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Dollar, euro, yen, sterling, franc suisse : quelles devises jouer au cours des prochains mois ?

Dollar, euro, yen, sterling, franc suisse : quelles devises jouer au cours des prochains mois ?

(Easybourse.com) Les échanges sur le marché des devises battent leur plein. Plusieurs tendances semblent s'être dessinées depuis le début de l'année et pour les prochains mois à venir. Nous avons souhaité recueillir l'avis de sept experts spécialisés dans la gestion des devises travaillant respectivement chez Natixis AM, BNP, Amundi, BNY Mellon, Deutsche Bank, ING IM, Edmond de Rothschild en vue d'aider nos lecteurs à faire leur choix.

Interview de Jaco Rouw

Interview

Jaco Rouw

Senior Portfolio Manager for Currency

ING IM

Interview de Steven Saywell

Interview

Steven Saywell

Responsable de la stratégie devises

BNP Paribas

Interview de James   Kwok

Interview

James Kwok

Responsable de la gestion Devises

Amundi

Pour les experts interrogés, la devise phare à suivre sera incontestablement le dollar. « Le dollar sera l'acteur principal sur le marché des devises au cours des prochains mois.» commente James Kwok, responsable de la gestion devises chez Amundi.
«La situation macroéconomique aux Etats-Unis semble s’être affermie et la probabilité d’un relâchement supplémentaire de la politique monétaire est limitée. Les Etats-Unis sont aujourd’hui une source de stabilité pour l’économie globale » explique Philippe Waechter, responsable des études économiques chez Natixis Asset Management.
La valorisation du billet vert semble alors trop basse.

Le dollar contre le yen

« Le yen pourrait encore descendre tant que des éléments négatifs ne viennent pas creuser les doutes, ou remettre en cause les objectifs fixés par les autorités japonaises » soutient M Waechter.

« Un niveau du yen à 110 dollars est un bon niveau de prise de bénéfices. Si le premier ministre Shinzo Abe remporte ces élections, la marge de manoeuvre du gouvernement pour mettre en place les réformes structurelles qui s'imposent dans le pays sera grandement élargie. Cette victoire est de nature à favoriser la diminution du yen vers 110» précise James Kwok.

Paul Lambert, responsable de la gestion devises au sein de Bank of New York Mellon table carrément sur une parité yen dollar au dessus de 110. « La Banque centrale du Japon a besoin de maintenir une tendance baissière de la devise ». L’expert compare alors la situation actuelle à celle des années 1995-1998. « A cette période, le Japon s’était également lancé dans une politique monétaire très expansive. C’était la première fois que l’institution monétaire avait introduit quelque chose qui s’apparentait à de l’assouplissement quantitatif. La parité yen dollar est passée de 80 en 1995 à 150 en 1998».
Nous pourrions avoir un mouvement similaire cette fois-ci ce d’autant plus que le Japon représentant une part moindre dans le commerce international-environ 5% contre 14% en 1990- la compétitivité du pays a un impact moins important sur ses principaux partenaires qui, de ce fait, affichent une réticence moins prononcée à l’encontre de la stratégie menée pour dévaluer le yen .

L’opinion de Michael Nizard, gérant senior sur les devises chez Edmond de Rothschild Asset Management se distingue sur le yen. Il semble injustifié pour celui-ci d’anticiper une poursuite de la diminution de la devise nippone à 105-110 dollars de manière durable. «Nous tablons de notre coté davantage sur une normalisation du yen entre 95 et 98 dollars ». Cette normalisation est attendue au cours du second semestre 2013. L’argument phare de M Nizard est lié aux anticipations d’inflation des agents économiques. « L’objectif clé de la Banque du Japon est de faire remonter le niveau de l'inflation à 2%. Or, Les anticipations ont fortement remonté ».

Le dollar contre l’euro


Pour certains des experts interrogés, se positionner sur le dollar contre l’euro pourrait procurer des gains non négligeables. « La croissance de l’union monétaire va rester faible. Mais, fait nouveau, la politique monétaire de la Banque centrale européenne devrait contribuer à déprécier davantage la devise européenne » éclaire Philippe Waechter. Pour celui ci, nous pourrions en tendance nous diriger vers la moyenne historique de long terme, à 1,20.
« Nous avons commencé à nous positionner pour un renforcement du dollar contre l’euro lorsque la parité à atteint 1,35 fin janvier, début février. Nous tenons cette position et nous avons en ligne de mire la zone 1,22-1,25 » corrobore Michael Nizard.

Pour James Kwok, en revanche, la parité euro dollar devrait se stabiliser entre 1.25 et 1.35. « Un niveau au dessus de 1.35 serait un bon niveau pour vendre l'euro. Un niveau en dessous de 1,25 serait un bon niveau pour acheter de l'euro ». Jaco Rouw, gérant senior sur les devises chez ING IM, ne croit pas non plus à une forte baisse de l’euro face au dollar. « Au cours des prochains mois, la parité euro dollar devrait rester aux alentours de 1,30 ».

Le dollar contre la livre sterling


La livre sterling devrait connaître une dépréciation forte, pense le spécialiste d’Edram. La parité sterling dollar devrait se situer à 1,45, contre 1,52 aujourd’hui. « L’arrivée du nouveau gouverneur Mark Carney devrait donner un signal fort d’une politique monétaire plus agressive pour doper l’économie britannique. Celui-ci a évoqué le fait d’assigner un nouvel objectif à la Banque centrale, en plus de celui sur l’inflation, qui se focaliserait sur le PIB nominal » souligne Michael Nizard.
L’expert n’est pas le seul à avoir une vue positive sur la livre. « Nous anticipons un affaiblissement du cours de la livre sterling contre le dollar et contre l’euro. Nous pourrions avoir une parité sterling dollar à 1,49 ou 1,50 » subodore Jaco Rouw.

Néanmoins, d’autres sont plus réservés sur la rentabilité d’un positionnement sur la devise britannique. « La direction que pourrait prendre la livre me semble incertaine. Il semble difficile d’imaginer une sortie du corridor évoqué de 0.8 – 0.9 contre euro. L’idée de prendre en compte le niveau du PIB en nominal est intéressante mais compliquée à mettre en œuvre dans la pratique » avance Philippe Waechter. « La qualité des données chiffres disponibles pour mesurer le PIB est pauvre. Il ne sera pas évident de déterminer clairement ce qu’il faudra cibler » renchérit Paul Lambert.
Les prévisions pourront être affinées lorsque Mr Carney sera en poste et que les orientations auront été données. Il faudra attendre le mois de juillet.

Le dollar contre les devises liées aux matières premières et le franc suisse

A priori, nos experts semblent unanimes sur le fait d’avoir une vue négative sur la valorisation des devises liées aux matières premières, particulièrement, le dollar australien, le dollar néo zélandais, et le dollar canadien. « Avec le changement de cap de la Chine vers une croissance plus qualitative et moins quantitative, les prix des matières premières ont eu tendance à refluer. C'est ce qui nous laisse escompter une dépréciation additionnelle du dollar australien et du dollar canadien, d'au moins 10% » signale James Kwok.
La parité franc suisse dollar est également appréciée par ce dernier. « Ces dernières années, des flux considérables de capitaux ont été transférés des pays périphériques de la zone euro vers la Suisse. Le franc suisse est aujourd'hui à un niveau très élevé. Si le dollar monte, le franc suisse peut s'avérer dangereux ».

Le dollar contre les devises émergentes


Pour Jaco Rouw, les investisseurs auront tout intérêt à considérer le dollar contre les devises émergentes et en particulier contre trois devises que sont le real brésilien, le peso mexicain et le rouble russe. « La parité real dollar pourrait évoluer à 1,97 ou 1,98 contre 2,04 aujourd’hui ».
« Il sera intéressant de suivre le won coréen qui n’a pas encore grandement évolué face au dollar. La Corée souffre de la concurrence des exportateurs japonais aidés par la faiblesse du yen. Il n’est pas impossible que la Banque centrale de Corée, qui a jusqu’ici résisté aux sollicitations du gouvernement, agisse de nouveau pour peser à la baisse sur le won » note de son côté Philippe Waechter.

Imen Hazgui

Publié le 21 Mai 2013