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Blé, mais, soja, colza... miser sur les matières premières agricoles, un pari gagnant ? (2/2)

Blé, mais, soja, colza... miser sur les matières premières agricoles, un pari gagnant ? (2/2)

(Easybourse.com) Dans cet environnement des marchés tumultueux, où des rendements significatifs sont difficiles à obtenir, les matières premières agricoles pourraient s'avérer être des actifs générateurs de plus-value. Quatre matières premières en particulier, le blé, le maïs, le soja et le colza.

Selon trois experts, Benoit Labouille, directeur général d'Offre et Demande agricole, Gautier Le Molgat, responsable du service Analyse et recherche d'Agritel et Benjamin Louvet, associé gérant chez Prim'Finance, en raison de considérations fondamentales des tensions importantes devraient se faire ressentir sur le compartiment du blé, du maïs, du soja et du colza. En cela des hausses de prix plus ou moins significatives sont à envisager sur ces quatre denrées agricoles.

Depuis 2009, le prix du maïs n’a cessé d’augmenter. Actuellement, la matière première vaut 6,50 dollars. Elle cotait 7,75 dollars il y a un an et a touché un plus haut de 87 dollars le 10 juin 2011.

Les fondamentaux sur le maïs se veulent tendus notamment du fait de ce qui se passe en Chine et aux Etats-Unis. Malgré l’annonce par Pékin d’une production record pour cette année avec six mois d’avance sur la récolte, les importations de maïs par la Chine devraient s’élever cette année à 9 millions de tonnes selon les communiqués des autorités américaines. «Les américains qui sont d’importants exportateurs ont tout intérêt à gonfler ce chiffre de 9 millions. La réalité se situe très probablement autour de 6 - 8 millions de tonnes, ce qui est déjà très conséquent. Le pays importait par le passé à peine 1 million de tonnes» souligne Gautier Le Molgat, responsable du service Analyse et recherche d'Agritel.
La nécessité de ces importations se fera d’autant plus ressentir qu’il existe un large écart entre le prix du maïs américain et le prix du maïs chinois. Le maïs américain cote 280 dollars alors que le maïs chinois cote 390 dollars. Entre il y a théoriquement 45 dollars de fret.

La situation étasunienne sur le mais est également relativement contrastée. Un facteur positif pour une importante production de maïs cette année aux Etats-Unis réside dans l’estimation donnée de la superficie semée. L’USDA a signalé 95, 9 millions d’acres de superficie, en augmentation de 4% par rapport à 2011. «Ce n’est là qu’une projection. Il n’est pas possible de garantir que ce chiffre de près de 96 millions d’acres soit gravé dans le marbre» avertit cependant M Le Molgat.
En outre, qui dit importante surface de production, ne dit pas importante production pour autant. «Les rendements ne sont pas gagnés d’avance. En 2011, nous avions eu des surfaces en hausse. Les rendements se sont avérés en baisse, à 147 boisseaux à l’acre (contre 164 boisseaux à l’acre en 2009). Si nous avons un rendement moyen, soit 150 boisseaux à l’acre, le stock reconstitué sera alors abondant et toutes les tensions sur le mais seront étouffées. Néanmoins si le rendement s’avère bas, alors le stock reconstitué sera faible et les tensions persisteront» explique l’expert d’Agritel.

Pour Benjamin Louvet, associé gérant chez Prim'Finance, tout porte à croire que ce rendement sera faible cette année. «En 2011 et 2010, nous avions eu un rendement en baisse deux années de suite, à respectivement 147 et 153 boisseaux à l’acre. Cela n’était pas arrivé depuis 1973 et 1974. 80% du mais semé aux Etats-Unis est du mais transgénique que l’on a développé pour qu’il résiste aux maladies et aux insectes. Le fait d’avoir deux années de suite des rendements en baisse alors que les semences sont censées être plus résistantes peut signifier que les maladies et les insectes ont développé des résistances aux semences. Fin 2011, le leader de semences, Syngenta a déclaré que dans un certain nombre d’Etats où il effectuait des tests, des insectes avaient développé des résistances aux graines. Cet aveu est quelque peu préoccupant et pousse à penser que la la tendance de baisse des rendements pourrait être difficile à inverser».

Par ailleurs, le fait que l’USDA fasse état d’une surface de production beaucoup plus importante que les années passées suppose de la part des agriculteurs américains la semence de terres qui n’étaient pas cultivées d’habitude. « Ces terres sont a priori moins adaptées aux cultures. Les rendements sur ces terres sont donc destinés à être plus faibles que la normal » remarque M Louvet.

Le soja

« La soja sera à suivre de près pour les mois à venir. Le prix pourrait sensiblement augmenter pour les opérateurs contraints à acheter la marchandise » déclare M Le Molgat. Le marché du soja est tendu sur la récolte actuelle dans l’hémisphère sud. « Nous sommes passés de 135,1 millions de tonnes à 117,6 millions de tonnes. Donc 17,5 millions de tonnes en moins, soit 13%. L’USDA est à 123,7 millions de tonnes. Le stock de soja dans le monde est quant à lui passé de 63,6 à 56,8 » signale Benoit Labouille, directeur générale d'Offre et Demande agricole.

La production américaine est, en outre, attendue similaire à cette année. «En 2011/2012, la production a été de 83 millions de tonnes. Il me paraît difficile de retrouver 90 millions de tonnes cette année ». Cette production ne sera disponible qu’en octobre, novembre. « Plus on sera amené à puiser dans les stocks pour répondre aux besoins, plus les stocks disponibles seront réduits, et plus les tensions seront exacerbées » note l’expert d’Agritel.

Pour certains, le ratio prix du maïs sur prix du soja est en faveur du soja. Le ratio évolue à 2,5/2,6. En cela les assolements américains de soja pourraient évoluer à la hausse au cours des prochaines semaines au détriment des assolements de mais... « L’évolution ne se fera qu’à la marge. Les achats de graines de mais et d’engrais azotés ont été faits. Une fois que l’engrais a été épandu sur le sol, il est difficile de semer du soja » remarque néanmoins Benjamin Louvet.

Le potentiel de hausse du soja est toutefois limité car le marché a déjà bien intégré ces tensions depuis décembre 2011. Le soja cote aujourd’hui 14,41 dollars le boisseau contre 13,85 dollars le boisseau il y a un an. Le pic atteint au cours de ces douze derniers mois a été de 14,68 dollars le boisseau le 31 août.

Le colza

Les arguments pour une hausse du prix du colza sont multiples. Les stocks sur la récolte actuelle sont bas. D’importantes incertitudes pèsent sur la récolte en Europe. 1,5 millions de production est attendu en Pologne contre 1,87 en 2011, une estimation jugée « optimiste» par M Labouille compte tenu des retours du terrain. 5,2 millions de tonnes de production est prévu en France contre 5,36 en 2011.

« L’Europe va de nouveau être dépendante des importations » affirme le responsable d’ODA. 3,5 millions d’importations sont envisagées. Ils y a peu d’acteurs susceptibles de compenser les besoins. « Les portes d’approvisionnement sont peu nombreuses. Il y a un problème de disponibilité en Ukraine. Le colza provenant du Canada est OGM donc pas importable. Reste le colza d’Australie».

Dans ces conditions le déséquilibre offre-demande en faveur de l’offre est devrait s’accentuer et les prix devraient progresser. A l’heure actuelle le colza cote 507 euros la tonne contre 473 euros il y a un an. Le dernier pic atteint a été de 495 euros la tonne au mois de mai 2011.

Imen Hazgui

Publié le 10 Avril 2012