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Les ETF, des produits d'investissement de plus en plus risqués ?

Les ETF, des produits d'investissement de plus en plus risqués ?

(Easybourse.com) A fin novembre, alors que la gestion d'actifs pour compte de tiers est fortement mise à mal par les aléas des marchés financiers, les ETF (Exchange-traded Fund) et autres ETP (Exchange-traded Product), ont collecté 170 milliards de dollars dans le monde. En Europe, le marché des ETF/ETP a collecté 34 milliards de dollars. La majeure partie de cette collecte a été faite par des fonds UCITS, autrement dit des fonds régulés. Un vif succès est donc au rendez vous pour ces produits. Cependant la croissance des encours s'est accompagnée d'une croissance des types d'ETF pas tout à fait maitrisée. Des risques y sont associés, au point d'amener à un débat autour de leur meilleure régulation. Nous avons souhaité en savoir davantage.

À lire dans ce dossier.

Interview de Thibaud de Cherisey

Interview

Thibaud de Cherisey

Responsable du développement européen des ETF

Invesco Asset Management

Selon l’agence de notation des fonds indépendante Morningstar, les ETF présentent quatre risques principaux pour les investisseurs particuliers : le risque de contrepartie, le risque lié à l’indice, le risque de non liquidité, le risque de sophistication, autrement dit le fait de mettre entre les mains des investisseurs particuliers des outils qu’ils ne maîtrisent pas.

Une créativité débridée


«Certains ETF ressemblent à des voitures de course mises entre les mains d’amateurs, très puissantes, qui permettent de faire de beaux exercices de style mais qui risquent également de les faire déraper et de les envoyer dans le décor» commente Frédéric Lorenzini, directeur de la recherche de Morningstar .

Certains ETF éligibles au PEA sont créés sur des indices de plus en plus étroits, sur des zones géographiques exotiques comme le marché actions égyptien ou encore des secteurs ou sous secteurs relativement atypiques. Ces ETF ne vont pas sans poser la question de leur manque de liquidité. «Ils peuvent en cela présenter des spreads importants (autrement dit l’écart entre le prix demandé et le prix proposé) de l’ordre par exemple de 3% au lieu de 0,5-0,6% et représenter un coût non négligeable in fine pour l’investisseur».

D’autres ETF sont bâtis sur des indices de stratégie, ETF inversés, ETF à effet de levier rendant possible des techniques de gestion assez sophistiquées qui restaient réservées aux professionnels il y a encore 5 ou 10 ans. «Nous pensons que ces ETF vont un peu trop loin dans l’utilisation des règles UCITS (voir l’article : ETF, vers une réglementation ad hoc ?) . Un client qui achète un ETF sur un indice classique, l’Eurostoxx 50, le S&P500, est en principe dans une logique de buy and hold, autrement dit d’investissement à long terme. Cette logique est quelque peu affectée par la nature inversée ou à effet de levier d’un ETF. C’est particulièrement flagrant dans le cas des ETF inverse : le client qui s’oriente vers ce type de produit cherche à shorter le marché sur lequel il se positionne et pas vraiment à favoriser le financement de l’économie réelle» commente Eric Wohleber, directeur général de BlackRock en France.

Les risques liés à la réplication physique et à la réplication synthétique

Il existe principalement deux méthodes de réplication de l’indice pour les ETF, la méthode dite de la réplication synthétique et la méthode de la réplication physique. Les deux présentent des risques qui leur sont spécifiques.

La méthode de réplication synthétique suppose l’achat d’un panier d’actions et l’échange avec une contrepartie de la performance du panier acheté contre la performance de l’indice suivi. L’intérêt de la réplication synthétique est de permettre la réplication de la performance d’un indice de manière plus économique que la réplication physique. C’est en cela de l’ingénierie financière. En soi, il n’y a rien de préjudiciable. Une telle technique entraîne cependant un risque systémique dans la mesure où la contrepartie est souvent une banque d’affaires qui finit par nouer un nombre de contrats très important.
«Dans certains ETF qui suivent un indice européen du type Eurostoxx 50 par le biais d’une réplication synthétique, le panier apporté en garantie est non seulement composé d’actions européennes mais aussi d’actions japonaises. De ce constat deux questions sont envisageables. Quelle est la logique de créer des produits aussi sophistiqués pour reproduire la performance de l’Eurostoxx 50 ? Est-ce que cette réplication permet aux fournisseurs d’ETF de répliquer plus économiquement ou est ce qu’elle sert juste aux banques d’affaires à recycler des titres détenus en portefeuille? Cette deuxième question devient de plus en plus lancinante. C’est un facteur de risque peu simple à appréhender pour l’investisseur» avance Frédéric Lorenzini.

Au-delà de ce premier risque lié à la composition du panier apporté en garantie, on distingue un autre risque lié à la nature même de la contrepartie. «On peut se demander pourquoi Lyxor tient à privilégier nécessairement sa maison mère Société Générale en tant que contrepartie au risque de lui imposer des contraintes tarifaires qu’elle pourrait ne pas supporter ? D’autant plus que normalement un principe de bonne gestion est de diversifier ses fournisseurs» poursuit l’expert de Morningstar.

Parallèlement au risque de contrepartie dans la réplication synthétique, on met en évidence un risque lié au prêt de titres dans le cadre de la réplication physique. Le prêt de titres est une pratique consistant pour un gérant à prêter les titres détenus par l’ETF à différents acteurs qui, en contrepartie, rémunèrent ce prêt et lui garantissent la valeur des titres empruntés via le dépôt d’un collatéral. «Ce prêt permet ainsi de toucher un petit loyer et sous-tend deux questions. Est-ce que cela rajoute un risque ? A cela, nous répondons par l’affirmatif. Si vous prêtez des titres, la personne qui les emprunte risque de faire défaut et de ne pas pouvoir les rendre» précise Frédéric Lorenzini.

Par ailleurs, habituellement, une partie de la rémunération versée pour ce prêt de titres va au fonds et une partie va à la société de gestion. «Pourquoi la rémunération ne va-t-elle pas intégralement au fonds ? Après tout, l’objectif de ce prêt de titres est normalement de servir aux mieux les intérêts des clients» s'interroge l'expert de Morningstar.

Une autre critique adressée à ces prêts réside dans le fait que qu’ils sont souvent accordés à des hedge funds qui s’en servent pour faire des ventes à découvert. «Un prêt de titres est rarement effectué à un acteur qui n’a pas besoin de shorter ces titres» note Thibaud de Cherisey, responsable du développement européen des ETF au sein d'Invesco Asset Management.

A lire également les articles suivants :

⇒ "Les cinq dangers à éviter dans le débat sur la régulation des ETF"


"Pour Patrick Artus : «les ETF ont un rôle macroéconomique substantiel à jouer»"



Imen Hazgui

Publié le 16 Décembre 2011

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