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Investisseurs, positionnez-vous sur les actions européennes mais attention à deux risques majeurs !

Investisseurs, positionnez-vous sur les actions européennes mais attention à deux risques majeurs !

(Easybourse.com) Dans les allocations d'actifs de la plupart des grandes maisons de gestion, les actions européennes sont toujours à l'honneur. Cependant, deux risques majeurs planent à l'horizon et la concrétisation de l'un d'entre eux pourrait bien laisser place à de fortes perturbations.

Interview de Alexandre Hezez

Interview

Alexandre Hezez

Responsable de la gestion

Convictions Asset Management

Interview de Cyrille  Collet

Interview

Cyrille Collet

Directeur gestion actions

CPR Asset Management

Interview de Laurent Geronimi

Interview

Laurent Geronimi

Directeur de la gestion Taux

Swiss Life Gestion Privée

La reprise économique aux Etats-Unis se raffermit et une certaine stabilisation semble s’être installée en Europe après l’importante récession qui a découlé de la conduite de politique budgétaire très restrictive ces dernières années. Un redémarrage est même anticipé pour bientôt.
Dans ce contexte, un processus de normalisation est envisagé sur le plan monétaire. La première Banque centrale à vouloir sauter le pas est la Banque centrale américaine. Celle-ci a indiqué le 22 mai puis le 19 juin son intention de réduire progressivement son programme d’achats massifs de titres de dette sur le marché secondaire, actuellement de 85 milliards de dollars mensuels. Le consensus table désormais sur un début de réaction de la Fed dès le mois de septembre, à raison de 10 à 15 milliards de dollars.

Un arbitrage toujours en faveur des actions européennes

La nouvelle configuration en cours est propice aux actions au détriment des obligations et des actions européennes davantage que les actions américaines, les actions japonaises, ou les actions émergentes. Un basculement continu des allocations des obligations vers les actions européennes est observé au fur et à mesure que les nouvelles données économiques confirment l’embellie économique.

La zone euro est perçue aujourd’hui comme la zone la plus visible s’agissant de la conduite de la politique monétaire et des actions menées sur le plan gouvernemental

« La zone euro est perçue aujourd’hui comme la zone la plus visible s’agissant de la conduite de la politique monétaire et des actions menées sur le plan gouvernemental. La quasi-totalité de notre poche actions qui représente 30% du portefeuille est composée d’actions de la zone euro. Et nous pourrions faire évoluer notre allocation vers davantage de ces actions au cours des mois à venir» commente Alexandre Hezez, responsable de la gestion de Convictions Asset Management.
« La part d’actions dans notre portefeuille diversifié est de 55% contre 40% il y a six mois. Nous avons 5% sur les Etats-Unis et 3,5% sur le Japon, contre 0 il y a trois mois. Le reste est constitué d’actions européennes » indique Laurent Geronimi, directeur de la gestion taux chez Swiss Life gestion privée. « Nous pourrions augmenter la proportion des actions jusqu’à 60% par le renforcement de notre exposition aux actions françaises-qui représentent actuellement 30% du portefeuille- voire des actions italiennes et espagnoles » ajoute ce dernier.
« Nous sommes surpondérés sur les actions et sous exposés sur les obligations. Sur les marchés actions, nous sommes neutres sur le Japon, sous pondérés sur les Etats-Unis et surpondérés sur l’Europe » évoque de son côté Cyrille Collet, directeur gestion actions CPR Asset Management.

Deux risques majeurs à surveiller

Le changement de direction de la politique monétaire aux Etats-Unis n’est pas sans poser des questions et sans soulever certains risques.
Deux menaces en particulier ont été identifiées pour les marchés financiers en général et les marchés actions en particulier.

Le premier d’entre eux réside dans la survenance d’un krach obligataire à l’instar

Le premier réside réside dans la survenance d’un krach obligataire à l’instar de 1994

de 1994. Celui-ci serait la conséquence d’une très brusque remontée des taux obligataires à travers le monde. La danse serait alors menée par le taux à dix ans américain. La plupart des taux seraient ensuite entrainé dans le mouvement. Depuis mai, le taux de référence des Etats-Unis a gagné 100 points de base. Alors qu’il y a quelques mois, la prévision tablait sur un taux à 3% à fin décembre, celui-ci se situe à plus de 2,9% à fin août. « Le début de la remontée des taux obligataires que nous avons eu depuis mai est plus important qu’en 1994 » note Herve Goigoux Becker, directeur adjoint des gestions d'OFI Asset Management. «La poursuite d’un fort mouvement sur le segment obligataire américain aura forcément une répercussion dans les autres segments de marché, partout ailleurs dans le monde. La réunion du comité de pilotage de la politique monétaire de la Fed du mois septembre sera importante » prévient alors Alexandre Hezez.

Le deuxième grand risque identifié est celui d’une crise des marchés émergents dopés ces dernières années par l’arrivée massive de capitaux injectés par les grandes banques centrales occidentales, en premier lieu desquelles la Fed. « Les derniers évènements pourraient nous laisser craindre une nouvelle crise des

Le deuxième grand risque identifié est celui d’une crise des marchés émergents

devises émergentes à l’instar de celle de 1997» remarque Cyrille Collet. Entre janvier et mars, 34 milliards de dollars ont été investis dans les actions des économies émergentes. Ont été retiré depuis, davantage de fonds que ce qui avait été placé. Face à l’élévation des taux américains, les investisseurs américains ont massivement rapatrié les capitaux en dollar, vendant ainsi les devises émergentes. Ceci a eu pour conséquence d’augmenter le coût de la dette des pays émergents qui se financent en devises étrangères ». « Nous sommes déjà présentement confrontés à une crise des devises émergentes, considère Herve Goigoux Becker. Reste à savoir si cette crise va perdurer et s’aggraver au point d’avoir des incidences sur les autres segments de marchés internationaux, et notamment du marché des actions européennes.

La stratégie d’investissement recommandée

Pour le moment ces deux risques sont jugés limités et laissent ainsi aux opérateurs le champ libre pour bâtir une véritable stratégie d’investissement sur les actions européennes.

« Nous jouons particulièrement les valeurs cycliques et les valeurs financières car

Cap sur les valeurs cycliques et les valeurs financières

les courbes des taux vont rester pentues. Nous regardons aussi les dossiers particuliers de restructuration comme Peugeot, les valeurs technologiques qui peuvent avoir un béta plus offensif » avance Laurent Geronimi.
«Nous sommes sortis du secteur immobilier au cours du premier trimestre de l’année. Nous sommes plus prudents sur le secteur de l’innovation du fait de la faiblesse des investissements des entreprises dans la recherche et le développement. Nous aimons bien la santé, les valeurs cycliques, les grandes marques comme Nike ou Adidas. Nous continuons à apprécier Asos dans le e-commerce. Nous mettons par ailleurs un accent tout particulier sur les valeurs financières, que ce soient les banques avec Société Générale, HSBC ou les assurances avec CNP, Axa et Allianz. Dans les valeurs décotées, Renault et Casino nous paraissent être des titres intéressants » développe Alexandre Hezez.

« Nous avons une dominante value par rapport à la croissance ou à la qualité qui ont bien évolué depuis janvier (voire depuis fin 2009). Autrement dit nous aimons

Préférence à donner aux valeurs décotées

bien les valeurs qui ont un PER inférieur au marché (par exemple entre 3 et 5), avec une bonne dynamique de révision des bénéfices et une amélioration de leurs carnets de commandes. Actuellement, encore une « bonne » partie de la cote est sous valorisée, typiquement des secteurs défensifs comme les télécoms et les services publics et certains secteurs cycliques. Un stock picking s’imposera cependant au sein des secteurs. Ainsi un Alstom qui voit ses carnets de commande se remplir de nouveau sera à préférer à un ThyssenKrupp dont l’avenir à court terme ne parait pas très prometteur (structure de capital et problème au Brésil). Nous jouons aussi les valeurs à forts dividendes, de 4% à 5% et les valeurs dont le chiffre d’affaires est fortement exposé à la consommation européenne » énonce Cyrille Collet.

Imen Hazgui

Publié le 23 Août 2013

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