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Blé, maïs, soja, colza... miser sur les matières premières agricoles, un pari gagnant ? (1/2)

Blé, maïs, soja, colza... miser sur les matières premières agricoles, un pari gagnant ? (1/2)

(Easybourse.com) Dans cet environnement des marchés tumultueux, où des rendements significatifs sont difficiles à obtenir, les matières premières agricoles pourraient s'avérer être des actifs générateurs de plus-value. Quatre matières premières en particulier, le blé, le maïs, le soja et le colza.

Selon trois experts, Benoit Labouille, directeur général d'Offre et Demande agricole, Gautier Le Molgat, responsable du service Analyse et recherche d'Agritel et Benjamin Louvet, associé gérant chez Prim'Finance, en raison de considérations fondamentales des tensions importantes devraient se faire ressentir sur le compartiment du blé, du maïs, du soja et du colza. En cela des hausses de prix plus ou moins significatives sont à envisager sur ces quatre denrées agricoles.

Cap sur le blé


Au sein de l'Union européenne la production de blé est attendue à 138,9 millions de tonnes dont 133 millions de tonnes de blé tendre. «Nous avons révisé à la baisse notre anticipation de 6 millions de tonnes en l’espace d’un mois et demi à 126,7 millions de tonnes contre 129 millions de tonnes en 2011. Les grands pays producteurs ont été touchés par une importante vague de froid. A succédé à cela, notamment en France, un grand déficit hydrique. «Pour toute l’Europe de l’ouest, France, Allemagne, Royaume-Uni, les précipitations ont été 30 à 50% inférieures la moyenne des cinq dernières années. Le déficit hydraulique est plus prononcé que l’année dernière. Le niveau des nappes est inférieur».
«Dans l’Hexagone, le potentiel de production était initialement de 36,5 millions de tonnes. Nous tablons aujourd'hui sur une production autour de 34 millions de tonnes contre 34,7 millions en 2011» avance Gautier Le Molgat.

Au-delà de l’Hexagone, nous devrions également perdre du volume en Allemagne et dans des pays de l’est comme la Pologne ou l’Ukraine. En Pologne, quatrième pays producteur d’Europe la production est prévue à 7,2 millions de tonnes contre 9,2 millions en 2011. En Ukraine, nous sommes actuellement sur une production de 14 millions de tonnes contre 22 millions l’année dernière. Dans ce dernier pays, entre 20 et 25% des surfaces ont été détruites par le gel.
«Dans ces conditions, les stocks au niveau européen ne devraient pas être reconstitués. L’Europe ne pourra pas exporter massivement » en conclut Benoit Labouille.

Cette situation tendue en Europe ne devrait pas être compensée outre mesure par les productions de blé à l’international.

Selon l'IGC, la production de blé dans le monde, tous types confondus, à l'issue de la récolte 2012/2013 devrait baisser à 680 millions de tonnes contre 696 millions de tonnes l'année dernière malgré l’augmentation de la superficie de production de 222,9 millions d’hectares à 225,8 millions d’hectares.

Au Maroc, 2,5 millions de tonnes de production seulement ont été avancées, en raison de la forte sécheresse. Ce pays va être obligé d’importer davantage pour alimenter sa population.

Au Canada, les experts tablent sur une superficie importante. Cependant, il y a dans le pays un déficit hydraulique non négligeable. «Nous avons dans certaines régions, depuis octobre, à peine 50% des précipitations habituelles. S’il ne pleut pas dans les mois qui viennent les semis vont connaître des difficultés et les levées de culture également » constate Benoit Labouille. Qui plus est, de nombreux fermiers canadiens sont tentés de réduire leurs assolements de blé pour cultiver d’autres denrées plus lucratives comme le colza ou le soja.

La situation est relativement ambigüe aux Etats-Unis. A succédé à la chaleur une vague de précipitation somme toute suffisante. Aujourd’hui 58% des cultures de blé d’hiver sont bonnes ou excellentes. La moyenne sur cinq ans est autour de 52/53 %. En 2011, nous étions à un peu plus de 30% de bonnes cultures à cette date.
Mais il y a des risques de gelée. «Au Kansas, premier producteur de blé d’hiver, au Texas, en Arkansas, à Oklaoma, nous avons des dates de gelée du 15 avril au premier mai. Il faudra surveiller de près les prochains jours. En 2011, le même problème avait été rencontré. Au moment de la récolte, les rendements se sont avérés décevants » précise l’expert d’Offre et Demande agricole.
8% du blé de printemps à été semé jusque là.

Les fonds spéculateurs aux Etats-Unis jouent pour l’heure une baisse des prix du blé sur la bourse de référence de Chicago. Autour de 80 000 lots sont quotidiennement vendus. Mais il y a lieu de faire attention à ces positions short.
Tout d’abord, cette tendance est une tendance structurelle que l’on observe depuis 2007. Ces fonds américains vont avoir du mal à vendre davantage de blé. 17% des positions sont ouvertes. Cela va finir par avoir un impact trop important sur le marché. C’est pourquoi nous pensons qu’ils seront amenés à réduire leurs positions accélérant ainsi le mouvement de hausse du blé.

Il y a lieu de distinguer ce qui se passe sur le blé standard et sur le blé de meilleure qualité. « Les investisseurs parient à la hausse sur le blé de qualité, coté à Minneapolis ou à Paris. Le stock to use sur ce blé de qualité est faible. La production devrait être moins importante. Nous avons perdu entre 6 et 7 millions de tonnes sur ce blé en Europe à cause des récentes intempéries » observe Benjamin Louvet.

A l’heure qu’il est le blé cote sur la bourse de Chicago 6,5 dollars par boisseau. Il cotait 8 dollars par boisseau un an plus tôt et a atteint un pic de 8,65 dollars par boisseau à la fin du mois d’avril 2011.

Imen Hazgui

Publié le 10 Avril 2012