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Que faut-il attendre des marchés actions au second semestre 2014 ?

Que faut-il attendre des marchés actions au second semestre 2014 ?

(Easybourse.com) Les marchés actions ont été plutôt bien orientés dans leur ensemble au premier semestre 2014. La performance enregistrée pour les actions mondiales se situe autour de 5%. Que doit-on en attendre au cours des six prochains mois de l'année. Telle a été la question posée à une quinzaine d'experts issus de maisons de gestion différentes.

Interview de Cyrille Collet

Interview

Cyrille Collet

Directeur gestion actions

CPR Asset Management

Interview de Nathalie Renson

Interview

Nathalie Renson

Directeur de la gestion

Primonial Asset Management

Interview de Dylan Baron

Interview

Dylan Baron

Gérant actions

Quilvest Gestion

Interview de Aymeric Forest

Interview

Aymeric Forest

Directeur Europe des investissements multi actifs

Schroders

Interview de Philippe Weber

Interview

Philippe Weber

Responsable des études et de la stratégie

CPR AM

Malgré un premier trimestre quelque peu compliqué, le bilan sur les marchés actions est plutôt bon depuis janvier. Plusieurs facteurs l’expliquent. Tout d’abord le retour d’une croissance bénéficiaire. « A fin mai, si l’on considère le marché des actions internationales, les bénéfices par action ont monté de 7% » indique Patrick Moonen, stratégiste au sein d'ING Investment Management. Par ailleurs, nous avons observé un retour des dividendes. Ces derniers ont progressé de 9% sur la même période. Enfin, la poursuite de politique monétaire très accommodante de la part des grandes banques centrales, notamment de la Banque centrale européenne, a alimenté l’appétit des investisseurs à la recherche de rendements pour des actifs risqués face à des taux excessivement bas.

Deux surprises

Les premiers mois de l’année se sont caractérisés par une surprise négative et une surprise positive.
La surprise négative a résidé dans l’arrêt du rallye des actions japonaises. Le Nikkei enregistre une correction de plus de 6% depuis janvier. Certains expliquent ce mouvement par la pause décidée par la BoJ au premier semestre de cette année dans l’attente de voir quels seront les effets du relèvement de la TVA de 5% à 8% en avril sur l’économie. D’autres la justifient par la montée du cours du yen en tant que valeur « refuge » consécutivement aux flux de sortie abondants des pays émergents - près de 80 milliards de dollars- en considération des craintes autour de la politique monétaire de la Fed.
La surprise positive a été le retour en grâce de certains marchés émergents qui avaient beaucoup souffert en mai-juin 2013. L’indice MSCI Emerging Markets (EM) enregistre une progression de plus de 10% depuis le début de l’année. La bourse indienne a grimpé de plus de 18%. La bourse d’Indonésie affiche une envolée de 23% après un recul de 28% en 2013 et la bourse de Thaïlande un bond de 16% après un fléchissement de 17% l’an passé.

Des perspectives plutôt encourageantes


Le sentiment pour les six prochains mois de l’année est plutôt positif à quelques exceptions près.
« Aux Etats-Unis, la hausse du marché des actions devrait être intégralement guidée par la croissance des bénéfices » considère Patrick Moonen. Le ratio cours sur bénéfices (PE) est très haut, à 19,5 en moyenne. La première puissance mondiale se situe dans un cycle monétaire avancé. Les opérations de rachat d’action n’aideront vraisemblablement pas à la performance des titres. « Le rythme de ces rachats a notablement ralenti. Le volume de rachats en 2012 et 2013 a été très important. Entre 600 et 700 milliards de dollars d’actions ont été rachetées rien que l’année dernière. De plus, les cours de bourse ayant beaucoup monté et la confiance des entreprises étant de retour, les sociétés préfèrent utiliser leur liquidité pour financer des acquisitions » poursuit le stratégiste d'ING IM.

Au Japon est pressentie au second semestre une bourse de nouveau bien orientée grâce à l’ intensification de l’injection de la liquidité par la BoJ qui devrait permettre au yen de redescendre; mais aussi grâce à un raffermissement des fondamentaux du pays et à des facteurs plus techniques, comme l’évolution de la répartition des actifs détenus par le principal fonds de pension japonais. « Celui-ci dispose de 1250 milliards de dollars et prévoit de diminuer sa poche obligations de 20%, afin de la ramener de 60% à 40%. Ainsi, près de 250 milliards de dollars devraient être réalloués vers d’autres classes d’actifs, en particuliers les actions japonaises » précise Cyrille Collet, directeur de la gestion actions chez CPR Asset Management.

Une vue négative est portée en revanche sur le marché britannique surtout après les derniers commentaires du gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre, Mark Carney, selon lesquels le resserrement de la politique monétaire pourrait se faire plus rapidement que prévu. « Ce relèvement pourrait se faire non pas du fait d’une embellie plus importante de la conjoncture mais pour atténuer le risque de surchauffe sur le marché immobilier. Or il pourrait impacter négativement la capacité de refinancement des entreprises britanniques et affecter leur cours de bourse » note Cyrille Collet qui se dit sous pondéré sur le Royaume-Uni. « Notre plus forte sous pondération sur le plan géographique est le Royaume-Uni. Cela n’est d’ailleurs pas surprenant de voir que le marché britannique a performé de 0,50% depuis janvier » renchérit Dylan Baron, gérant actions chez Quilvest Gestion.

Du côté des actions émergentes, une poursuite de gains est escomptée mais de manière discriminée. « Nous avons renforcé nos positions chinoises. Les PE étant très faibles, les mauvaises nouvelles nous semblent dans les cours. Nous retournons ponctuellement et tactiquement sur les marchés que nous avions sous pondérés comme le Brésil, l’Indonésie » signale Romain Boscher, responsable de la gestion actions de Amundi. « Nous sommes revenus progressivement sur la Corée, Taiwan, l’Indonésie, l’Inde, le Chili et certains pays d’Europe de l’est qui continuent à être des usines de fabrication pour l’Europe de l’ouest » annonce de son côté Cyrille Collet.

Focus sur les actions de la zone euro


Malgré un bon comportement ces 18 derniers mois, les actions de la zone euro devraient continuer à s’inscrire dans un trend haussier. Dylan Baron table sur une performance du Stoxx 600 de 10 à 12% en fin d’année. Romain Boscher, responsable de la gestion actions de Amundi, anticipe une remontée de 10% dividendes inclus dans un horizon de 12 mois.

Le principal catalyseur pour le prolongement du rebond sera les résultats des entreprises européennes. « Une amélioration des profits est indispensable pour permettre aux actions de la zone euro de se maintenir dans leur tendance haussière. Dans le cas où ces bénéfices ne sont pas au rendez-vous, une correction de 15% à 20% n’est pas impossible » met en garde Cyrille Collet.

Pour quasiment tous les experts, le scénario de la reprise économique est bien à l’œuvre et les bénéfices ont donc vocation à progresser. « Ces derniers sont 25% en dessous de leur niveau d’il y a six ans. Le potentiel de rattrapage est encore considérable » argue Romain Boscher. « La plupart des entreprises de la zone euro ont une base de couts fixes réduite et il suffirait d’un léger regain de croissance pour que cela se transforme grâce au levier opérationnel en une hausse de la profitabilité » soutient Jean-François Delcaire, gérant actions chez HMG Finance.

Une divergence de point de vue porte cependant sur le momentum de cette progression des bénéfices. Certains s’attendent à une franche remontée en fin d’année. Cette position est notamment défendue par Alexandre Baradez, responsable analyses marchés chez IG. La croissance peine pour le moment à s’accélérer, les mesures prises par la Banque centrale européenne ne sont pas susceptibles de déployer leur effet rapidement sur l’économie et donc sur la dynamique bénéficiaire. Il va falloir patienter. Arnaud Boilley, directeur Général de Karakoram évalue le laps de temps à attendre à au moins 9 mois. « Il faudra ce temps pour que les banques européennes réallouent les ressources octroyés par la Banque centrale sous forme de nouveaux crédits à l’économie et que leur effet se diffuse ».

Cette traduction tardive de l’embellie macroéconomique sur les résultats microéconomiques devrait ainsi conduire à une pause assez prolongée dans le rallye des actions de la zone euro.

Tel n’est pas l’avis de Cyrille Collet qui escompte des premières nouvelles constructives en juillet grâce à une légère reprise de la consommation émanant des pays développés et d’un arrêt de la dégradation de la demande provenant des pays émergents. La dépréciation de l’euro pourrait également servir de support.

Pour Dylan Baron, gérant actions chez Quilvest Gestion même si le relai n’est pas entièrement pris pas les résultats bénéficiaires, les actions de la zone euro pourraient encore s’apprécier sous l’impulsion d’une expansion supplémentaire des multiples. « Le PE de l’indice DJ Stoxx 600 est à 15,5 fois. Au moment de la bulle Internet, ce PE s’était envolé à 25 fois. La reprise économique et l’espoir de voir des jours meilleurs pourrait pousser les PE à poursuivre quelque peu leur escalade ».

Toujours est-il qu'à en croire Christian Jimenez, président de Diamant Bleu Gestion, même si nous devions assister à des trous d’air au cours de la seconde partie d’année, ils seront l’occasion de saisir des opportunités à des points d’entrée plus intéressants.

Dans ce cas, sur le plan de la répartition géographique, les pays périphériques de la zone euro, spécialement l’Espagne et l’Italie, devront avoir la primeur. Ces deux marchés jouissent d’un retour des bénéfices des entreprises, de valorisations relativement attractives et d’un recul des taux longs. « La bourse espagnole a engrangé plus de 12% et la bourse italienne plus de 14%. Un rattrapage a clairement été en œuvre par rapport aux pays du nord de l’Europe. En cela le Dax allemand ne s’est relevé que de 4% sur la même période. Ce processus de réajustement devrait se poursuivre » atteste Christian Jimenez. « Bankia, Banco Sabadell, Banco popolare societal font partie de nos convictions importantes au cœur de notre stratégie d’investissement » évoque le responsable de CPR AM.

En ce qui concerne la taille de capitalisation, les petites et moyennes valeurs seront à préférer aux grandes.

Les avis sont en revanche partagés sur la dimension internationale ou domestique des sociétés. « Nous mettons l’accent sur les valeurs exposées à l’international comme Store Electronic Systems, Evolis spécialisé dans la fabrication d’imprimantes de cartes à puce et Orolia dont l’activité est dédiée à la confection de balises de détresse » mentionne Jean-François Delcaire. « Nous avons gardé le cap des valeurs de la zone euro ayant une activité dominante en Europe au détriment de celle ayant une activité dominante au sein des pays émergents » rétorque Arnaud Boilley. Tel est également la stratégie de Dylan Baron.

Sur le front de l’allocation sectorielle, « les anticipations d’un assouplissement de la politique monétaire de la BCE a tout d’abord permis d’enclencher le parcours haussier des valeurs à profil obligataire sensibles à la baisse des taux : les utilities et les foncières. La remontée des valeurs cycliques est censée constituer la vague qui suit juste après » affirme Romain Boscher.
Une position partagée par Patrick Moonen qui ajoute que l’engouement pour les valeurs cycliques devrait s’accentuer au fur et à mesure de l’amélioration des chiffes économiques et parallèlement à l’observation par les investisseurs que les taux obligataires ont bel et bien touché leur point bas et que la croissance des bénéfices au sein des secteurs cycliques est bien meilleure que dans les secteurs défensifs.

Le secteur bancaire (Banco Santander), le secteur automobile (Renault, Peugeot, Volkswagen, Duerr), ou celui des matières premières (ArcelorMittal, BP, Statoil, Repsol) présentent un intérêt tout particulier.

Les dossiers estampillés qui présentent une forte capacité de retournement seront également à rechercher. « Tel est le cas d’Alcatel, de Steria dont le rapprochement avec Sopra devrait être profitable, de Tarkett qui a beaucoup souffert de son exposition au marché russe » spécifie le directeur Général de Karakoram.

Des éléments de risque

Quatre zones d’ombre sont principalement identifiées. En premier lieu, de vives tensions géopolitiques dans des régions importantes sur le plan de l’approvisionnement énergétique, à savoir l’Ukraine et l’Irak. « Ces risques géopolitiques sont difficiles à apprécier. Nous surveillons ces risques de près mais nous ne pouvons en mesurer les répercussions qu’à long terme au gré des évènements » remarque Romain Boscher. « Des conséquences négatives pourraient se révéler dans les factures des pays importateurs et au niveau des revenus disponibles des consommateurs » s’inquiète Patrick Moonen.

Ensuite, la situation dans certaines grandes économies émergentes reste difficile du fait d’un excès d’endettement, d’un affaiblissement de la croissance, de signes de surchauffe dans la sphère immobilière. C’est le cas typique de la Chine qui continue à soulever de sérieuses interrogations.
Par ailleurs, même si des mesures significatives ont été prises par la BCE, le risque de déflation n’est pas complètement écarté au sein de la zone euro. Nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises données sur l’inflation qui pourrait conduire à une rupture dans les anticipations du marché
Enfin, le risque de surchauffe aux Etats-Unis persiste. L’amélioration du marché du travail pourrait avoir pour effet des hausses de salaires et de fortes pressions inflationnistes. La Réserve fédérale américaine serait alors contrainte à intervenir plus vite et plus vigoureusement que prévu.

A ces menaces, Romain Boscher ajoute l’excès de confiance de la part des investisseurs dans le rôle des banques centrales qui les pousserait à prendre trop de risque sur le marché. « Il y a tout lieu de croire que la longue histoire d’amour entre Banques centrales et actifs risqués n’est pas terminée mais celle-ci n’est toutefois pas sans danger ».

Alors que ces éléments d’incertitude existent, règne sur les marchés actions des deux cotés de l’Atlantique une volatilité excessivement faible. « Il y a alors une fausse sécurité » selon Patrick Moonen ou « une accalmie trompeuse » d’après Cyrille Collet. « La configuration actuelle suppose que pratiquement aucun grand risque n’est perçu pour le moment par les investisseurs » précise éclaire Arnaud Boilley.
Il est historiquement constaté que chaque fois que la volatilité est faible sur une période longue, les fluctuations sur les marchés sont bien plus vives en cas de choc. Les fluctuations sur les marchés pourraient donc être plus vives au second semestre.

Pour parer à cela, une sélectivité accrue des titres est recommandée. « Nous cherchons à éviter les valeurs qui ont un fort béta, autrement dit les valeurs qui ont un cours de bourse très indexé au sens du marché qui selon nous sont les valeurs qui ont le plus de chance de corriger plus vite et plus considérablement à l’instar de l’équipementier automobile Montupet ou des valeurs biotechs » énonce Jean-François Delcaire. « Nous nous efforçons d’identifier les valeurs qui seront le plus à même de souffrir des tensions géopolitiques que nous observons. Ainsi nous nous sommes sérieusement interrogés sur la pertinence de conserver deux titres en portefeuille au regard des incidents en Ukraine : Renault et Société Générale très présents en Russie » stipule Dylan Baron.

« Avoir une politique de couverture dans cette configuration de marché n’est pas une mauvaise idée » assure Patrick Moonen. « Cette politique est davantage utile outre Atlantique et plutôt pour la fin de l’année. Son utilisation peut d’autant plus se justifier par rapport au coût d’opportunité dans la mesure où le prix des options est bon marché actuellement » conclut Cyrille Collet.

Imen Hazgui

Publié le 26 Juin 2014

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