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Actions européennes : bilan 2011, perspectives 2012

Actions européennes : bilan 2011, perspectives 2012

(Easybourse.com) Le marché des actions européennes a été, contre toute attente très affecté en 2011. Le Stoxx Europe 600 affiche une correction de -8,6% sur l'année 2011, quant au MCSI Europe il enregistre une contre-performance de -8,1%. Le risque souverain a beaucoup joué sur le plan de la disparité géographique, à l'exception du cas de l'Irlande qui est le seul marché à finir l'année dans le vert. Par ailleurs, la dichotomie secteurs cycliques / secteurs défensifs a particulièrement joué son rôle, sauf pour ce qui est des services aux collectivités.

Interview de Yves  Maillot

Interview

Yves Maillot

Directeur des investissements

Robeco Gestion

Si l’année 2011 avait bien commencé sur le front des actions européennes, avec les mois de janvier et février affichant des performances positives dans la foulée du mouvement de hausse de 2010, le temps a commencé à se gâter avec les publications du mois de mars. La forte correction est ensuite intervenue à partir de la fin juillet. «La remise sur le devant de la scène du dossier grec fin juillet a eu l'effet d'effrayer les investisseurs américains sur l'exposition grecque des banques de la zone euro. Un stress en a résulté au niveau du financement de ces banques et cela a accentué le mouvement baissier sur le marché des actions européennes» explique Lionel Heurtin, gérant action Europe au sein d'OFI AM.
Résultat sur des courses : des corrections de fortes amplitudes et un marché en perte de vitesse jusqu’à la fin de l’année.

L’Irlande, figure d’exception

Le risque pays a particulièrement bien fonctionné en 2011. Parmi les Etats à avoir bien résisté, nous trouvons le Royaume-Uni avec -5% et la Suisse avec -9%. «Ce sont des marchés extérieurs à la zone euro» note Yves Maillot, directeur des investissements et de la gestion actions de Robeco Gestion.
L’Irlande fait figure d’exception dans le panorama général. Le marché des actions irlandaises est le seul marché à être dans le vert l’année dernière avec +15%. «Le pays avait été très touché les années précédentes, à la suite notamment de la nationalisation de ses banques. Ainsi l’Irlande avait fait -14% en 2010, -29% en 2007 et -71% en 2008. Nous avons donc surtout assisté à un rattrapage technique» commente Lionel Heurtin.
Parmi les pays qui ont le plus souffert, nous trouvons sans surprise la Grèce dont le marché a décliné de 62% en raison de la demande de participation volontaire des investisseurs privés à la dépréciation de la dette grecque à hauteur de 50% et de la peur de voir ce pays sortir de la zone euro. Par ailleurs l’Autriche a vu son marché reculer de 36% et la Finlande de 32%. «L’Autriche a été mise à mal en raison de l’exposition de son système bancaire à la Hongrie. La contre-performance de la Finlande s’explique en partie par une forte baisse de Nokia (-51%). Le marché finlandais compte également beaucoup de valeurs cycliques, dans la papeterie, l’aciérie et quelques valeurs financières sensibles à la conjoncture» explique le gérant d’OFI AM.
Les performances des indices France et Allemagne sont assez proches. Le MSCI Allemagne enregistre -17% et le MSCI France -17%L’Italie est à -23%. «La France n’est pas à un niveau de stress comparable à celui de l’Italie ou de l’Espagne en ce moment. Dès lors, on peut aisément comprendre qu’il n’y ait pas eu de décalage important au-delà de la composante des indices de la bourse française par rapport à la bourse allemande» souligne Yves Maillot.

Les services aux collectivités affectés par Fukushima

Les secteurs défensifs ont été favorisés par les investisseurs au détriment des valeurs des secteurs cycliques qui pâtissent d'un ralentissement économique. Les trois meilleurs secteurs de l’année 2011 sont donc la pharmacie qui a fait +10%, le matériel médical +10% et l’alimentaire +9%. Les trois plus mauvais secteurs ont été le matériel technologique (Alcatel, Nokia), avec -33%, le secteur bancaire avec -33% et les groupes financiers diversifiés avec -27%.
Le secteur des services aux collectivités est le seul secteur défensif à avoir été mis à mal en raison de l’incident de Fukushima survenu au Japon en début d’année. Le secteur enregistre une correction de -19%.

Les performances sont plus ou moins homogènes en fonction des secteurs. Dans le secteur de la pharmacie, Nobel Bioacare a perdu -37%, Actelion -36%. D’un autre côté, Elan a fait +158% et Shire +45%, Meda AB +40%. Dans le secteur bancaire, les sociétés grecques ont beaucoup corrigé. L'action de la banque du Pirée a enregistré une baisse de -87% et Alpha bank -86%. Parallèlement, l'action de Bankinter affiche une hausse de +14% et l'action de Banco de Sabadell est stable.

Quid pour 2012 ?

En ce début d’année 2012, les volumes sont encore relativement faibles. Il est alors difficile à ce stade de se faire une idée précise de ce que vont faire les investisseurs à court terme.

Ceci étant de prime abord, les valorisations des actions européennes peuvent paraître très basses. Le PE pour l’année 2012 des indices européens est d’environ 8,5%. Beaucoup de titres affichent une forte décote et semblent de ce fait bon marché.

«Ceci étant ces valorisations ne sont pas systématiquement un indicateur avancé de la performance à venir des marchés. Fin 2010, les PE semblaient déjà très dépréciés. A l’inverse, les PE des actions américaines sont a priori élevés, et pourtant elles continuent à performer » prévient Yves Maillot. Ces valorisations doivent ainsi être considérées avec d’autres paramètres pour signaler un rebond des marchés. Ce n’est qu’un élément du carburant indispensable à une véritable reprise boursière.

Pour Joffrey Ouafqa, gérant chez Convictions AM, afin d’être certain de ne pas rater le train, l’exposition sur certains pans spécifiques de la cote sont de rigueur.
L’expert a décidé de se positionner sur les sociétés liées à la consommation dans les pays émergents et aux Etats-Unis. Les valeurs du luxe peuvent alors s’inscrire dans cette thématique.
Par ailleurs, les valeurs pétrolières, en particulier les majors comme Total, Eni, Shell qui versent un dividende important, devraient constituer de bons paris pour cette année. «Le prix du baril devrait rester supérieur à 100 dollars. Il suffit que la croissance mondiale soit supérieure à 2,5% pour que la demande globale de pétrole soit en augmentation. La croissance prévue pour 2012 est de 3,5%» assure Joffrey Ouafqa.

Par ailleurs, le gérant est revenu sur le secteur bancaire. « Les opérations exceptionnelles de refinancement à long terme, de manière illimitée, à un taux avantageux, lancées par la BCE peuvent être d’importants soutiens au secteur. Ces opérations atténuent le risque de liquidité et favorisent la transformation par les banques de cette liquidité en crédits. Les résultats nets pourraient être stimulés. In fine, les banques pourraient devoir lever moins de capitaux pour respecter les contraintes de Bâle III ». Les banques françaises et italiennes seront alors à privilégier.

Imen Hazgui

Publié le 03 Janvier 2012

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