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BNP, SG, CASA, Natixis. Faut-il encore investir dans les actions bancaires ? 10 gérants vous répondent

BNP, SG, CASA, Natixis. Faut-il encore investir dans les actions bancaires ? 10 gérants vous répondent

(Easybourse.com) Le secteur bancaire européen a très bien performé en 2013. L'Eurostoxx Banques a grimpé de 26%. Depuis le début de l'année le benchmark a récupéré 9% supplémentaires. Le marché est à présent valorisé à près d'1 fois l'actif net pour une rentabilité espérée de 9% l'année prochaine. Il est autrement dit revenu à la normale. Ce faisant, nous avons souhaité savoir s'il était encore opportun d'investir dans les banques européennes au cours des prochains mois. Pour ce faire nous avons interrogé 10 gérants de profils différents.

Interview de Thomas  Louis

Interview

Thomas Louis

Président directeur général

Acer Finance

Interview de Joffrey Ouafqa

Interview

Joffrey Ouafqa

Analyste-Gérant

Convictions Asset Management

Interview de Marco  Bruzzo

Interview

Marco Bruzzo

Directeur général délégué

Mirabaud Asset Management

Même si l’essentiel du rattrapage a été fait, un potentiel de progression est encore attendu pour le secteur. « L’Eurostoxx Banques devrait faire mieux que l’Eurostoxx. C’est pourquoi nous continuons à surpondérons le secteur» énonce Patrick Moonen, stratégiste chez ING IM.  « Nous pensons que le secteur bancaire devrait surperformer le marché cette année » commente de son côté Marco Bruzzo, directeur général délégué de Mirabaud Asset Management.
« Le secteur bancaire représente dans notre allocation un pari significatif depuis 18 mois » indique Frédéric Tassin, responsable de la gestion actions chez Aviva Investors France. De même en est-il pour Thomas Louis, président directeur général d'Acer Finance.

Deux experts seulement se veulent relativement neutres :  Joffrey Ouafqa, analyste-Gérant chez Convictions Asset Management et Benoit de Broissia, gérant actions chez KBL Richelieu. Arnaud Lanctin, analyste gérant chez Fédéral Finance Gestion se montre relativement défavorable à court mais beaucoup plus favorable à moyen terme.

Pour autant, parce plusieurs zones d’ombre demeurent, l'ensemble des opérateurs recommandent un tri rigoureux dans le secteur. « Il faut  privilégier la sélection de titres et avoir de fortes convictions » avise Joffrey Ouafqa.

Cap sur le secteur bancaire français

L’ensemble des acteurs interrogés affichent un certain engouement pour le secteur bancaire français. « Au sein des pays de la zone euro, nous avons une préférence pour le secteur bancaire français » avance Arnaud Lanctin. « Nous aimons bien les banques françaises de par leur profil, leur périmètre d’activité. Nous voyons encore un puissant potentiel de revalorisation» précise Frédéric Tassin.
« Les banques françaises sont peu chères par rapport au secteur. Le ratio price earnings (PE) 2014 des banques de l’Hexagone est de 10,2 fois, soit environ 20% en dessous du PE du secteur. La France a la troisième valorisation la moins élevée en Europe derrière les pays du Benelux et le Royaume-Uni.
Parallèlement le PE 2014 des banques espagnoles est à 15,5 fois et le PE 2014 des banques italiennes est à 20,5 fois » justifie Joffrey Ouafqa.

Crédit Agricole, Société Générale ou BNP ?


Pour la plupart des gérants une préférence est affichée à l’égard de Crédit Agricole SA et de Société Générale. « Nous avons une vision constructive sur Crédit Agricole. La forte décote - de 30% par rapport au secteur bancaire européen-reflète deux éléments d’inquiétude : la structure de gouvernance et la solvabilité inférieure à ses homologues. Le versement du dividende devrait se faire en actions, ce qui entrainera une légère dilution des actionnaires existants. Cela permettra d’augmenter le niveau de fonds propres. La décote devrait se réduire au fur et à mesure que cette augmentation sera actée » soutient Benoît de Broissia. « Les caisses régionales détiennent la majeure partie du capital. Elles ont tout intérêt à voir le dividende augmenter. Il y a eu un peu de flou dans les décisions stratégiques adoptées ce qui a conduit à une partie de la décote du titre. Toutefois, de l’ordre a été remis depuis. Depuis le début de l’année, CASA signe la meilleure performance des banques françaises avec 25% » note Joffrey Ouafqa, analyste-Gérant chez Convictions Asset Management. « Nous jouons le redressement de la banque de détail au sein de Crédit Agricole. 70% de l’activité de l’entité commerciale est exercée en France, avec une forte visibilité. Les revenus issus de cette activité se veulent récurrents. Nous tablons sur une progression du core tier 1. Fin 2013, le ratio était à 8%. Il devrait croitre à 9% en 2014 et à 10% en 2015 » présume Marco Bruzzo.

«Société Générale est un dossier plus complexe mais attractif car la banque de détail est stable. L’exposition aux pays émergents, et notamment à la Russie est à surveiller de près. La banque a surpris positivement le marché en accroissant son dividende. Le titre a gagné près de 6% à la suite de la publication » remarque Joffrey Ouafqa.
« Trois catalyseurs devraient permettre de diminuer la décote de Société Générale : la vente de la banque privée en Asie, un nouveau plan de réduction des coûts et une augmentation du ratio dividendes sur bénéfices » escompte Marco Bruzzo. « La Russie représente 5% des revenus de SG. Le très puissant levier opérationnel découlant d’une baisse du coût du risque, d’une réduction des charges, d’un retour à l’actionnaire, et d’une expansion des revenus sur les produits structurés permettra le cas échéant de compenser le manque à gagner » complète ce dernier.

Ces deux titres ne font cependant pas l’unanimité. « La structure de gouvernance de Crédit Agricole avait été cotée pour générer de la croissance externe. Or celle-ci s’est avérée extrêmement décevante pour les actionnaires. De plus, la structure cotée a beaucoup moins de fonds propres que les deux banques dont nous venons de parler. Son ratio core tier 1 se situe à 8%. Cela va limiter sa capacité à verser des dividendes à ses investisseurs dans les années à venir. Pour nous, un dividende payé en actions n’est pas en effet un vrai dividende car sa contrepartie est une augmentation de capital, et donc une dilution, quel que soit le choix réalisé par chaque actionnaire. La holding qui représente les caisses régionales a d’ores et déjà fait état de l’éventualité d’exercer l’option du paiement des dividendes en actions » conteste Romain Burnand, co-dirigeant de Moneta Asset Management .
Pour Benoît de Broissia, Société Générale ne constitue pas une conviction car « la banque peine à redresser son activité à l’international, notamment en Roumanie et en Russie. Par ailleurs, elle est exposée à d’autres éventuelles enquêtes dans sa banque d’investissement ».

S’agissant de BNP, une certaine neutralité est à avoir sur la valeur, selon Arnaud Lanctin mais pas vraiment de surpondération. « BNP est une société qui promet peu et qui délivre beaucoup. Ils ont déçu sur le dividende dans le bas de fourchette et sur la provision passée pour litige aux Etats-Unis. L’equity story manque un peu d’argument à court terme ». « Nous avons sous pondéré BNP » indique Thomas Louis, président directeur général d'Acer Finance. « BNP est le titre d’une gestion patrimoniale par excellence. Le groupe est bien sécurisé. Il offre une forte visibilité de ses activités. Il est diversifié et a donc un profil de risque modéré » énonce toutefois Joffrey Ouafqa.
Natixis est désavouée par la quasi-totalité des gérants interrogés à l’exception d’Arnaud Lanctin. « Nous sommes actionnaires chez Natixis depuis 2011 lorsque l’action valait 1,5 euro. Nous continuons à l’avoir même si nous ne sommes plus aussi surpondérés sur le titre que par le passé ». « De prime abord, nous pensons que le titre est correctement valorisé. Mais c’est une valeur que nous ne regardons que de loin » rétorque Romain Burnand. « Natixis n’est pas un bon véhicule pour jouer l’embellie de la macroéconomie » renchérit Benoît de Broissia. « Nous ne comprenons pas le modèle de développement de la banque » critique Thomas Louis.

Potentiels de valorisation


« Le potentiel de rebond est de 12% pour Crédit Agricole, 16% pour Société Générale » présage Arnaud Lanctin. « Sur 12 mois, l’action de Crédit Agricole et de Société Générale pourraient encore progresser de 12%. BNP pourrait gagner 10% » augure Joffrey Ouafqa. « A horizon d'un an, l'action de BNP Paribas pourrait valoir 65 euros et l'action de Société Générale 60 euros » présent Romain Burnand. « Nous avons un objectif de cours de 65 euros pour BNP, de 55 euros pour Société Générale, de 13 euros pour Crédit Agricole, et de 6 euros pour Natixis » informe Marco Bruzzo.
« Nous voyons un potentiel d’appréciation du cours de l’action de Crédit Agricole de 30% à 40%. Société Générale pourrait récupérer encore 30%. BNP pourrait gagner 20%, de même que Natixis » livre David Benamou, président d'Axiom Alternative Investments.

Les autres titres plébiscités en dehors de l’Hexagone


Hormis les banques françaises, d’autres valeurs bancaires ont été citées comme présentant un notable potentiel de revalorisation. En Italie, « nous sommes investis sur Intesa en raison de la qualité de ses actifs et de sa prudence affichée dans les provisions. Le dividende est généreux. Un engagement a été pris de toujours payer ce dividende en cash » dévoile Arnaud Lanctin. « Nous regardons de près Unicredit. Nous attendons pour éventuellement acheter le catalyseur qui devrait résider dans les résultats des stress tests menés par la BCE » déclare Thomas Louis.

En Espagne « nous sommes sur Santander en pariant sur l’aptitude du nouveau management à procéder à un pilotage plus efficient » confie l’analyste gérant de Fédéral Finance Gestion. « Nous avons Santander en misant sur le redressement macroéconomique de l’Espagne et sur un renforcement de la visibilité de l’activité en Amérique latine » ajoute le président directeur général d'Acer Finance. « En plus de Santander, nous avons aussi BBVA » alerte Frédéric Tassin. David Benamou donne priorité, de son côté à Caixa et Liberbank.

En Suisse, «nous avons UBS » divulgue Arnaud Lanctin. « Le groupe est bien capitalisé ». Au Luxembourg, ING est appréciée en raison de l’histoire de la transformation du groupe ».

Au Royaume-Uni, « nous sommes investis dans HSBC. L’action a perdu une grande partie de sa prime de valorisation » éclaire Benoît de Broissia. « Nous avons un relatif engouement pour Barclays du fait de sa décote prononcée », affirme pour sa part Arnaud Lanctin. Standard Chartered qui est très exposée à la Chine pourrait aussi offrir un bon rapport risque-rentabilité si l’on a des éléments rassurants venant de Pékin.

« Nous aimons bien Deutsche Bank pour laquelle nous prévoyons une accalmie dans les mouvements de provisionnement » mentionne Marco Bruzzo. « Deutsche Bank pourrait devenir une opportunité malgré la complexité du modèle de développement si on a un éclaircissement sur le niveau de capital, et un changement du management. Pour l’heure, une augmentation de capital n’est pas totalement exclue » émet Arnaud Lanctin. À ce stade une vigilance sur ce dernier titre est recommandée à la fois par l’expert de Fédéral Finance et par le président d’Axiom AI.

Les titres sur lesquels il faudra redoubler de prudence

« Nous n’aimons pas Banco Popolare et Monte Paschi, Commerzbank, Banco Espirito Santo. Nous anticipons sur ces titres des baisses importantes, du fait de déception sur la vitesse d'amélioration des résultats par rapport à l'évolution du cours de bourse » met en garde Arnaud Lanctin.
« Nous restons à l’écart de Handelsbanken ou Swedbank en Suède qui sont trop chères et pour qui le coût du risque est quasi nul. Nous sommes également prudents à l’égard de Raiffeisen, une banque de détail très dispersée dans les pays d’Europe de l’est avertit Benoît de Broissia.

Absence d’inquiétudes liées aux stress tests

Les provisionnements liés à l’audit de la qualité des actifs contenus dans le bilan des banques envisagé par la Banque centrale européenne sont vraisemblablement sous estimés.
Cependant, l’ensemble des gérants se disent ne pas être inquiets par les conclusions de l’audit et des stress tests. « Je pense que les mauvaises surprises éventuelles sont déjà dans les cours » évoque Thomas Louis. « Nous pensons que tous les grands établissements réussiront l’exercice car ils auront du temps pour s’ajuster » cautionne Arnaud Lanctin. « Les seules banques qui pourraient être concernées par un problème de qualité d’actifs ou d’insuffisance des fonds propres sont les plus petites. Dernièrement Piraeus Bank,une banque grecque, a augmenté son capital de 1,5 milliard, pour éviter toute turbulence » tranquillise Joffrey Ouafqa. « Il est inévitable qu’il y ait des cadavres trouvés dans le placard. Ils ne seront pas de nature à mettre en cause le trend haussier sur le secteur » atteste Patrick Moonen, stratégiste chez ING Investment management.

En plus de ne pas constituer un élément de risque excessif, l’audit et les stress tests pourraient se révéler être un atout pour le secteur bancaire européen. « L’audit et des stress tests envisagés pourraient s’avérer profitables au secteur. Ils permettront de s’assurer d’une certaine homogénéité des provisionnements en fonction de la qualité des crédits dans les bilans et de mieux comparer les établissements bancaires entre eux » argue Benoît de Broissia. « L’audit et les stress tests vont apporter aux investisseurs une meilleure visibilité sur les bilans » confirme Arnaud Lanctin. « Plus les stress tests seront rigoureux et crédibles, meilleur cela sera pour l’image de solidité des banques les plus solides. Les anciens stress tests effectués par le passé n’ont pas apporté la sérénité sur le marché » conforte Romain Burnand.

Risque macroéconomique et risque juridique


Le risque lié aux tensions palpables dans certains grands pays émergents doit être gardé à l’esprit. Cependant, il parait limité. « Les principales banques impactées par la situation en Ukraine sont Unicredit et Raiffeisen mais les expositions sont réduites par rapport à la taille du secteur bancaire européen. Ainsi Unicrédit est exposée à hauteur de 2 milliards d’euros de prêts. La probabilité d’un effet domino est maigre. Les banques espagnoles ont un poids assez lourd en Amérique latine, où la situation semble se stabiliser. Peu de banques de la zone euro ont une activité significative en Asie» épilogue Joffrey Ouafqa.
Les principaux risques sont alors le risque juridique et macroéconomique. « Le risque juridique reste important pour le secteur : nous avons déjà connu en 2013 la manipulation du taux Libor, les transactions frauduleuses sur le marché des devises, les relations commerciales entretenues avec des clients de pays interdits aux Etats-Unis... » rappelle Arnaud Lanctin. « Pour BNP, le danger est lié à l’incidence du litige avec les Etats-Unis. C’est le moins maitrisable dans l’environnement et l’architecture du groupe » illustre David Benamou.

« Le principal risque me semble être une dégradation de la macroéconomie en Europe avec la retombée en récession ou de nouveaux doutes sur la soutenabilité de la dette de pays phares » allègue de son côté Marco Bruzzo. « Le marché est pricé avec beaucoup d’espoir sur le plan économique dans les pays du sud et en France. Le rallye s’est surtout fait par une expansion des multiples. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, nous pourrions avoir une correction significative » déduis Arnaud Lanctin.



Imen Hazgui

Publié le 17 Mars 2014

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