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Le PEA-PME, un produit de niche?

Le PEA-PME, un produit de niche?

(Easybourse.com) Depuis son lancement en début d'année, le PEA-PME connaît un démarrage poussif. La collecte de ce nouveau plan d'épargne en actions s'avère inférieure aux attentes. Pourtant l'intérêt des particuliers pour les petites et moyennes valeurs est bien là. Explications.

Depuis le 1er janvier, les particuliers ont la possibilité d’ouvrir un deuxième plan d’épargne en actions, le PEA-PME, et d’y placer jusqu’à 75 000 euros de titres. Ce plan fonctionne comme un PEA « classique » dans le sens où il doit être conservé au moins cinq ans pour donner lieu à une exonération d’impôts sur les plus-values. Le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur ce nouveau produit qui doit apporter jusqu’à cinq milliards d’euros de nouveaux financements aux PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) françaises.

Si l’on en juge par le nombre de fonds communs de placement éligibles au PEA-PME, le produit a suscité un véritable engouement. Pas moins de 55 sociétés de gestion ont créé ou transformé un fonds existant pour le rendre compatible avec les critères du PEA-PME, c’est-à-dire investissant dans des entreprises de moins de 5000 salariés et dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1,5 milliard (ou dont le bilan ne dépasse pas 2 milliards). Certaines en ont même créé plusieurs, si bien qu’on compte aujourd’hui une soixantaine de fonds éligibles dans lesquels les particuliers peuvent investir.

Cependant l’ensemble de ces fonds n’avait récolté que 264 millions d’euros liés
au PEA-PME à la mi-juin, selon la société Arkeon Finance. « Cela représente moins de 5% de l’objectif de collecte », souligne Aymard de Leotoing, stratégiste de la société spécialisée dans l’investissement dans les PME. Certes ce chiffre ne prend pas en compte les sommes déposées sur leur PEA-PME par les particuliers qui investissent en direct dans les sociétés. Mais cette pratique serait marginale selon M. de Leotoing.

Du côté de l’association PME Finance, qui avait suggéré l’idée du PEA-PME au gouvernement dès 2011, on ne s’affole pas pour autant. « Notre prévision initiale était une collecte comprise entre 750 millions et 1,5 milliard pour 2014. Mais cette estimation était basée sur une année pleine, avec un démarrage effectif au 1er janvier. Or la collecte n’a pas démarré avant avril du fait du retard pris par les décrets d’application. Aujourd’hui la collecte doit se situer entre 200 et 300 millions d’euros : ce n’est pas si éloigné de notre hypothèse basse », affirme l’économiste Chloé Magnier. Elle prépare pour la rentrée un bilan plus détaillé avec une donnée aujourd’hui manquante : le nombre de PEA-PME ouverts. « Les banques ont très peu communiqué jusqu’à présent sur le PEA-PME, que ce soit auprès de leurs clients ou à l’extérieur. Nous espérons qu’elles vont rattraper ce retard car c’est un produit qui a sa place dans l’offre de placements, notamment auprès d’épargnants soucieux de participer au financement de l’économie », explique-t-elle.

Du flou sur les valeurs éligibles

L’incertitude sur les sociétés éligibles a également pénalisé le PEA-PME au démarrage. En effet, plutôt qu’un critère de capitalisation, le gouvernement a préféré retenir trois critères – effectifs, chiffre d’affaires, bilan- difficiles à appréhender, surtout lorsque la société fait partie d’un ensemble plus large. « Il faut apprécier ces données au niveau du groupe, autrement dit étudier les liens capitalistiques de chaque société. Cela peut s’avérer très complexe », note Chloé Magnier. Pour éviter les erreurs de la part des investisseurs, le gouvernement a demandé aux entreprises de déclarer leur éligibilité au PEA-PME. A ce jour, 283 sociétés cotées ont fait cette déclaration (voir la liste régulièrement mise à jour par Euronext) alors que plus de 400 seraient éligibles, rien qu’en France. Pourquoi ces dernières ne le font-elles pas ? Est-ce par manque d’intérêt ou parce qu’elles n’ont pas été informées de cette subtilité ? Une chose est sûre, « cela restreint le périmètre d’investissement car il est assez difficile pour un gérant, et encore plus pour un particulier, de déterminer l’éligibilité d’une société », souligne Chloé Magnier.

L’objectif initial du PEA-PME, à savoir financer les entreprises qui en ont le plus besoin, pourrait être fragilisé. D'autant plus que la plupart des fonds éligibles au PEA-PME restreignent leurs investissements aux sociétés les plus liquides, dont la capitalisation boursière dépasse les 150 millions d’euros, souligne Arkeon. « Après avoir « joué » les valeurs françaises les plus liquides, les gérants se sont rabattus sur les valeurs européennes les plus liquides. Or ce n’était pas l’objectif », indique Aymard de Leotoing. Selon lui, le gouvernement devrait fixer un seuil minimum d’investissement dans les plus petites valeurs (compartiment C et Alternext). « Les particuliers qui ouvrent un PEA-PME le font avant tout pour investir dans ces entreprises » ajoute-t-il. Il suffit de voir le succès des nombreuses introductions en bourse au premier semestre pour s’en convaincre.

Une autre piste pour faire décoller la collecte du PEA-PME serait d’y autoriser les obligations convertibles. Aujourd’hui, seuls les gérants peuvent inclure des titres de dette dans leurs fonds PEA-PME, les particuliers sont cantonnés aux actions. Supprimer cette différence de traitement pourrait permettre à ces derniers de sécuriser une partie de leur portefeuille face au risque de perte en capital. Tout en profitant du potentiel boursier des petites et moyennes valeurs. Depuis le début de l’année, l’indice CAC mid&small affiche une hausse de 7,5% contre seulement 1,5% pour le CAC 40 (lire aussi: Premier bilan positif pour la Bourse des PME).




François Schott

Publié le 11 Juillet 2014