés au sens large du terme doivent jouer un rôle important et se rapprocher de l’économie réelle.
70% des entreprises en France se financent par le crédit bancaire et seulement 30% par les marchés financiers alors que c’est l’inverse aux Etats-Unis» signale Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext.
Plus particulièrement les PME qui sont à l’origine de 80% des créations d’emplois sur ces 20 dernières années, se financent à 95-97% par des crédits bancaires, 2% par du private equity et 1% par le marché. «Compte tenu de la pression qu’il y a sur le crédit bancaire, on a tout intérêt à renforcer le rôle des marchés» alerte M Cerutti.

Pour le responsable de Nyse Euronext, « les bourses ont cet avantage d’incarner auprès des Etats, des entreprises, et de la société, la transparence. Il y a alors matière à en faire un moteur de l’investissement».

Du côté de l’offre, l’entrée des entreprises en bourse n’est pas chose aisée. «Des contraintes de friction et de coûts associés s’imposent. Un changement d’habitudes en matière de transparence et de bonne gouvernance est exigé pour expliquer aux actionnaires comment l’entreprise se porte et où est-ce qu’elle va. Ces contraintes sont cependant largement compensées par l’accès au financement. Les sociétés investissent plusieurs fois leur chiffre d’affaires en début de cycle et ont des besoins massifs de financement».
Les entreprises semblent l’avoir bien compris. «L’offre d’actions est supérieure à la demande. En avril 2010, nous étions parvenus à chiffrer le déficit à 300 milliards d’euros sur trois ans. Tout le monde parle de credit crunch pour les entreprises, je parlerai d’equity crunch», avance Dominique Leblanc, co-président de l’Institut Pro-Actions.

Il est donc question de compenser le gap.  Deux pistes sont évoquées. En premier lieu, améliorer l’encadrement réglementaire de la bourse de manière à la rendre plus facile d’accès. Il y a des problèmes à régler. «Nul doute qu’il y a des mécanismes très néfastes qui dirigent le marché avec une vue courtermiste. La volatilité n’est qu’un des symptômes très préoccupants. C’est un repoussoir. On ne peut pas investir sereinement en bourse ou aller lever des fonds pour une entreprise si les marchés sont aussi chaotiques et orientés très court terme. L’investissement en actions doit être un investissement de long terme. Il faut échapper à la projection court terme de ce que la volatilité impose».

Aller vers une meilleure régulation

Sur le plan technique, des travaux sont menés par les régulateurs et certains opérateurs dont NYSE Euronext pour ramener de la sagesse pour une meilleure industrie. Ces travaux visent à réduire l’opacité, la fragmentation des marchés.

Interrogé sur l’utilité d’une taxe sur le trading à haute fréquence, M Cerutti répond : «le problème du trading à haute fréquence est celui d’une exagération d’une dérive. L’arbitrage a toujours existé en bourse. Il est nécessaire en raison de la fragmentation des marchés, et il est facilité avec de la haute technologie. Les arbitragistes ne cherchent pas ainsi à spolier Pierre, Paul ou Jacques. Le trading à haute fréquence permet dans l’absolu d’assainir les marchés et d’apporter de la liquidité. C’est le fait que les acteurs qui se livrent à ce trading à haute fréquence prédominent qui est inquiétant. Ils représentent 40-50% du marché. Une biodiversité des acteurs est nécessaire pour permettre un meilleur équilibre et éviter que l’investisseur de long terme ne soit pas lésé».

L’expert en conclut qu’une taxe n’est pas nécessaire et que si elle venait à être adoptée, elle ne devrait pas être locale auquel cas elle serait dangereuse et inefficiente. «Les marchés sont globaux, les flux vont se déplacer vers d’autres plateformes». La taxe sur les transactions financières, la FTT (Financial transaction tax), apparait pour le responsable de NYSE Euronext comme une idée plus pertinente, en particulier si tous les gouvernements au sein de l’Europe décident de l’adopter.

Réformer la fiscalité

L’autre piste envisagée pour développer l’actionnariat, est une réforme de la fiscalité. «Il faut que la fiscalité favorise l’investissement», assure Hervé Lorenzi. «Utiliser le PEA me semble une très bonne idée. C’est un produit fiscal qui a été un peu perverti. Son plafond n’a pas évolué, son objet n’est pas clairement défini».

«Le PEA, instrument créé par Madame Cresson en 1992, a vu son plafond stagner à 132 000 euros depuis environ 15 ans. Par ailleurs, on fait tout et n’importe quoi avec le PEA, jouer des instruments de spéculation divers et variés, acheter un ETF qui spécule à la baisse sur les indices européens avec un effet de levier», note Dominique Leblanc.

Un amendement a été déposé par des députés pour réévaluer le plafond de 132 000 à 250 000 euros et faire en sorte que le PEA serve au financement des PME. Cet amendement a été rejeté deux fois par la commission des finances. «Il y a encore un long chemin à parcourir pour sensibiliser tout le monde. On finira par y venir car c’est l’évidence», soutient M Leblanc.
«Donner une fiscalité plus favorable à telle ou telle nature d’épargne me parait jouable», renchérit M Lorenzi.

Pour l’ensemble des experts, les particuliers ont une responsabilité à assumer pour sortir le pays de la crise dans laquelle il est embourbé.

Imen Hazgui

Publié le 18 Novembre 2011

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